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Enseignement Le chinois, la 5 e langue franc-comtoise

le 22/02/2012 à 05:00 par Karine Frelin

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Jihon Lemeri est professeur de chinois au lycée Courbet : en Franche-Comté, 600 élèves le pratiquent, mais uniquement en langue vivante 3. Photo Karine Frelin

Jihon Lemeri est professeur de chinois au lycée Courbet : en Franche-Comté, 600 élèves le pratiquent, mais uniquement en langue vivante 3. Photo Karine Frelin

Le chinois s’installe doucement dans les lycées francs-comtois, en troisième langue d’apprentissage, mais encore très loin derrière l’anglais, l’allemand, l’espagnol et l’italien. Il faut dire que tout est nouveau dans cette langue…

Jihong Lemeri est catégorique : « Le chinois, ce n’est pas très compliqué, explique ce professeur du lycée Courbet, à Belfort. La grammaire est simple, il n’y a pas de temps, de conjugaison. Le plus difficile, c’est la prononciation. Certains mots ont la même. Il faut alors remettre chaque mot dans le contexte ». Pas de quoi, cependant, freiner les apprentis sinophiles : quand cette langue a été proposée pour la première fois comme LV3 au lycée en 2005 en Franche-Comté, 46 élèves étaient demandeurs. Ils sont aujourd’hui 600 dans toute l’académie, dans six lycées publics et trois lycées privés, et tous les départements de Franche-Comté. Pour comparaison, 300 élèves apprennent aujourd’hui le russe. « Cela reste très à la marge derrière nos langues phares que sont l’anglais, l’espagnol, l’allemand et l’italien, remarque Jean-Luc Bordron, coordinateur des langues au rectorat et inspecteur pédagogique régional (IPR) de langues vivantes. Parmi ces 600 élèves, on compte notamment 28 % d’étudiants postbac qui font des études en hôtellerie à Poligny, un fort pourcentage. Si l’apprentissage du chinois augmente, il faut en relativiser les chiffres ». Mais en Franche-Comté, comme en France (lire ci-contre), l’implantation, si elle est récente, connaît une croissance régulière de ses effectifs.

Au demeurant, cette langue reste, dans la région, à l’état de la troisième langue vivante. À raison, par exemple, de deux heures par semaine, trois pour les secondes au lycée Courbet. Jihong Lemeri l’enseigne là depuis 2008 : « Il y a d’abord eu un engouement fort, puis une baisse d’effectifs », constate-t-elle. Aujourd’hui, elle a 23 élèves en seconde. « Nous travaillons sur deux parties : les sinogrammes et la phonétique, explique-t-elle. En chinois, la bouche ne bouge presque pas. Les élèves ont du mal à utiliser cette prononciation. C’est ce qui est pour eux le plus difficile ».

À chaque cours, les élèves s’entraînent donc à la phonétique et on leur demande de savoir lire les caractères. Chaque mot étant formé avec huit traits, il faut apprendre à les maîtriser, à travers dix mots de base, dix phrases et, petit à petit, en ajoutant du vocabulaire. Il s’agit d’abord de comprendre comment fonctionne cette langue : « Pour chaque nouveau mot, on cherche un sens et on utilise les sinogrammes dont on dispose, détaille Jihong Lemeri. Ainsi, pour écrire « ascenseur », on associe « électricité » avec « escalier ». Pour le vocabulaire, on parlera ainsi de groupes de mots ».

Ce fonctionnement logique sied à certains élèves : « En deuxième année, j’ai déjà quelques élèves qui passent le niveau 2 de la langue. En général, ils sont capables d’y accéder au bout de trois ans », indique le professeur de chinois.

Qu’est-ce qui pousse les élèves à se lancer dans le chinois ? « Essayer une LV3, et sans doute les influences médiatiques, constate Jean-Luc Bordron. La Région Franche-Comté, également, coopère avec l’Anhui, une région de Chine. Ça fait aussi partie de la politique des langues de l’académie de proposer une diversité et une continuité dans le parcours en langues ». Sauf que l’académie n’a pas, aujourd’hui, de recul pour savoir ce que ces élèves vont faire du chinois postbac : « Cette année, j’ai une élève en terminale qui veut continuer, indique Jihon Lemeri. Mais certains élèves confondent avec le japonais, à cause des mangas. Ce qui les attire surtout, ce sont les échanges linguistiques ». À Courbet, ils ont lieu tous les trois ans, quand le professeur arrive à trouver des créneaux pour tous les niveaux. Elle a néanmoins réussi à faire oublier cette expression très locale : « En français, ne dit-on pas, quand une phrase est difficile, que c’est du chinois ? »

Depuis 2005, le chinois n’est plus considéré comme une fantaisie exotique en France. 25 675 élèves ont commencé son apprentissage en 2009. Ils étaient 9328 en 2004.

Aujourd’hui, il est classé au cinquième rang national des langues les plus enseignées au lycée, notamment au détriment du russe ou encore de l’arabe. En proportion, ils sont encore plus de 5 millions à apprendre l’anglais ou l’espagnol.

Au niveau international, le chinois supplante presque l’espagnol dans les meilleures universités américaines, le français et l’allemand étant à présent loin derrière. Idem dans les universités italiennes où le français n’est plus une langue très employée.

En France, on compte néanmoins quelques disparités dans le classement de la langue : en région parisienne, et en fonction de la présence des communautés, le chinois est placé en langue principale, en seconde langue ou en troisième. En Franche-Comté, il restera une troisième langue : « On ne peut pas comparer notre petite académie à la région parisienne », explique Jean Luc Bordron, qui insiste sur l’importance des « parcours de langue ».

le 22/02/2012 à 05:00 par Karine Frelin

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