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Judo Teddy Riner : « C’est l’or que je veux, donc je vais aller le chercher »

le 03/08/2012 à 05:01 Propos recueillis par notre envoyé spécial Pierre Chatelus
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Voilà quatre ans que Teddy Riner ne pense qu’à ce vendredi 3 août. Depuis son arrivée à Londres, il se concentre pour gagner aujourd’hui. AFP/Franck Fife

Voilà quatre ans que Teddy Riner ne pense qu’à ce vendredi 3 août. Depuis son arrivée à Londres, il se concentre pour gagner aujourd’hui. AFP/Franck Fife

Quatre ans qu’il ne pense qu’à ça. Quatre ans que le judoka français Teddy Riner, 23 ans, s’est juré de faire de ce vendredi 3 août le jour de sa consécration ultime dans la catégorie des poids lourds. L’heure de vérité a sonné.

Il a d’abord traversé un long couloir du « Club France », poursuivi par une meute de journalistes qui semblaient tout minuscules derrière les 2,04 m et les 131 kilos de sa colossale carcasse. Puis il s’est assis dans un confortable sofa, histoire de se mettre un peu plus à hauteur de ses interlocuteurs. Souriant, parfois drôle, mais dégageant toujours une solide impression de force, de calme et de sérénité, Teddy Riner s’est alors confié longuement sur ce défi XXL qui l’attend aujourd’hui et qui peut faire de lui le plus grand judoka de tous les temps chez les +100 kg. Entretien.

Teddy, comment va la vie depuis votre arrivée à Londres ?

Pour l’instant, ça va, on a pris nos marques dans le village. Je suis content d’être là. On peut enfin se dire qu’on y est. Je suis pressé que ça commence. J’attends ce moment depuis quatre ans. Je sais que les jours et les heures qui précèdent un rendez-vous de cette ampleur sont importants. Il ne faut surtout pas se disperser et rester sur un petit nuage.

Et comment faites-vous pour rester dans votre bulle ?

Eh ben je reste dans ma chambre (rires). Je fais des petites siestes, je regarde des films et j’essaie vraiment de ne pas regarder ce qui se passe dehors.

Il y a désormais une continuelle effervescence autour de vous. Cela vous gêne-t-il ou alors êtes-vous habitué ?

Je ne vais pas dire que je suis habitué, mais ça ne me gêne pas. Je suis un athlète de l’équipe de France, je prétends à une médaille, c’est normal d’être suivi par les médias. Aujourd’hui, ce n’est pas n’importe quoi quand même, c’est la plus grande compet’du monde.

Physiquement, avez-vous déjà été aussi fort qu’aujourd’hui ?

J’espère que non. Là, je me sens vraiment en forme, j’ai de bonnes sensations, le poignet va bien et les doigts aussi. Tous les voyants sont au vert. Pourvu que ça dure.

Ce fameux 3 août, vous l’avez ressassé des centaines de fois, non ?

Ça fait quatre ans que je pense à cette journée. Quatre ans… (il marque une pause). Je me fais des scénarii, encore plus depuis quelques jours. Tous les soirs, ça commence à devenir horrible, c’est pour ça que j’ai hâte que ça commence.

Le tirage au sort peut vous offrir le Japonais Kamikawa en demi-finale. Avez-vous déjà ces potentielles retrouvailles dans un petit coin de la tête ?

Non, pour le moment, je ne suis pas focalisé sur les demi-finales. Je préfère vraiment rester concentré sur les trois combats de la matinée. Après, que ce soit le Japonais, l’Égyptien ou le Coréen, peu importe.

Vous êtes le favori, comment gérez-vous ce statut ?

C’est très simple, je ne me considère pas comme le favori, mais comme un outsider. Voilà, comme ça, ça m’enlève direct la mauvaise pression. Même si je veux la plus belle des médailles, je me dis que tout est possible. Oui, je peux perdre. Tout le monde peut perdre.

Il n’empêche que vous êtes bien le numéro 1 de la catégorie…

Peut-être, mais c’est tout sauf un avantage. Parce que moi, si on me dit que j’affronte le n°1, je n’ai qu’une envie, c’est de lui rentrer dedans. Mes adversaires doivent penser la même chose donc on voit bien qu’il n’y a aucun avantage.

Pour quelle raison une médaille d’or olympique est-elle si différente de toutes les autres ?

Parce que les JO, c’est une compétition à part. Parce que je dispute mes deuxièmes Jeux et que j’aimerais les gagner. À Pékin, j’ai fait le bronze et maintenant j’ai envie de goûter à l’or. Je me suis entraîné pour. Je me suis surpassé. J’ai écouté tous les conseils possibles. Je me suis remis en question. De toute façon, il n’y a pas le choix : c’est l’or que je veux, donc je vais aller le chercher.

Il y avait chez vous beaucoup de frustration il y a quatre ans. Avez-vous construit sur cette déception ?

J’ai construit beaucoup de choses par rapport à la compétition de Pékin, mais aussi par rapport aux autres championnats du monde que j’ai pu disputer. J’ai acquis de l’expérience, je me suis aguerri sur mes techniques. J’ai un peu plus de rage et de confiance en moi, voilà ce que j’ai de plus par rapport aux derniers JO. De toute façon, de mes défaites comme de mes victoires, j’ai toujours beaucoup appris. Je ne me suis jamais reposé sur mes acquis. Progresser, aller de l’avant, ça me motive toujours autant.

Pour espérer vous battre, vos adversaires vont probablement essayer de faire durer les combats, quitte à frôler les limites de l’antijeu…

(Il coupe) Qu’ils le fassent. Moi je me dis que les combats peuvent durer, car j’ai plus de caisse. Et puis je pratiquerai mon judo pour gagner, je prendrai les risques qu’il faut pour gagner. S’il y a bien une compétition où il faut tout essayer et se mettre minable, c’est les Jeux. Moi je ne truque pas, je fight !

Qu’est-ce qui vous donne le plus la rage durant un combat ?

La gagne, le désir de prendre le meilleur sur l’autre, l’envie d’être le plus fort. Et quand je sais qu’il y a la famille et les amis dans les gradins, plus des centaines de milliers de Français devant la télé, ça me booste encore plus. Ça me donne un second souffle. Je ne veux pas décevoir.

Laura Flessel a dit qu’elle fonctionnait avec la règle des trois « P » : plaisir, performance et peur. Est-ce pareil pour vous ?

Moi je fonctionne plutôt avec la règle des trois « G » : la gagne, la gagne, la gagne.

Visiblement, avec vous, l’essentiel n’est pas de participer…

(Rires) Oui, bon, pour moi, ce n’est pas trop une fin en soi. Elle est sympa cette citation, mais je préfère vraiment celle-là : l’essentiel, c’est de gagner.

Où puisez-vous cette force intérieure ?

Dans le plaisir ! Pour moi, c’est un vrai plaisir de souffrir à l’entraînement pour vivre des moments comme ceux-là. Et puis j’ai une grande chance d’être là et de vivre ma passion à fond. Je n’oublie jamais qu’on est des privilégiés. Certains athlètes ont donné des années de leur vie à leur sport sans pouvoir jamais disputer des JO. J’ai cette chance et je ne veux pas la gâcher.

Il y a des athlètes que vous aimeriez bien croiser au sein du village olympique ?

Oui, d’ailleurs, aujourd’hui, je suis content parce que j’ai aperçu Usain Bolt. On ne s’est pas parlé, mais c’était sympa de le voir quand même.

Avez-vous jusqu’à présent jeté un œil sur d’autres épreuves ?

Certainement pas. C’est très simple : les Jeux Olympiques des autres sportifs ne commenceront que lorsque les miens finiront. Après mon dernier combat, je profiterai de l’extérieur. Mais jusque-là, je ne regarderai rien et je n’écouterai rien. Il n’y a que ma journée de compétition qui compte. Me disperser et perdre de l’énergie à aller je ne sais où ? Non, non, non, certainement pas. Il faut d’abord penser à soi. Pékin m’a servi de leçon.

* * *

Riner - Escalante : deux vies, deux combats
Les images avaient fait le tour du monde. Sur la troisième marche du podium olympique de Pékin, en 2008, Teddy Riner avait dégainé de son kimono une photo que les officiels chinois lui avaient préalablement demandé de ne pas emmener avec lui. Sur le cliché figurait le portrait de son meilleur ami Frédéric Escalante (ex-champion de France cadet et junior en -73 kg), en prise avec une terrible leucémie. Depuis, les deux garçons, qui partageaient leur chambre à l’Insep mais aussi toutes leurs vacances, n’ont jamais cessé de mêler leurs destins et leurs parcours cruellement si différents. Le quintuple champion du monde ne manque rien de l’évolution de la longue maladie du Marseillais, et ce dernier ne rate pas une miette de l’ascension fulgurante de Riner. Aujourd’hui, comme à chaque fois qu’il monte sur un tatami, le grand Teddy tentera donc d’aller chercher la plus belle victoire possible. Pour son propre bonheur, mais aussi pour celui de son pote.

le 03/08/2012 à 05:01 Propos recueillis par notre envoyé spécial Pierre Chatelus

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