Cyclotourisme « Bienvenue en France ! »

le 17/08/2012 à 05:00 Élise Guilloteau
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Les cyclotouristes de l’aventure Pékin-Paris-Londres ont franchi le Rhin hier, à Fessenheim. Photos Bernard Biehler

Les cyclotouristes de l’aventure Pékin-Paris-Londres ont franchi le Rhin hier, à Fessenheim. Photos Bernard Biehler

Quelque 75 cyclotouristes français, partis le 1 er avril de Pékin, ont passé la frontière hier après-midi à Fessenheim, avant de poursuivre jusqu’à Kingersheim. Leur périple doit s’achever à Londres. Arrivée prévue le 28 août pour l’ouverture des Jeux paralympiques.

Ils étaient attendus à 13 h à Fessenheim ; ils n’ont passé le pont de Hartheim qu’à 14 h 15… Une heure de retard seulement après plus de 13 000 km parcourus. Un détail. Mais quelle fierté de rentrer « chez soi » pour ces 75 cyclotouristes français qui se sont lancés depuis le 1 er avril dans l’aventure Pékin-Paris-Londres, soit 14 000 km environ, 60 000 m de dénivelé et onze pays traversés au final. Et dire qu’ils ont presque tous plus de 60 ans !

Ils étaient 80 au départ mais il y a eu deux fractures et quelques malades qui ont dû abandonner, la mort dans l’âme. « Le plus difficile, ça a été les deux premiers mois. C’était très physique, il y avait de nombreux cols à près de 4 000 m et une pollution incroyable. Nous avons tous été malades », relate Marc Delval, l’un des quatre Alsaciens du groupe, originaire de Blodelsheim. Et pourtant, cet homme de 63 ans est un habitué des raids vélo, lui qui termine son tour du monde personnel grâce à ce parcours. « J’ai perdu 13 kg depuis le départ. Mais heureusement, nous avons eu très peu de pluie. La quatrième fois, c’était ce matin… »

Difficile pour lui d’en dire beaucoup plus sur tout ce qu’il a vu : il est aussitôt happé par le maire de sa commune, François Beringer, venu l’accueillir d’un sonore « Bienvenue en France ! Bienvenue chez toi ! » Il y a aussi les amis, les voisins, les copains cyclistes, venus souvent avec une bouteille de vin à la main. « Tout ça, ça nous manquait un peu. Ça fait chaud au cœur », confie Marc Delval en essuyant une larme. Demain, il repartira : « Notre objectif, c’est Londres. »

Un peu plus loin, des cyclistes de Kingersheim se sont attroupés autour de « leur » Maurice, un grand gaillard de 65 ans à qui les cols ne font pas peur. « Ma mère déjà faisait beaucoup de vélo. Que voulez-vous, c’est dans les gènes », sourit Maurice Siberlin. Lui aussi a perdu quelques kilos mais jamais le moral. Il s’est lancé dans cette aventure par amitié pour l’organisateur, le Savoyard Michel Cabart, et il ne le regrette pas : « J’aime le vélo et je n’étais pas encore sorti d’Europe. Là, je viens de vivre une grande aventure et j’ai traversé de nombreux pays. » Il a aussi découvert la vie en groupe, pas toujours facile, et les corvées. « Heureusement, il y a avec nous 13 personnes en charge de la logistique, qui conduisent les camions qui portent nos sacs et les pièces de rechange pour les vélos. »

Ah, ces vélos ! Rien à voir avec les nouvelles structures ultralégères que ces baroudeurs utilisent d’habitude mais de solides deux-roues, tous identiques, en version solo ou tandem. « Je n’ai jamais crevé et le cadre a très bien tenu. J’ai juste dû changer les patins de freins », reconnaît Maurice. Et pourtant, les routes, notamment en Chine ou au Kazakhstan étaient pires que « des champs de patates ». Mieux, « on a une bonne position sur ces vélos. Je n’ai jamais eu mal au dos. » Quant aux jambes, elles se sont habituées : « Passé le premier mois, c’est devenu une routine de pédaler. » Ses camarades de Kingersheim sont « très fiers de lui ». Maurice, lui, n’oublie pas que ce n’est pas fini. « Je n’irai pas jeter un œil à ma maison. On doit d’abord arriver à Londres. » Il n’a pas fini non plus de prendre des photos de ce voyage magnifique et surprenant.

Ce retour a aussi servi de prétexte à des retrouvailles familiales, comme ce fut le cas de Michel Galesi, moitié Alsacien, moitié Ardéchois. « Où est-ce qu’elle est, ma cousine ? », a-t-il lancé. Autour de lui, il y avait aussi tous ceux qui n’étaient attendus par personne à Fessenheim : ils sont de Paris, de Savoie, de Bretagne ou d’ailleurs. Eux aussi avaient soif de raconter. Joël Gaborit et Pierre Charbonnel, deux Angevins, se souviendront longtemps de la « route du charbon » en Chine : « Il y avait des 38 tonnes à la queue leu-leu. Et une poussière inimaginable ! » Ils ont aussi des souvenirs plein la tête : « Dans l’ouest de la Chine, c’était étrange comment les gens nous regardaient. Certains n’avaient jamais vu d’occidentaux avant nous. Mais globalement, ils étaient sympas avec nous. »

Tout ce groupe doit arriver le 28 août à Londres, pour l’ouverture des Jeux paralympiques. Presqu’une promenade pour ces aventuriers : « Maintenant, c’est le dessert jusqu’à Paris. Puis le pousse-café jusqu’à Londres », sourient les deux Angevins en finissant leur sandwich avant de remonter sur leurs vélos.

le 17/08/2012 à 05:00 Élise Guilloteau

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