Lure Assises : 15 ans de réclusion pour le viol d’une adolescente
le 25/01/2012 à 05:00 par Pascal Busy
Accusé de viol sur une voisine de 14 ans, un Luron de 56 ans a toujours nié les faits sans parvenir à convaincre les jurés de Haute-Saône. Alors que l’avocate générale a requis 10 ans de prison il a été condamné à 15 ans.
« Il est ce qu’il s’est fait. » Clairement sous entendu dans la bouche de Me Yves Bouverresse, c’est un agresseur sexuel et un violeur. S’il a besoin d’appeler Jean-Paul Sarte à la rescousse, c’est que l’avocat de la partie civile sait bien qu’il n’y a que très peu d’éléments probants contre l’accusé. Depuis le départ, les déclarations de sa jeune cliente sont particulièrement sujettes à caution. Elle a trop raconté d’histoires aux enquêteurs pour que la cour puisse prendre ses paroles accusatrices au pied de la lettre. « Ce n’est pas l’essentiel », assure-t-il. Quand à la pénétration digitale dénoncée bien tardivement, il n’y a guère comme indice matériel pour la rendre plausible, que cette « incisure de l’hymen sur un demi-centimètre », relevée par le gynécologue. Alors l’avocat de la jeune fille fait feu de tout bois contre le quinquagénaire qui lui fait face et qui nie depuis deux ans toute agression contre sa jeune voisine. Un homme déjà condamné en 2000 pour avoir violé sa propre fille. « Le passé parle pour vous. Chassez le naturel, il revient au galop. » L’avocat dresse sa biographie, il est vrai peu reluisante, évoquant ses antécédents judiciaires et ses comportements sexuels oscillant entre « perversion et perversité ».
Rien d’étonnant pour lui à ce que cet homme qui dégage « quelque chose d’extrêmement malsain » ait sympathisé avec Nadia, une adolescente de son quartier un peu perdue et « naïve ». À coup de petits billets, de cigarettes, il l’a attirée « dans ses rets » pour qu’elle revienne. En lui prêtant des livres, en lui parlant de théâtre et en lui faisant jouer chez lui des rôles de « sœur, de mère puis de femme » pour parvenir à ses fins et lui infliger une pénétration digitale. Il l’a « prise dans sa nasse comme une araignée dévorante »
Plus nuancée, l’avocate générale, Julie Bressand, ne cache pas les lacunes de ce dossier. Pas d’aveux, pas ou très peu de charges matérielles, des investigations sur place minimes voire absentes et même un certificat médical discutable. La magistrate n’esquive pas plus la fragilité des accusations de la victime. « Nadia a menti… » reconnaît-elle à plusieurs reprises. « Comme tous les ados de son âge… parce que son attitude révèle une profonde souffrance… » Pour autant « parfois un menteur dit la vérité ». Et sa conviction est que Nadia a bien subi les agressions sexuelles et le viol digital infligés par « ce confident qui est devenu son agresseur dans un contexte sexualisé et malsain ». En effet si l’adolescente s’est vite montrée « confuse dans ses mensonges » elle a été « cohérente et constante » dans sa dénonciation. La magistrate requiert 10 ans de prison avec un suivi sociojudiciaire de 15 ans.
« Ce n’est pas parce qu’il a été par le passé un sale type, qu’il a violé Nadia cette fois », s’insurge Me Randall Schwerdorffer. Bien conscient du très lourd handicap constitué par les antécédents judiciaires de son client, l’avocat de la défense demande aux jurés « d’aller au-delà des apparences » et de le juger sur les faits. Il rappelle comment Nadia a inventé une tentative d’enlèvement, comment, elle a convaincu deux copines de mentir avec elle. « Et ça ne s’arrête pas là puisqu’elle continue à mentir chez le juge d’instruction, trois mois après avoir accusé mon client de viol. » Une attitude de la victime qu’il met sur le compte de sa souffrance, de son mal-être. Parce qu’elle est abandonnée par son père avec une mère absente, également dans la détresse « Elle voulait ainsi attirer l’attention. » Comme victime, l’adolescente est enfin entourée, tout le monde se rapproche d’elle. « Nadia ne peut plus revenir en arrière. Si elle dit j’ai menti, c’est la destruction totale » assure-t-il. « On vous demande, croyez-la. Moi je vous demande un examen rationnel raisonnable des faits. » Avec l’espoir de l’acquittement de son client. Mais au retour de leur délibéré, les jurés se sont accordés sur sa culpabilité et sur une peine qui va bien au-delà des réquisitions. E
n entendant le président Ardiet révéler ce verdict de « 15 ans de réclusion » et trois ans de suivi sociojudiciaire, l’homme sort de ses gonds lançant très vindicatif qu’il a été « condamné pour rien ». Les policiers doivent le maîtriser et son avocat annonçait hier soir son intention de faire appel.
le 25/01/2012 à 05:00 par Pascal Busy
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