Solidarité Une soirée avec la Croix-Rouge en maraude à la rencontre des sans-abri
À 17 h 30, l’équipe de la Croix-Rouge est prête pour la maraude. Photos Dominique Lhomme
Mises en place à Belfort depuis plusieurs années, les maraudes sont assurées alternativement par l’Armée du Salut et la Croix-Rouge. Nous avons suivi leur périple à travers la ville.
Samedi, 17 h 30, à Belfort. La pluie tome sur le sol gelé. Pas de quoi décourager Xavier Maurice, responsable grand froid au niveau du département, Éliane Huot-Marchand, secrétaire de la délégation, Alexis, secouriste et Alexandre. Ils assurent la maraude pour la Croix-Rouge. À leur local, rue Sarrail, ils ont préparé le matériel et le véhicule avant de partir dans les rues verglacées de la ville.
« Nous emportons principalement de l’eau chaude, de la soupe et du café soluble, des couvertures de survie, exceptionnellement des vêtements, comme aujourd’hui des bonnets que l’on nous a donnés », explique Alexandre qui, pourtant mineur, n’en est pas à sa première sortie. Le centre d’hébergement d’urgence de la Charmeuse n’ouvrant que ce soir, lundi, les maraudeurs passent d’abord par l’hébergement de jour de l’Armée du Salut, pour voir si personne n’est resté dehors, puis à celui de nuit, rue d’Heim. « On prend les gens qui sont inscrits à l’abri de nuit, mais qui n’ont pas de place, et on les conduit à la Charmeuse ou à l’hôtel », précise-t-il.
Mais ensuite, il y a ceux qui ne veulent pas aller en hébergement et qui préfèrent dormir dans la rue. À force, les maraudeurs connaissent presque tous les sans-abri, savent où les trouver. « Ce sont toujours les mêmes personnes qui refusent d’aller dans les structures, précise Éliane Huot-Marchand. On va les voir, parfois deux fois pendant la soirée, leur demander si tout va bien, s’ils ont besoin de quelque chose, s’ils veulent de la soupe ou du café. »
Après un passage aux urgences du centre hospitalier pour récupérer une radio permettant d’être en liaison permanente avec le Samu 90 et un membre de l’Armée du Salut avec son portable pour répondre aux demandes du 115, l’équipage prend la direction du centre-ville. « L’objectif de la maraude n’est pas seulement de venir leur apporter du réconfort, mais aussi de les inciter le plus possible à rejoindre un hébergement de nuit. Et puis, cela permet de vérifier leur état de santé et, s’il le faut, les conduire à l’hôpital », explique la secrétaire.
À l’angle du faubourg de France et de la rue Proudhon, plusieurs sans-abri discutent. Deux ont l’intention de dormir à l’entrée d’une galerie marchande. Ils sont d’ailleurs tous les soirs au même endroit.
L’un des deux, Romuald, la quarantaine, vit dans la rue depuis vingt ans et apprécie la visite régulière des maraudeurs : « C’est sympa. Chaque soir, j’attends leur venue. Je ne veux pas aller à l’abri de nuit, il y a trop de problèmes. Il y a trop de bruit, on ne peut pas dormir. Je suis encore mieux dehors, j’ai tout ce qu’il faut. Et le matin, ici, les gens viennent m’apporter du café et des croissants ». Trop de bruit, peur d’être agressé, les conflits entre SDF… Les explications sont toujours les mêmes et il y a aussi les chiens qui posent problème.
Les maraudeurs reprennent la route. Direction Bavilliers où un SDF de 45 ans vit dans un petit bois dans une cabane et, le comble, juste à côté de la Charmeuse. « Il n’a jamais voulu être hébergé, explique Xavier Maurice. L’été, il va chez sa fille dans le midi, l’hiver il est ici. Il passe sa journée en ville et dort la nuit dans cette cabane avec ses quatre chiens. »
Une cabane constituée de quelques planches et de quelques bâches. À l’entrée, il y a du linge pendu entre deux arbres qui n’est pas prêt de sécher.
À notre arrivée, l’homme n’est pas encore rentré chez lui. À moins qu’il ne veuille pas ouvrir.
La maraude repart. Direction le centre-ville. Après un crochet devant Monoprix, direction la rue d’Heim où, à quelques mètres du centre de nuit, deux SDF squattent un garage du château Servin.
Hugo a 30 ans et il est dans la rue depuis sept ans. De temps en temps, il fait des petits boulots. Dans le garage, une bougie pour seul éclairage, des couvertures et duvets à même le sol. Sa chienne Roxane attend des petits. Il explique qu’il ne peut plus aller à l’abri de nuit depuis un mois, à la suite de bagarres.
Hugo se dit aussi alcoolique. « On le devient forcément quand on vit dans la rue », souligne-t-il. Son copain de squat a passé une heure devant Monoprix à faire la manche, ce qui lui a permis d’acheter deux boîtes de conserve et un peu de bière. Il est revenu frigorifié.
La maraude se poursuit jusqu’à minuit et devient très difficile en raison de l’état des rues. Un appel retentit sur le 115. Le Samu social se rend à Roppe, mais ne trouve rien. Un tour dans les rues de Belfort, un nouveau passage au squat de la rue d’Heim, histoire de voir si tout va bien. La maraude s’achève.
Demain et les jours suivants, il faudra remettre le couvert. Mais pas avec la même équipe. « Ce qui m’étonne, indique Xavier Maurice, c’est le nombre de volontaires pour la maraude. Nous n’avons aucun problème pour constituer des équipes. Il y a même des jeunes, qui ne sont pas de la Croix-Rouge, qui nous appellent. » La glace n’aura au moins pas d’impact sur cette chaleur humaine.








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