Le portrait du lundi Christian Mermet, sculpteur, rêve d’une immortalité gravée dans le bronze
Tout en se lançant dans le travail du bronze, Christian Mermet n’en oublie pas celui du bois pour ses sculptures arrondies. Photo Alexis Beuscart
Il est à la fois la robustesse du Franc-Comtois élevé dans la coupe du bois mais aussi la rondeur, la volupté de ses sculptures arrondies qui font sa renommée. En dix ans, Christian Mermet, l’ancien dessinateur industriel incompris, s’est mué en artiste accompli, qui expose en ce moment à Montbéliard.
Dans sa biographie (lire ci-dessous), deux dates font office de jalons dans la vie de Christian Mermet. 1974, d’abord, et ce départ à but professionnel dans le Chili d’Augusto Pinochet. Alors que le couvre-feu empêche toute activité nocturne, Mermet se met à travailler le bois avec des Chiliens, « pour s’occuper ». Une activité qui se remémore à lui, comme un atavisme…
« À Saint-Claude, j’ai grandi dans une maison où mes grands-parents, qui étaient dans la menuiserie-charpenterie, possédaient un atelier. J’ai vécu très jeune dans les copeaux, les odeurs. Quand vous êtes gosse, ça marque », raconte-t-il.
La coupe du bois était quelque part dans son sang, de façon innée. « Pourtant, je n’ai pas côtoyé mon grand-père, poursuit-il en montrant dans son atelier de Delle une photo d’Eugène, dans les années 1930. Je ne le connais uniquement que sur les photos et les histoires que ma mère racontait. Dans ma tête, c’est un peu pour lui faire plaisir ce travail dans le bois… ».
2001 ensuite, l’odyssée du sculpteur. Après avoir poursuivi son travail de dessinateur industriel à travers le monde, Christian Mermet prend sa retraite pour entrer dans un autre univers en se consacrant pleinement à son activité de sculpteur : « Mon milieu actuel est d’un plus grand éventail que quand je travaillais dans l’industrie. Il est plus tranquille également. Je suis au milieu des rêveurs alors qu’avant j’étais au milieu des actifs. »
Le mélange de ses compétences professionnelles et de ses rêveries s’exerce donc dans un art : la sculpture. « J’aime les trois dimensions qu’on n’a pas dans la peinture », précise l’artiste. Son style ? Inspiré de Fernando Botero, l’artiste colombien réputé pour ses formes rondes : « J’ai toujours fait des arrondis. Une sculpture, il faut avoir envie de la caresser ! »
Aujourd’hui, c’est près de 300 œuvres pour lesquelles il a fait des pieds… et des mains ! « Pour faire de la sculpture, je me disais qu’il me fallait la technique et il n’y a rien de plus compliqué à faire que des mains, explique cet autodidacte. Donc, j’ai fait des mains. Et quand j’ai eu la technique, j’ai fait autre chose. » Et notamment des allégories ( Liberté, L’amitié) et des œuvres ayant trait à l’actualité ( Terremoto, sur le tremblement de terre en Haïti), qui donnent forcément matière à réflexion. Lors des expositions, ses sculptures sont ainsi accompagnées d’esquisses épurées, à l’encre de Chine : « Elles permettent aux visiteurs d’aller plus loin, de remonter dans ma tête… »
Après avoir fait feu de tout bois, Christian Mermet s’est lancé dans un autre défi : « Quand je me suis lancé dans la sculpture, l’idée était d’aller au bout de mes rêves. Et, dans ce domaine, le top c’est le marbre et le bronze. » Avec le métal, glané au cours de ses rencontres dans les fonderies de Saint-Sauveur, près de Luxeuil, ou à Mulhouse, Christian Mermet touche du doigt la postérité dont il faisait finalement la quête : « Dans mon idée, le bronze, c’est pérenne. Le bois peut se détruire. Le bronze, c’est l’immortalité ! » La filiation à travers la sculpture ne pourrait, dès lors, plus être arrêtée.
« Sculpture, patrimoine de demain » : voilà une des maximes qui peuplent l’antre de l’artiste, obnubilé par ce que sera son empreinte, tout en essayant de perpétuer le souvenir des aïeux. Engoncé entre deux temps, comme si le présent était terre de regrets. « Mon travail de dessinateur m’a passionné, de part mes responsabilités et les voyages, mais il me manquait ce côté créatif. Vous avez une idée dans la tête mais vous ne pouvez pas la toucher. Et il y en a combien qui ne peuvent toucher leurs idées », déclare-t-il. Lui y est arrivé, sur le tard : « Je me rends compte que les gens aiment ce que je fais et, en outre, je remporte pas mal de prix. J’ai un regret, j’aurai voulu commencer plus tôt. Dommage… »
À travers chacune de ses œuvres, Christian Mermet sculpte pourtant les courbes de l’immortalité.
********
Bio
24 juin 1940 : naissance à Saint-Claude (jura).
1959 : il fait son entrée aux usines Peugeot, à Sochaux, comme dessinateur industriel.
11 juin 1966 : mariage avec Françoise, une union de laquelle naquirent deux filles : Caroline et Marie.
Janvier 1974 : premier départ de France. Durant six ans, il est basé à Los Andes, à 100 km de Santiago, au Chili. Par la suite, il vécut en Argentine (de 1986 à 90) et en Uruguay (1997 à 2001) et travailla beaucoup en Asie également.
2001 : départ en retraite, installation à Delle et début d’une nouvelle vie en tant que sculpteur.
2011 : en dix ans, il multiplie les expositions et collectionne les prix. L’an dernier, il expose notamment au Vatican et remporte le Grand Prix Arts Inter du salon international des créateurs du siècle à Vittel.
2012 : jusqu’au 15 juin, il expose à la galerie Montagnon à Montbéliard.








pour ajouter le tag de la page à vos tags favoris.
effacer tout


Vos commentaires
Vous devez vous connecter pour poster un commentaire
Connectez-vous pour laisser un commentaire
Se connecter