Ukraine Timochenko, un voile d’ombre sur l’Euro
Même si l’Ukraine vibre pour le football, le nom de Ioula Timochenko - et les manifestations en sa faveur - reste d’actualité. AFP/Alexander Khudoteply
Le sort de l’opposante politique ukrainienne, incarcérée à Kharkiv dans d’obscures circonstances, jette le discrédit sur tout un pays. Du côté de Kiev, cernés de policiers, certains n’hésitent pourtant pas à défendre avec vigueur la cause de Ioulia Timochenko. Rencontre.
Béret vissé sur le crâne, cigarette au coin des lèvres, il scrute les alentours d’un air méfiant. Face à lui, à tout juste dix mètres, cinq policiers font le pied de grue. Vigilants. Inquisiteurs. Malgré tout, du haut de ses 44 ans, notre homme invite à la discussion. Propose une petite chaise en plastique, puis chuchote, du bout des lèvres, qu’il ne veut surtout pas donner son identité. Il souhaite se faire appeler Vitaly. Prénom banal dans cette tentaculaire ville de Kiev. Ainsi, son témoignage sera celui d’un fantôme, d’une personne sans réalité physique. Un spectre, comme celui de Ioulia Timochenko qui hante cet Euro 2012 depuis plusieurs semaines déjà.
Le sort réservé par le gouvernement de son ennemi juré, l’actuel président Viktor Ianoukovitch, à l’ancienne Première Ministre est en effet, au grand dépit des Ukrainiens, au centre de toutes les attentions en ce mois de juin. Provoquant notamment le boycott de certains gouvernements, en guise de protestation contre la condamnation, jugée abusive et uniquement politique, de Timochenko (voir encadré).
Icône de la « révolution orange » de 2004, cette dernière subit un calvaire depuis octobre 2011. Incarcérée dans la colonie pénitentiaire pour femmes de Katchanivska, elle y subit de mauvais traitements, puis entame une grève de la faim qui conduit à son hospitalisation à Kharkiv, le 9 mai dernier. C’est là-bas qu’elle se trouve toujours, filmée 24 heures sur 24, privée de tout, ou presque. Un tableau noir que Vitaly décrit sans discontinuer. Clope toujours au bec. Chuchotements accusateurs. « Ce pourquoi ils l’ont enfermée, excusez-moi, mais c’est une p… d’excuse, souffle-t-il. P eut-être a-t-elle fait quelque chose de mal, peut-être, mais il n’y aucune preuve ! Et puis, on ne combat pas seulement pour Ioulia. Ce que nous voulons stopper, c’est ce gouvernement, toute cette corruption. Vous connaissez la mafia ? Eh bien ici, c’est encore pire ».
Avec de nombreuses autres personnes, Vitaly a donc profité de la caisse de résonnance offerte par l’Euro pour dresser, tout au long de la « fanzone », une vingtaine de tentes blanches. Une « rue Timochenko » tolérée malgré tout par les autorités de Kiev, ville que l’on dit plutôt favorable à l’ancienne Première Ministre.
Décorée de nombreuses photos de l’opposante, on distribue quotidiennement dans cette allée des milliers de tracts de soutien. « On espère que l’Euro va aider à faire entendre notre voix, poursuit Vitaly. Mais à la fin de la fête, on ne sait pas ce qui va se passer. Ioulia est encore très forte, elle est un danger pour le gouvernement en vue des prochaines élections (NDLR : législatives, programmées le 28 octobre 2012). Et malheureusement, Ianoukovitch n’est, lui, l’avenir de personne. Vous savez, ici, beaucoup de personnes ont peur de tout aujourd’hui ». Il en fait partie. A une dernière tentative de prendre un simple cliché de lui, ou d’obtenir sa véritable identité, Vitaly écrase nerveusement sa cigarette, puis yeux fermés, hoche la tête de gauche à droite. « Non, non, je ne veux vraiment pas. Ici, on ne sait pas de quoi demain sera fait ».
Sur le trottoir d’en face, les policiers n’ont pas décroché leur regard. Menace latente dans un pays où le malaise est omniprésent. Et porte un prénom, joli au demeurant : Ioulia.








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