Président du Conseil général du Territoire de Belfort, Yves Ackermann confesse volontiers qu’il n’oserait en rien intervenir sur les choix de programmation artistique des Eurockéennes. Mais en tant qu’élu responsable de la collectivité qui est aussi le premier financeur du festival, il juge logique d’avoir « certaines exigences de service public en terme de santé, de reconnaissance de l’autre et de protection des personnes ».
Rendre accessible la culture
Au fil des éditions, l’un des soucis majeurs du Département s’est porté sur l’accueil des personnes handicapées sur le site du Malsaucy. « Nous avons le devoir d’être irréprochables en la matière », insiste le président Ackermann. Si rien forcément parfait dans ce domaine, beaucoup s’accordent néanmoins à juger l’action des Eurockéennes comme « exemplaire ».
En premier lieu, le Territoire de Belfort s’est doté d’une Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) dont la mission est de regrouper tous les services en direction de ce public spécifique : il s’agit d’enfants, d’adolescents ou d’adultes en situation de handicap, quelle que soit la nature de celui-ci (physique, sensoriel, mental, cognitif ou psychique) ainsi qu’à leurs proches. Directrice de la MDPH, Françoise Droz poursuit : « Les élus ont souhaité rendre accessible la culture et le sport aux handicapés. C’est assez novateur par rapport aux autres départements ».
Et en améliorant chaque année un peu plus l’accessibilité aux Eurockéennes, le Conseil général enfonce le clou, aidé en cela par les organisateurs de Territoire de Musiques. Directeur artistique, Jean-Paul Roland avoue humblement qu’au fil des éditions du festival, il a beaucoup appris : « Lorsqu’on travaille sur l’accès des handicapés, cela pose énormément de questions en terme d’éthique ou de philosophie. On ne voit plus les choses de la même manière. Lorsqu’on rencontre les gens qui vous expliquent certaines évidences, on se sent franchement un peu benêt ».
La Joëllette, l’outil tout terrain
Les Eurockéennes 2009 ont donc choisi d’instaurer un espace d’accueil et de repos spécialement destiné au public handicapé. Des équipes de la MDPH, de l’Association des paralysés de France (APF) et de l’association des aveugles d’Alsace Lorraine (AAAL) seront sur place pour informer, assister ou guider selon les besoins. Il sera même permis d’avoir un « coup de fatigue » et d’utiliser une « aire de repos » bienvenue. Des enseignants en langage des signes seront également présents pour le public malentendant qui vient aux Eurockéennes non pour écouter, mais ressentir « les vibrations » de la musique.
Autre objectif de la MPDH : sensibiliser le public dit « valide ». Et pour cela, un outil original sera mis en service aux yeux de tous sur le site du Malsaucy : la Joëllette. Ces drôles de chaises à porteur sont utilisées pour le transport de personnes à mobilité réduite. Grâce à leur unique roue centrale, elles permettent de franchir de nombreux obstacles sur tout terrain et par tous les temps. Idéal pour permettre quiconque d’assister aux concerts au cœur du public et pour mieux démontrer encore ce droit fondamental à l’accessibilité.
Pour Denis Leroy de l’AAAL, la prise de conscience des Eurockéennes à l’égard des publics handicapés est tout simplement remarquable. « Cette année, le festival met en place une signalétique adaptée au public malvoyant, explique-t-il. Il s’agit d’une première européenne. J’ai eu l’occasion de me rendre dans de nombreux festivals et je peux affirmer que c’est la première que l’on fait autant pour les handicapés, quel que soit le handicap. J’ajouterai que ce qui sert aux handicapés est utile pour tous les publics. Les Eurockéennes sont aussi le seul festival de France à réaliser un audit sur l’accessibilité dans le but d’améliorer encore une situation qui est déjà une des meilleures ».
Thierry Boillot