Perche Lavillenie : « Je saute d’abord pour moi »

le 10/08/2012 à 05:00 Recueilli par Gilles Gaihier
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Renaud Lavillenie est le grand favori du concours de la perche. Et la meilleure chance de médaille d’or de l’athlétisme français.  Photo AFP/Franck Fife

Renaud Lavillenie est le grand favori du concours de la perche. Et la meilleure chance de médaille d’or de l’athlétisme français. Photo AFP/Franck Fife

Grand favori de la finale du concours du saut à la perche ce soir, Renaud Lavillenie a mûri. Il assume sa position de numéro un mondial mais ne se voit pas en héritier de Quinon ou Galfione, champions olympiques en 1984 et 1996.

Champion du monde en salle, d’Europe, n° 1 mondial, Renaud Lavillenie sera le grandissime favori de la finale du concours du saut à la perche ce soir (20 h) au stade Olympique. Et il est prêt à perpétuer la tradition de la perche française, après les titres olympiques de Pierre Quinon et Jean Galfione.

Renaud, dans quelle forme êtes-vous arrivé à Londres ?

J’ai bien travaillé techniquement et physiquement. Je suis arrivé à Londres en pleine possession de mes moyens. Et ma première séance sur le stade d’échauffement avait été prometteuse (5,80 m), avec une course d’élan réduite.

Le concours de qualification est souvent difficile à gérer. Mais vous n’avez jamais tremblé.

Effectivement, ça s’est très bien passé. Il fallait composter son billet pour la finale, je l’ai fait. J’ai ressenti beaucoup d’ondes positives.

Le champion du monde 2011, le Polonais Wojciechowski, et son dauphin, le Cubain Borges, ont été éliminés. Ça vous surprend ?

Non ! Ils n’ont rien fait cette année. Par contre, depuis trois mois, je vous dis que Steeven Hoocker, champion olympique à Pékin et champion du monde à Berlin en 2009, serait là, malgré un début de saison compliqué. Il a passé tranquillement 5,60 m.

Après Pierre Quinon à Los Angeles, Jean Galfione à Atlanta, vous reconnaissez-vous en héritier de la perche française ?

Je saute pour moi, pas pour les autres. J’assume ma position, mes ambitions de médaille bien sûr, mais ce n’est pas parce que l’athlétisme français a eu des champions olympiques que je dois forcément suivre leur trace. Mais, je suis forcément de la famille.

Avez-vous parlé des Jeux avec Jean Galfione ?

On s’est vu au meeting de Paris en juillet dernier. Il m’a confirmé que les Jeux, c’était fantastique. Mais, il m’a surtout conseillé de ne rien changer à mes habitudes. C’est vrai que, discipline par discipline, ça ressemble beaucoup à un championnat du monde. Sauf que les Jeux, ce sont les Jeux…

Mais vous visez le titre olympique, pas seulement une médaille ?

Ne me faites pas dire que c’est l’or ou rien d’autre. Entre une médaille d’or et une médaille de bronze, ça se joue à très peu de chose.

Un concours de saut à la perche est-il si aléatoire, même en finale des Jeux ?

Pour la finale, tous les compteurs sont remis à zéro. Et ce n’est pas ta place au bilan qui dicte le concours. Rappelez-vous de Sergueï Bubka aux Jeux de Barcelone. Il est vite rentré à Donetsk avec un zéro et trois échecs à 5,70 m.

Et puis il y a la météo, compliquée ici à Londres. Notamment le vent.

Ici, il peut pleuvoir, et le vent sera difficile à gérer. Cette année, j’ai sauté dans des conditions autrement plus difficiles. Que ce soit à Crystal Palace, à Oslo, au stade de France, à Nancy, je n’ai pas été gâté. Il n’y a guère qu’à Helsinki que les conditions étaient favorables. Mais, c’était voulu avec Damien (Inocencio). Mon entraîneur a souhaité, qu’en prévision de Londres, je choisisse la difficulté.

Après onze succès consécutifs, vous avez connu deux défaites en dix jours au mois de juillet. Le doute s’est-il installé ?

Absolument pas. À Crystal Palace, dans le vent et sous la pluie, j’ai eu des conditions compliquées. À Szczecin, j’ai connu des problèmes techniques avec un butoir qui n’était pas conforme.

Après votre magnifique concours à Helsinki (vainqueur avec un saut à 5,97 m), vous avez peut-être subi aussi un léger contre coup ?

Il fallait que je redescende sur terre pour mieux rebondir à Londres. Maintenant, j’ai hâte d’en découdre.

En un an, la concurrence s’est densifiée au niveau mondial. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas seul au monde, loin s’en faut, et c’est très bien. Déjà à Daegu, en finale du dernier Mondial, cinq athlètes étaient encore en course à 5,85 m. Franchement, je ne serai pas surpris par le niveau du concours.

Les trois Allemands, en finale à Helsinki, vous ont donné rendez-vous ce soir.

Otto a passé 5,92 m. Mohr est très fort. Et puis, il y a tous les autres. Qui aurait misé un centime sur Wojciechowski l’année dernière à Daegu ? Et que dire du Cubain Borges, médaille d’argent en Corée ? Un an plus tard, ils n’ont pas passé le cap des qualifications.

Avez-vous imaginé les scénarios possibles de la finale ?

Au saut à la perche, c’est impossible, justement parce que tout est possible…

Damien Inoncencio, votre entraîneur, dit que vous avez mûri ?

On m’a longtemps surnommé « chien fou ». Je partais un peu dans tous les sens, notamment dans le choix de mes barres à l’entraînement, ou en compétition. Aujourd’hui, c’est vrai, je pense avoir mûri.

Vous continuez pourtant à jouer au saut à la perche dans votre jardin ?

J’ai un tapis à la maison et je joue au saut à la perche dans mon jardin lorsque j’en ai envie, comme d’autres bricolent. Je m’éclate…

le 10/08/2012 à 05:00 Recueilli par Gilles Gaihier

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