Protection Une meilleure prise en charge des enfants fragilisés
le 15/02/2012 à 05:00 par Karine Frelin
Jérémy et Camille sont actuellement intégrés au groupe Graffiti à Belfort : les enfants y demeurent en fratrie, continuent de fréquenter leur école dans la mesure du possible. Photo Karine Frelin
Le schéma de prévention et de protection de l’enfance mis en place dans le Territoire de Belfort a permis, en quelques années, de mieux coordonner la prise en charge des enfants plongés par des situations qui les dépassent. Les réseaux de professionnels auraient d’ailleurs tendance à dépasser les frontières départementales.
Depuis 2007, le conseil général du Territoire de Belfort grave ses politiques d’accompagnement de l’enfance, de la vieillesse et du handicap dans le marbre, à travers des schémas d’orientation. Un premier bilan a été réalisé en 2011. En matière de prévention et de protection de l’enfance, « on a pu faire un bond qualitatif », remarque Yves Ackermann, président du conseil général. Aujourd’hui, pour les cinq ans à venir, « on affine ce qui a déjà été fait et on s’attarde sur les points négatifs », ajoute Samia Jaber, vice-présidente chargée de l’action sociale territoriale, de l’enfance et de la famille, qui compte 259 agents dans le département.
320 signalements réalisés en 2010
Les points négatifs sont d’abord conjoncturels, le Territoire de Belfort étant classé parmi les départements où le taux de divorcialité est très fort, avec 368 séparations en 2009 sur les 127 578 recensés en France métropolitaine. Divorce signifie fragilité de la cellule familiale qui se transforme en cellules monoparentales, à dominante féminines, dans lesquelles les risques de précarité et de carences éducatives sont proéminents.
C’est dans ce contexte que sont réalisés des signalements d’enfants en danger, notamment par les services de l’Éducation nationale, le centre hospitalier Belfort-Montbéliard, ou la justice.
« Bon an mal an, quelque 500 informations remontent, avec des gradations, indique Serge Varvatis, directeur de l’Enfance et de la Famille au conseil général. Entre information et signalement, la cellule Enfance en danger, qui centralise les données, arrive à faire la différence ».
En 2010, 320 signalements ont ainsi été effectués. 232 ont été considérés comme des situations à risques : globalement, 34 cas étaient de la maltraitance, des enfants « victimes de violences physiques, d’abus sexuels, de violences psychologiques, de négligences lourdes ayant des conséquences graves sur leur développement physique et psychologique », et 198 présentaient un risque potentiel d’être maltraités.
Sur 20 700 familles avec enfant s) vivant dans le Territoire de Belfort, la proportion est tout de même importante. « Notre département présent un contexte social difficile pour un bon nombre de familles, constate encore Samia Jaber. Nous devons être capables de les toucher au plus vite ». Notamment par le biais de la prévention, réalisée par la Protection maternelle et infantile (PMI). C’est le cas : sur 1775 naissances en 2010 pour le Territoire de Belfort, 1721 bébés ont été vus lors d’une consultation de PMI.
À l’école aussi, médecins et infirmières sont présents, à travers des bilans physiques et psychologiques qui tendent à être systématisés en maternelle. Enfin, le conseil général s’appuie sur des partenaires comme le CAMSP, Centre d’action médico-sociale précoce, créé à l’échelle de l’Aire urbaine.
Quand l’enfant fait néanmoins l’objet d’un placement, d’autres mesures sont mises en place : trois services accueillent des enfants en situation d’urgence au Foyer de l’enfance. Pour les 0-6 ans, un réseau de familles d’accueil est venu remplacer la pouponnière, pour 18 places. « Politiquement, nous privilégions désormais les familles d’accueil qui permettent aux enfants d’avoir une vraie vie de famille », indique Samia Jaber.
Pas de déficit de places
Brigitte Manuelle est assistante familiale à Courtelevant depuis douze ans. Elle a réalisé plusieurs formations, a « réfléchi durant toute une année » avant de prendre la décision d’accueillir à la maison, avec sa famille, des enfants 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.
« Tous les enfants que j’ai eus donnent beaucoup d’amour, explique-t-elle. Mais il faut apprendre à laisser la place aux parents, avoir du recul. Nous, on leur dit qu’on est là pour les aider, en attendant ».
Martine Richter, responsable du Foyer de l’enfance, l’a constaté : « Les enfants sont moins repliés sur eux-mêmes qu’en foyer, même bébés ». À partir de 6 ans, le foyer de la rue Dauphin, à Belfort, peut néanmoins accueillir jusqu’à douze enfants en collectif, par fratrie, au groupe Graffiti. De même que trois places sont réservées au centre maternel, qui héberge des jeunes femmes mineures ou majeures avec des enfants de moins de 3ans.
« Le département ne connaît pas de déficit de places », indique Samia Jaber. Ce qui permet, sans pression, de réfléchir à d’autres dispositifs, comme l’accueil, par les assistants familiaux, d’enfants en situation de handicap. N’ayant qu’un objectif, de toute façon : « Aider les familles à récupérer les enfants de la meilleure façon possible ».
le 15/02/2012 à 05:00 par Karine Frelin
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