5 e étape L’audace ne paye plus
André Greipel et les sprinteurs ont contrarié de justesse les plans des échappés du jour, hier à Saint-Quentin, pour le bonheur de Samuel Dumoulin (à d.), 4e de l’étape. AFP/Lionel Bonaventure
Il n’a manqué hier qu’une centaine de mètres à l’échappée du jour pour surprendre un peloton qui a bien failli payer sa gestion millimétrée des efforts. Mais comme la veille, l’Allemand André Greipel s’est imposé dans un sprint encore perturbé par une lourde chute.
Franchement, il n’y avait sans doute qu’eux pour y croire. Mais si le peloton joue souvent avec les échappés, on se demande dans quelle mesure les rôles n’étaient pas inversés hier, où la loi du plus malin aurait pu primer sur celle du plus fort. C’est donc un formidable pied de nez aux grosses écuries que Ladagnous (FDJ), Simon (Saur-Sojasun), Ghyselinck (Cofidis) et Urtasun (Euskaltel) ont failli réussir.
Après un raid esquissé dès la sortie de Rouen où l’on avait surtout causé de l’« Affaire Armstrong », et plus de 190 kilomètres en tête à travers les plaines de l’Eure, de l’Oise et de la Somme, ce quatuor qu’on pensait condamné d’avance comme toutes les échappées depuis le départ de Liège, a superbement géré son affaire.
Jamais trop vite, jamais trop fort, convaincu que l’écart devait rester mesuré pour ne pas précipiter l’instant où les formations de sprinteurs lanceraient la poursuite. Puis tout donner dans le final en espérant faire jeu égal ou presque (1’45 à 30 km de l’arrivée, 1’15 aux 20 km, 45” aux 10 km). Et leur aventure aurait mérité un meilleur sort. Si Simon s’écarta assez tôt dans le long faux plat d’arrivée, Ghyselinck, Ladagnous ou Urtasun purent chacun à leur tour entrevoir la victoire. « C’est les boules », dira le second, conscient que les occasions se font rares. Cruelle, leur déception était légitime. Car cette fois, le peloton avait mal réglé sa montre et aurait vécu comme un camouflet la réussite d’une si belle entreprise.
Sagan à terre
Mais André Greipel, si bien emmené par toute l’équipe Lotto-Belisol qu’il est épargné par les chutes, n’est pas vraiment du genre à faire de sentiment.
L’Allemand aux cuisses de culturiste laissa ainsi l’Australien Goss lancer le sprint en faux plat montant qui mène à l’avenue… des Champs-Élysées (ça ne s’invente pas), avant de produire son effort dans les derniers mètres. Une démonstration de puissance que le Français Samuel Dumoulin, excellent 4 e, a vécu aux premières loges, juste devant Mark Cavendish. 24 heures après avoir chuté, l’Anglais était à la fois tout près et trop loin pour espérer mieux. Mais il a été épargné par la nouvelle lame de fond qui a traversé le peloton à trois kilomètres de la ligne. Et c’est encore l’Américain Farrar qui a goûté au bitume, le flanc droit si bien amoché qu’on lui a signifié la direction de l’hôpital dès la ligne franchie.
C’était en revanche une première pour Peter Sagan, déjà double vainqueur d’étape, « énervé et déçu » à l’arrivée de voir son avance fondre en tête du classement par points. Le lot de cette caste à part, dont seules les équipes Lotto et Orica-GreenEdge assument toute la partie sur ce Tour 2012 ? Des longues heures à imprimer un tempo à l’emballage final.
Greipel sait terminer le travail et mérite donc bien la gratitude de ses équipiers, qui ne se feront pas prier tout à l’heure en direction de Metz pour remettre leur colosse sur orbite. Dernière occasion d’une semaine qui traîne en longueur et qui a fait, comme souvent par le passé, le jeu des finisseurs. Qu’ils en profitent : dès demain, la course va prendre un autre visage. Et jusqu’au chrono de Besançon, lundi, puis dans les Alpes, les favoris ne pourront plus se cacher. Pour l’instant, ils évitent les chutes. Et ça semble suffire à leur bonheur.








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