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Natation Le Montbéliardais Christian Donzé au sommet de la vague bleue

le 15/08/2012 à 05:01 Propos recueillis par Yvan Goepfert
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Christian Donzé, au premier plan, à gauche (maillot foncé), en compagnie notamment de Teddy Riner (avec la médaille d’or autour du cou) et Tony Estanguet (en bleu), a défilé lundi sur l’un des trois bus à impérial de l’équipe de France olympique au milieu des Champs-Élysées. Photo AFP/Mehdi Fedouach

Christian Donzé, au premier plan, à gauche (maillot foncé), en compagnie notamment de Teddy Riner (avec la médaille d’or autour du cou) et Tony Estanguet (en bleu), a défilé lundi sur l’un des trois bus à impérial de l’équipe de France olympique au milieu des Champs-Élysées. Photo AFP/Mehdi Fedouach

Le directeur technique national de la natation française est un homme comblé. Les résultats des nageurs tricolores aux Jeux Olympiques 2012 de Londres ont été exceptionnels avec quatre médailles d’or. Le natif de la Cité des Princes a vécu des heures magnifiques dans la capitale anglaise, puis lundi après-midi sur les trois bus de l’équipe de France pour un défilé mémorable dans Paris. Hier, il a pris une autre route, celle des vacances, dans le Sud de la France où il a rejoint sa famille. Il peut savourer… le téléphone portable coupé, a-t-il promis !

Entre le premier plongeon dans l’eau de la piscine de la Petite-Hollande à Montbéliard il y a une cinquantaine d’années, et le bain de foule sur l’un des trois bus à impérial au milieu des Champs-Élysées lundi, de l’eau a coulé sous les ponts. Le DTN de la natation française Christian Donzé (50 ans) mesure tout le chemin parcouru. Mais surtout, aujourd’hui, il est fier du bilan des nageurs français à Londres à l’occasion des JO qui ne pouvaient mieux couronner son mandat qui s’achèvera dans quelques mois.

Il revient sur ces moments forts des derniers jours, mais aussi sur ces trois années et demie passées à ce poste pour lequel il ne sait pas encore s’il sera candidat à sa succession.

Christian, vous aviez fixé les objectifs de la natation française à 6 médailles dont deux titres, quelques jours avant les JO. La France a finalement obtenu 7 médailles dont 4 en or. Vous pouvez donc parler de mission largement remplie…

Pour être très honnête, après les mondiaux de 2010, quand on s’était vu avec les DTN, le bilan de cette compétition me permettait de dire qu’on pouvait viser trois médailles d’or ; deux en individuel et une en relais. Avec ces quatre titres, forcément, les objectifs sont dépassés. Ensuite, après les championnats de France à Dunkerque au printemps, j’avais aussi souligné que Florent Manaudou avait les moyens de devenir le meilleur au monde sur 50 m, mais que les Jeux arrivaient tôt pour lui. La preuve que non… Les Jeux Olympiques, il n’y a pas de première fois ; si tu y vas il faut être prêt pour réussir. Aux JO, il y a ceux qui y grandissent et ceux qui y rapetissent. Les Français ont surtout grandi.

Les satisfactions ont été très nombreuses ; mais y a-t-il eu des déceptions dans les résultats ?

Sur une semaine de courses, forcément, il y en a eu. La première, c’est la 4 e place de Camille Lacourt au 100 m dos. Il y avait le potentiel d’une médaille voire d’un titre. Et puis, on avait imaginé quelque chose de mieux sur le relais 4x100 m 4 nages. C’est un secteur où on doit réfléchir à une meilleure efficacité dans la gestion des nageurs sur l’ensemble de la compétition. On dira qu’il y a eu 95 % de satisfactions pour 5 % de déceptions. C’est peu…

Alain Bernard et Laure Manaudou, les deux champions olympiques des deux précédentes olympiades ont-ils eu un rôle important depuis les tribunes, pour l’équipe de France.

La première chose à savoir, c’est que chaque sportif a un rôle dans cette équipe. Maintenant, il faut bien souligner que Laure et Alain ont été très importants dans l’apport de la sérénité, de la dynamique et de l’accompagnement de l’équipe de France. Oui, c’est ça, ils ont su solidifier, renforcer la dynamique du collectif dans un sport éminemment individuel.

Laure Manaudou sans cesse filmée dans la tribune par les caméras de France Télévisions…

Elle n’y peut rien. Ce n’est pas elle qui le demandait…

Et est-ce finalement une surprise qu’elle ait manqué ses Jeux ?

Est-ce qu’elle ne s’est pas trop mise au service de l’équipe plutôt que de songer à ses performances chronométriques ? Peut-être. Avec son état d’esprit de gagneuse, on pensait qu’il y avait un petit espoir de la voir réaliser une performance intéressante. Éventuellement, avec la non-qualification de Fred (ndlr : Bousquet, son compagnon), pour les JO, elle a peut-être pris ça comme un choc et a eu du mal se remobiliser.

Vous pensez qu’on la reverra en compétition ?

Je ne sais pas. Posez-lui la question ! Là, il faut remettre tous les compteurs à zéro. Elle a peut-être envie de se consacrer à sa famille. C’est très perso comme truc et je pense qu’elle va prendre le temps de réfléchir.

Lionel Horter, à qui vous aviez décidé de confier le poste de directeur de l’équipe de France à votre arrivée, était l’homme de la situation…

Il a fait partie de la stratégie que j’ai voulu mettre en place. Il avait les compétences et l’expérience nécessaires au cours de cette olympiade. Il n’y a aucune équivoque à ce sujet. On a partagé les choses dans un champ très, très précis (ndlr: Lionel Horter a décidé de se retirer à l’automne prochain pour se consacrer à sa famille et à nouveau au Mulhouse ON).

À quoi attribuez-vous cette formidable réussite de la natation française ?

À une belle génération de nageurs et d’entraîneurs, à des critères de sélections bien établis, à d’excellents stages, à un projet olympique sur 2 ans, à la valorisation des entraîneurs. J’ai beaucoup lu et entendu dire depuis 2009, que la natation française avait profité de l’exigence de Claude Fauquet (ndlr : son prédécesseur, souvent mis en avant par L’Équipe et France Télévisions). Je n’ai rien contre Claude Fauquet, mais j’ai diminué les exigences des critères de sélections ; j’ai adapté progressivement ces exigences au contexte de l’équipe de France. En quelque sorte, j’ai fait l’opposé de ce qu’il proposait.

Alors, dans quelle mesure êtes-vous le responsable de ce succès à Londres ?

Mon rôle de DTN, c’est d’optimiser l’environnement nécessaire à réaliser des performances de haut niveau. Donc c’est un boulot de manager, de gestion des ressources humaines. C’est un travail de l’ombre. La partie visible de l’iceberg, ceux qui sont les feux de la rampe, ce sont les nageurs. En général, moins on parle des DTN, mieux c’est. Si les résultats avaient été mauvais, je pense que j’aurais été responsable à 100 %. Alors je veux bien qu’on m’accorde un peu de responsabilité à cette réussite. Et puis ce n’est pas seulement la réussite des Jeux : parce que durant cette olympiade, il y a eu 3 titres mondiaux, 5 titres européens et donc 4 médailles d’or à Londres… Alors que la France avait obtenu trois médailles d’or en tout depuis 1896 en natation ! (ndlr : Jean Boiteux en 1952, Laure Manaudou en 2004 et Alain Bernard en 2008).

Voilà bientôt 4 ans que vous êtes DTN. Alors, qu’est ce qui a été le plus dur à gérer ? Votre mission est-elle accomplie ? Et êtes-vous prêt pour 4 nouvelles années ?

Je suis quelqu’un de déterminé et rien ne m’a semblé dur à gérer. La réussite est ma source de détermination et l’excellence mon moteur. Je n’ai pas perdu mon énergie à savoir ce qui était bien ou pas. Un DTN doit avoir dans son bagage une grande volonté de travailler. Et je suis un travailleur.

Ensuite, je considère que ma mission est réussie non pas uniquement en raison des résultats des JO, mais parce qu’il y a eu l’enchaînement de très bonnes performances, à l’Euro, aux Mondiaux puis aux JO. C’est de ça dont je suis fier. On a fait en sorte qu’il y ait une bonne lisibilité du projet olympique sur deux ans avec les entraîneurs pour qu’ils puissent préparer les athlètes sereinement.

Et si je serai encore DTN pour les quatre prochaines années ? Je ne sais pas ! Ce qui est sûr, c’est que c’est un métier passionnant, mais aussi très prenant. Et là, j’aspire à des vacances en famille. Maintenant, il est clair qu’on devra vite travailler sur la structuration de la prochaine olympiade en remettant tout à zéro, sans trop se regarder le nombril par rapport à ce qu’on vient de vivre. C’est ça qui est un peu frustrant. On n’a pas trop le temps de savourer…

Parlez-nous un peu de l’autre Franc-Comtois de l’équipe de France, le Dellois Amaury Leveaux, qui a remporté l’or olympique au relais 4x100 nage libre, puis l’argent sur le 4x200 ?

Il a été transformé. Il a su se mobiliser pour être un acteur individuel au service du collectif. Je suis forcément extrêmement satisfait de ce qu’il a fait. Il a apporté de la consistance et de l’assurance à notre relais. Quand il joue le jeu à fond, son charisme est évident. Il nous a sorti un 48’’1 d’entrée sur le 4x100 qui nous a mis sur les bons rails.

Quelle est la médaille française qui vous a le plus fait vibrer ?

Impossible de répondre à ça ! Les émotions sont différentes en fonction des individus, du contexte. La médaille de bronze du relais 4x200 féminin est par exemple très belle.

Une image qui vous reste de Londres ?

pffff… Il y en a tellement. Je retiendrai ce formidable pouvoir qu’a le Parc olympique de mettre tout le monde à la même hauteur. Je me promenais par exemple avec Camille Muffat et à un moment elle me glisse tout doucement : « Ce n’est pas Kobe Bryant, là ? ». C’était lui effectivement et elle avait vraiment envie d’une photo avec lui. Je me suis approché de lui et je lui ai dit qu’il s’agissait de Camille Muffat, la médaillée d’or du 400 m natation. Il le savait et il a posé gentiment avec elle pour que je prenne la photo. Il n’y a pas de différence entre les athlètes. J’ai aussi aimé le comportement des footballeuses, très humbles. J’ai adoré la demi-finale de basket féminin France-Russie. Et puis, comment ne pas apprécier un garçon comme Tony Estanguet qui incarne si bien l’olympisme. Je pense qu’il apportera beaucoup au mouvement olympique grâce à son élection au CIO.

Quand la flamme s’est éteinte, vous étiez au cœur du stade olympique…

C’est là qu’on prend conscience que c’est fini et qu’on va réintégrer le monde normal. Et c’est très bien parce que la réalité, c’est avec elle qu’on travaille tout le temps.

Un message ?

Ce qu’on a réussi à Londres avec l’équipe de France de natation, c’est de passer de la culture du résultat exceptionnel à la vraie culture de la gagne.

Vous êtes en vacances ce soir. Le téléphone portable sera éteint ?

Oui, 15 jours ! C’est nécessaire…

le 15/08/2012 à 05:01 Propos recueillis par Yvan Goepfert

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