Éducation Les évaluations en CE1 et CM2, un bon outil quand il n’est pas dévoyé

le 23/05/2012 à 05:01 Karine Frelin
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Les évaluations nationales sont encore passées comme les trois autres années : des séquences de mathématiques et de français, données dans un temps imparti. Seule la date a changé pour les CM2 qui les passaient en janvier jusqu’à l’année dernière. Archives « Le Pays »

Les évaluations nationales sont encore passées comme les trois autres années : des séquences de mathématiques et de français, données dans un temps imparti. Seule la date a changé pour les CM2 qui les passaient en janvier jusqu’à l’année dernière. Archives « Le Pays »

Les élèves de CE1 et CM2 passent cette semaine les évaluations nationales. Un système fortement décrié quand il fut lancé il y a quatre ans. Aujourd’hui, les avis sont moins tranchés. Tout dépend de ce qu’on fait des données.

C’est le deuxième jour d’évaluations pour Louise, 11 ans. La petite Belfortaine n’est pas stressée. « C’était pas compliqué, remarque-t-elle. La maîtresse nous explique les exercices et nous dit qu’on a tant de temps pour les faire ». Hier matin, dictée, « qui comptera dans le bulletin », fiche de lecture et exercices sur les compléments d’objets directs et indirects en français, opérations et problèmes en maths. « Il n’y a que trois séquences, on a entre six et huit exercices par séquence, résume la jeune demoiselle. On n’a pas fini le français hier alors on va le continuer vendredi, on était un peu en retard ».

Instaurer le dialogue avec les parents

Les évaluations nationales ne font donc plus peur à personne. D’autant qu’elles se destinent, si elles sont maintenues, à n’être plus qu’un bon outil local. « Au niveau de la classe, elles permettent aux enseignants de repérer les élèves en grande difficulté, remarque Marie-José Carnevali, inspectrice de l’Éducation nationale (IEN) sur Belfort II. Elles apportent un autre éclairage ». Cette année, les CM2 sont les premiers élèves à avoir passé deux fois ce type d’évaluations, puisqu’ils étaient au CE1 pour la première édition. « Nous n’avons pas de recul quant à leur évolution », indique encore l’IEN.

Et si elles sont supprimées cet été, on aura du mal à savoir si elles ont, ou non, servi à quelque chose. Sans doute que si : « Elles ont permis d’éprouver des démarches pédagogiques, constate Marie-José Carnevali. Globalement, les enseignants s’en sont servis ». L’inspectrice était hier matin dans une école où elle a une nouvelle fois remarqué que « les évaluations continuent à être passées très sérieusement. Elles permettent aussi d’instaurer le dialogue avec les parents ».

Les livrets sont nominatifs et permettent d’avoir un aperçu des acquis de l’enfant, à la fin de son cycle 2 pour le CE1, à la fin du cycle 3 pour le CM2. « On n’évalue pas seulement l’année en cours, remarque encore l’IEN, c’est toute l’école qui les porte ». Si elles sont le fait des enseignants de CE1 et de CM2, elles auraient donc dû être auscultées par toute l’équipe éducative dans chaque établissement. Ce qui a, la plupart du temps, été fait : « En tant qu’équipe d’école, on partait des points qui pêchaient pour remettre en cause nos pratiques. Pour ça, c’était un bon outil », explique Géraldine Tapie, enseignante en CP et secrétaire départementale du Snuipp-FSU. Cependant, ajoute une de ses collègues, « en classe, on évalue déjà, nous n’avions pas besoin de ça pour cibler les élèves en difficulté ». Sauf que la France a la culture de l’évaluation : « Il en existait en début de CE2, au début du cycle 3, se souvient Géraldine Tapie. Mais elles étaient sans arrière-pensée et permettaient de faire des groupes de niveau. Et en début de 6 e. Elles n’évaluaient que le niveau des élèves quand ils changeaient de cycle ou d’établissement ». L’outil n’est donc plus vraiment remis en question. C’est plutôt l’usage qui en a été fait que les enseignants ne vont pas regretter.

En 2008, une grosse polémique

Plusieurs problématiques avaient fait grincer des dents dès l’annonce, fin 2008, des premières évaluations. D’abord, la date : les CM2 les passaient en janvier, jusqu’à l’année dernière. L’ensemble du programme n’avait pas été vu, et le contenu était, de l’aveu des enseignants, « discutable », avec des items parfois assez pointus. « Une année, ils ont même été diffusés sur Internet avant la date, se souvient Géraldine Tapie. Des parents angoissés avaient fait bachoter leurs enfants ».

Autre point d’achoppement : « On nous demandait de faire remonter les résultats nationalement », et certains enseignants s’étaient refusé à le faire, pour éviter l’effet classement des établissements. Surtout, indique le Snuipp-FSU local, tous les enseignants passent des évaluations à tous les niveaux. « Or, seuls ceux qui avaient des CE1 et des CM2 gagnaient une prime de 400 euros nets. Ça mettait l’ambiance dans les écoles car c’était toujours les mêmes qui l’avaient ». Cette prime est maintenue cette année encore, et « c’est discutable », souligne Géraldine Tapie. Enfin, « ces évaluations ont été corrélées avec les inspections des enseignants. Les inspecteurs leur demandent leurs évaluations nationales. Certains enseignants finissaient par choisir leur école pour être mieux noté. Il y avait un risque de stigmatisation et c’était devenu malsain ». Pour l’avenir, avoue Marie-José Carnevali, « on attend aujourd’hui des éclaircissements techniques ».

le 23/05/2012 à 05:01 Karine Frelin

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