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Le témoin du lundi Morrade Hakkar, la boxe l’a rendu exemplaire

le 30/04/2012 à 05:00 Textes Maxime Chevrier
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Homme de valeur, au parcours qui inspire le respect, Morrade Hakkar est, au-delà de l’excellent champion, cet authentique référent pour la jeunesse du quartier de Montrapon. Photo Damien Gautier

Homme de valeur, au parcours qui inspire le respect, Morrade Hakkar est, au-delà de l’excellent champion, cet authentique référent pour la jeunesse du quartier de Montrapon. Photo Damien Gautier

Encore prêt, à 40 ans, à remonter sur le ring, Morrade Hakkar a la force d’un homme qui a, derrière lui, le vécu d’un sage. De ses premiers pas à Montrapon à son retour formidable, le Bisontin, champion d’Europe en 2005, ouvre un livre orné de paillettes.

Un point de rendez-vous stratégique. Quartier de Montrapon à Besançon, fief de Morrade. Le poids des années vient de le faire basculer en heureux quadra. Il ne lui a surtout pas fait perdre une aura colossale, à la hauteur d’un homme qui a fait de sa vie un exemple, pour tous. Aux bas des tours, qu’il nous présente à coup de « c’est la qu’habite ma mère, ma tante… », on vient saluer le gaillard comme on dit bonjour au patriarche. L’étiquette, Morrade l’a cultivée, au fil des années où il n’a cessé d’inspirer respect et sympathie.

Au célèbre bar Le Vélodrome, qui jouxte le stade Léo-Lagrange, ces sentiments ressortent dans l’expression des fidèles. On sourit à Morrade, parce qu’on connaît la qualité d’un parcours, admirable. Des combats de caves dans le quartier, qu’il raconte avec délices, au titre européen en 2005 dans son Palais des sports endiablé, l’histoire de Morrade Hakkar, ce vrai bon mec, défile avec ce clin d’œil du destin. Quelques centimètres au-dessus de sa tête, dans ce même bar, figurent des clichés d’archives de Jean Josselin, boxeur bisontin émérite, comme lui, et de Sugar Ray Robinson, le légendaire, qui tient en Morrade Hakkar un disciple, un vrai.

Morrade, on dit souvent que la boxe est l’école de la vie. Vous a-t-elle sauvé ?

Oui, elle m’a sauvé ! À 12 ans, J’étais bagarreur et j’avais besoin de me défouler. Elle m’a canalisé, calmé. J’ai débuté par le foot, à Montrapon, à cinq ans. J’ai même joué en PH à l’Escale. La boxe, je l’ai commencée à 12 ans. Je faisais les deux jusqu’à ce que j’aille aux championnats de France juniors.

L’enfance que vous décrivez, comment se passe-t-elle dans votre quartier de Montrapon ?

J’ai eu un père très dur. Je le voyais comme un méchant. Mais vous verriez, il est gentil comme tout ! Il était dur, mais c’était pour mon bien. Aujourd’hui, je m’en rends compte. Dans le quartier, nous étions un peu livrés à nous-mêmes. Je voyais tout ce qui se passait. Lui m’a rendu service.

Cette éducation semble vous avoir marqué…

Oui, parce que moi, tous les soirs, je devais être rentré à la maison à 19 h. Les autres veillaient jusqu’au bout de la nuit. Quand je vois ce qui se passe aujourd’hui, je me dis que c’est les parents, qu’il faudrait éduquer.

Au-delà de vouloir se canaliser, pourquoi la boxe ?

J’aimais la bagarre. J’ai commencé dans les caves. On organisait des combats avec les copains dans le quartier.

Étiez-vous déjà le chef ?

(Il sourit). Oui, je me suis retrouvé avec l’étiquette du dur de Montrapon. Dans les caves, j’étais invaincu. Je mettais KO les plus grands. J’avais onze ans.

Est-ce que ça aide à grandir ?

Disons qu’on voit les choses différemment. On oublie le côté négatif, à force d’accumuler les coups. Et puis moi, j’ai beaucoup appris, notamment avec Ray Lucas, mon premier entraîneur. Un jour, je m’en souviendrai toujours, il me dit : ‘t’es comme un singe. Tu ne parles pas, n’entends pas, mais tu as tes yeux, pour voir et apprendre ‘. Quand on est gamin, on ne peut pas prétendre parler ou savoir. On a juste à apprendre.

Avez-vous toujours retrouvé cette image dans la boxe ?

Oula… Il y en a, ils peuvent être champion, ça n’en fait pas des mecs bien. Et puis, il y a beaucoup de profiteurs dans ce milieu. Moi, je ne donne pas ma confiance. Il m’est arrivé tellement de choses… C’est à l’image de la vie et franchement, ça ne s’arrangera pas.

Avez-vous déjà eu peur en montant sur un ring ?

Moi, à partir du moment où je mets les gants, je n’ai plus peur. Dans le combat, même dans la difficulté, je vais prendre le temps pour trouver les solutions, pour avoir la bonne technique. Il peut avoir l’appréhension de la défaite, mais la peur, non, jamais ! D’autres boxeurs ont peur. Pour moi, comment ils disent déjà... ? Ah oui, les psys… Je n’en ai pas besoin.

Ne faut-il pas être un peu fou quand même ?

Il faut surtout avoir un gros tempérament. Ouais, peut-être un peu fou… Mais il faut surtout être courageux, car c’est beaucoup de souffrance. Après, il ne suffit pas de taper, il faut de la technique.

Parlons un peu de cette carrière et de votre palmarès. Vous ne pouvez qu’être fier, non ?

Oui, parce que j’ai côtoyé les meilleurs, vécu de grands moments, que tout sportif rêverait de vivre. Je n’ai aucun regret. J’ai été fier d’être champion de France, champion d’Europe. Je me souviens quand je bats Mamadou Thiam par KO en 1994. C’est là qu’on a commencé à dire de moi que j’étais un redoutable.

À force d’aligner les victoires, se sent-on invincible ?

J’arrivais à développer une grosse agressivité, et ça me donnait de l’assurance. Ça m’a donc fait gagner en confiance. Je n’ai jamais eu le moindre complexe, ça a toujours été mon tempérament.

Et puis il y eut ce combat d’exception, à Philadelphie contre Bernard Hopkins (lire par ailleurs). Si vous aviez à garder un seul souvenir…

Ce serait sûrement pendant la conférence de presse, je n’avais jamais vu autant de médias, c’était impressionnant. À ce moment-là, il se retrouve à côté de moi. On doit choisir les gants. Je prends conscience du truc en me disant : ‘je suis quand même à côté d’une légende’. Il a été super respectueux avec moi. C’était en pleine guerre d’Irak. Il a dit à tout le monde qu’il ne fallait pas tout mélanger et que si j’étais là, c’est que je le méritais. Bernard Hopkins, c’est vraiment quelqu’un de bien. Quand je le vois faire un championnat du monde des mi-lourds à 48 ans…

Est-ce que ça a pu vous pousser à reprendre les gants, à 40 ans, pour un combat contre Bilel Latrèche (lire par ailleurs) ?

C’est motivant en tout cas. Mais ça n’a rien à voir. Ce n’est pas le même encadrement. Eux, c’est une entreprise. En France, on a 40 ans de retard. Moi, je sais très bien que je ne ferai pas un championnat du monde ou un championnat d’Europe. Là, j’ai eu une opportunité. Bilel Latrèche a demandé à me rencontrer en disant qu’il allait me battre. Ben c’est très bien. Avec ma nouvelle préparation physique, je pense pouvoir le battre.

Où allez-vous puiser ces ressources, physiques et mentales ?

C’est ma nouvelle façon de m’entraîner. Avec mon préparateur physique José Martinez. Il y a aussi le Corse, Alain Danesi, qui m’a énormément fait bosser techniquement. Là, à 40 ans, je me sens plus fort. Je ne pensais pas être comme ça franchement. Mais je suis hyper résistant. Avant, je passais mon temps à courir, mais je me mettais dans le rouge. Là, tout est calculé. J’ai eu un gros planning, sur trois semaines. Je suis arrivé à 74 kg, avec des abdos et tout. Je n’avais jamais vu mon corps comme ça.

Au-delà de toutes ces victoires, ces combats, il y a cette image, d’exemplarité et de simplicité, qui vous a toujours collé à la peau à Besançon. N’est-ce pas votre plus belle récompense ?

J’ai en tout cas toujours été comme ça. Moi, j’ai toujours considéré tout le monde, et traité les personnes de la même façon. C’était ma manière de les respecter. Aujourd’hui, quand je vois que les gens sont contents de me serrer la main, ouais, à 40 ans, ça me fait plaisir.

Quelle sera la vie de Morrade Hakkar, après la boxe ?

Déjà, je ne veux plus entendre parler du monde de la nuit (NDLR : il tenait un bar, sur Besançon, réputé pour ses ‘after’). J’ai arrêté. Ce n’était pas compatible avec ma personne. J’ai quand même mis onze ans à m’en rendre compte. Si c’était à refaire, je ne le referrais pas. J’ai d’autres projets en tête, mais je vais cette fois prendre mon temps.

le 30/04/2012 à 05:00 Textes Maxime Chevrier

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