Social Les besoins des sans-abri ne disparaissent pas avec l’hiver

le 11/08/2012 à 05:00 Camille Le Ny
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Luc Ichters déplore le manque de moyens de la fondation Armée du Salut.

Luc Ichters déplore le manque de moyens de la fondation Armée du Salut.

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Entre la fermeture des accueils de jour au mois d’août et une baisse de la générosité des passants en été, les personnes sans domicile fixe de Belfort se sentent vraiment délaissées. Alors, même si la météo est plus clémente, vivre à la rue en été reste une « grosse galère ».

« Les gens donnent plus d’argent en hiver, parce qu’il fait bien froid. En été, ils ne pensent plus à nous. Ils s’en fichent… Et je galère vraiment ». Venu de Paris, Tony, âgé de 36 ans, à la rue depuis une vingtaine d’années, fait ce douloureux constat tous les étés.

Éric, 42 ans, Belfortain, sans domicile lui aussi depuis 20 ans, ne perçoit pas les choses totalement de la même façon. « Les gens me connaissent ici donc ils me donnent en hiver et en été, souvent pour les chiens. » Mais il constate malgré tout que les gens lui apportent beaucoup moins de repas chaud en été qu’en hiver. Pourtant, il en a vraiment besoin.

Éric et Tony font la manche dans la rue piétonne. Comme le dit Tony, « la rue piétonne est un peu à tout le monde ». De temps en temps, ils changent de lieu, ils vont derrière la Fnac, enfin, partout où il y a du passage. Parfois aussi, la police vient, les fait partir. Ils s’installent ailleurs quelque temps mais reviennent toujours à leur place. Éric tient quand même à souligner, « les flics me connaissent moi, ils me laissent tranquille. Je n’ai jamais rien fait de mal. »

La nuit, le plus souvent, ils dorment dans des squats avec d’autres compagnons d’infortune ou tout seul avec leurs chiens.

Lits insuffisants

Éric ne va jamais dans les foyers, « il n’y a jamais rien, tout est pris », explique-t-il. Alors il dort tout seul, dans une cabane, avec Pépita et Tom, ses chiens qui lui permettent « de ne pas sombrer dans la solitude ». Tony observe que « c’est plus difficile de trouver un lit en été. Tout est déjà pris. »

Le seul accueil de nuit pour le Territoire de Belfort reste ouvert toute l’année. Mais il ne dispose que d’une vingtaine de places gérées par l’Armée du Salut. Ce qui n’est largement pas suffisant ! En hiver, lorsque le plan grand froid est déclenché, beaucoup plus de places sont disponibles, dans des appartements, des hôtels ou des endroits réquisitionnés. Les lits sont tous utilisés, preuve qu’il y a un réel besoin. Selon Luc Ichters, directeur adjoint de la fondation Armée du Salut de Belfort, cette gestion saisonnière n’est pas la bonne solution. « Le plan hivernal est très onéreux. Ce serait moins coûteux s’il y avait plus de places tout au long de l’année, plutôt que de traiter les urgences. Les nuits d’hôtel sont très chères ! De plus, les personnes que nous suivons en hiver vont se tourner vers les structures médicales en été. » Ce qui ne fait que déplacer le problème, des structures spécialisées pour les sans-abri vers les hôpitaux.

Manque de moyens

L’accueil de jour de l’Armée du Salut est fermé au mois d’août. Alors que tout au long de l’année, le restaurant social procure des repas chauds le midi, avec la fermeture aucun repas ne peut être distribué. Et les personnes sans domicile ne peuvent plus venir se reposer ou tout simplement prendre un café. Seul un service, le minimum, est assuré : le courrier. « C’est très important pour les personnes sans domicile de pouvoir, malgré la fermeture de l’accueil, recevoir leur courrier administratif ».

Luc Ichters dénonce donc le manque de moyens humains et financiers, « c’est pour cela que certains lieux de l’Armée du Salut, comme l’accueil de jour sont fermés pendant un mois. Nous manquons vraiment de moyens humains. » Au mois d’août, ce sont donc les associations qui prennent le relais. Le Secours populaire de Belfort donne de la nourriture en cas d’urgence, en plus d’un colis une fois par semaine. Mais il n’est pas équipé pour distribuer un repas quotidien. Et les aliments mis à la disposition des personnes sans domicile fixe ne sont pas toujours adaptés (plats à réchauffer au micro-ondes, conserves…).

Le directeur adjoint de la fondation Armée du Salut déplore aussi, pendant la période estivale, l’absence de maraude. Dispositif composé de secouristes et de bénévoles, qui en hiver, distribuent une soupe chaude, de la nourriture ou simplement un peu de réconfort. « La maraude est un moyen pour nous de garder le contact avec les sans-abri. Elle est vraiment très précieuse. » Les liens que cette maraude a instaurés en hiver, sont donc rompus en été…

« Je n’ai pas besoin de grand-chose, déclare Éric. Des sous, de la nourriture pour mes chiens et pour moi. Et un toit. J’espère qu’un jour j’aurai un appartement. »

le 11/08/2012 à 05:00 Camille Le Ny

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