Bavilliers Agressé par un mineur, l’éducateur de l’Adij témoigne
le 07/02/2012 à 14:10 par Dominique Lhomme
Les éducateurs des structures éducatives sont de plus en plus confrontés à la violence. Photo Dominique Lhomme
Thierry , 45 ans, éducateur à l’Association départementale d’insertion des jeunes, n’est pas du genre impressionnable. Pourtant, suite à une double agression, fin janvier, il se pose de nombreuses questions.
Thierry est éducateur depuis 1986 et en poste à la protection judiciaire de la jeunesse à Belfort depuis 1991, détaché à l’Adij de Bavilliers depuis mars 2011. Là, il est référent de deux groupes de jeunes filles, dont un en semi-autonomie. Le samedi 28 janvier, lorsqu’il prend son service, tôt le matin, avec un autre éducateur, il n’a que le groupe d’adolescentes en semi-autonomie à gérer. On lui demande alors de donner un coup de main à une éducatrice qui est seule avec un groupe de dix-sept garçons. Parmi eux, un jeune mineur, en accueil provisoire, confié depuis trois jours par les services de l’aide sociale à l’enfance et par la protection judiciaire de la jeunesse.
« Je ne connais pas le dossier de chaque jeune, précise Thierry . Ce jeune avait demandé à être placé par souci d’être sécurisé, parce qu’il craignait des représailles. Et, ce que je ne savais pas, c’est qu’il avait déjà été condamné à un an et demi de prison pour des faits de violence. »
Ce samedi-là, l’éducateur doit intervenir alors que le jeune était en train d’en frapper un autre. Au passage, il essuie une kyrielle d’insultes. Tout le monde se calme. Le même jour, le même jeune fera preuve, le soir, d’un comportement violent au self-service, puis fugue du foyer avant de revenir à 2 h le dimanche. « Il demande alors un médicament au veilleur de nuit et menace, que, s’il ne l’obtient pas, il réveille tout le monde, ajoute l’éducateur. Et il lui crache au visage. Le dimanche, je reprends mon service à 7 h et à 11 h 50. J’essuie encore des quolibets, mais j’arrive à me contenir. Il faut dire que, depuis deux jours, règne au sein du groupe un profond sentiment d’insécurité. Les filles ont la trouille. À un moment, je le vois sortir de la salle de jeu avec une barre en fer de baby-foot. Je préviens ma collègue et lorsque je rejoins une partie du groupe pour aller déjeuner, je vois cette barre en fer au milieu de la pelouse. Il m’adresse à nouveau des insultes. Il entre dans le self et tourne autour de moi, va chercher la barre métallique et me frappe. J’esquive plusieurs fois, mais il va m’atteindre à l’épaule et à la main gauche, provoquant de sérieux hématomes. Il menacera ensuite de me suriner. »
Agressé au couteau
Des personnes s’interposent, la police est prévenue, les pompiers aussi. Ils emmènent l’éducateur aux urgences.
« J’attendais dans la salle d’attente depuis une heure, au milieu de nombreuses personnes, lorsqu’il est entré avec un couteau, explique Thierry Clément. Et pas un canif. Je suis allé à ses devants, j’ai esquivé le coup qu’il me donnait. À ce moment-là, la secrétaire médicale a crié. Il m’a donné encore un coup de pied et s’est enfui. Une patrouille de police, alertée par l’accueil des urgences, l’a interpellé derrière l’église Saint-Joseph. »
Le jeune homme violent indiquera aux policiers où il s’était débarrassé de son arme. Après sa garde à vue, il est passé devant le juge pour enfants et a pris un mois de prison ferme.
Thierry Clément est arrêt de travail jusqu’au 29 février pour « accident de travail ». Mais, depuis les faits, il se pose de nombreuses questions. « Nous avons régulièrement des intrusions sur le site de l’Adij, surtout ces derniers mois. Je vais reprendre le travail lorsqu’il sortira de prison. Quelle attitude adopter s’il revient avec de mauvaises intentions ? Est-ce que je devrai répondre à la violence par de la violence ? Cette histoire, je ne la vis pas très bien depuis une semaine. J’ai parfois des regrets. Je m’interroge. J’aurais peut-être dû être plus sévère la première fois. »
Au-delà de ce fait divers, qui est aussi un fait de société, l’éducateur semble aussi pointer du doigt certains dysfonctionnements des structures éducatives. « Ma collègue était quand même seule avec un groupe de dix-sept garçons et si je n’étais pas intervenu, on ne sait pas ce qui se serait passé. Depuis une semaine, j’ai de l’appréhension, un sentiment d’insécurité et un grand questionnement. Nous les éducateurs, on ne se sent pas assez soutenu. Je pense qu’à certains moments, on peut connaître un grand moment de solitude dans la prise en charge éducative. Aujourd’hui, je trouve que les situations conflictuelles avec les jeunes se sont aggravées. Les jeunes maintenant sont dans la consommation immédiate et à certains moments, j’ai l’impression de ne plus faire de l’éducatif, mais que du gardiennage. »
le 07/02/2012 à 14:10 par Dominique Lhomme
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