Editorial
Et maintenant ?
Par Patrick Fluckiger.- La déferlante annoncée a été au rendez-vous. Les manifestations d’hier contre la réforme des retraites peuvent être comparées à celles de 1995 contre la réforme de la Sécurité sociale et à celles de 2003 contre la réforme des retraites des fonctionnaires. Ce qui ne règle… rien ! Voici quinze ans, la rue avait fait plier Alain Juppé, mais il y a sept ans, le gouvernement Raffarin n’avait pas cédé. La durée de cotisation des fonctionnaires a été alignée, comme prévu, sur celle du privé. Aujourd’hui, plus personne ne parle de revenir en arrière, pas même la gauche, malgré ses déclamations de l’époque. Bien au contraire, Martine Aubry accepte de rallonger encore les durées de cotisation pour assurer l’équilibre des régimes de retraite…
François Fillon était déjà à la manoeuvre en 2003 : fort de sa victoire de l’époque, il est très peu probable qu’il cède aujourd’hui, d’autant que le président de la République s’est déclaré « extrêmement déterminé » à régler la question des retraites. L’enjeu pour le gouvernement est bien supérieur à celui de toutes les réformes – et elles sont nombreuses – qui ont mobilisé des opposants. C’est l’avenir même du système de retraites qui est en cause. Tous les pays qui ont adopté le principe de la répartition sont confrontés au même défi du déséquilibre démographique, et la plupart ont déjà rallongé la durée des carrières. La France ne pourra pas faire bande à part. Elle ne peut pas non plus laisser exploser les régimes de retraites. Si Nicolas Sarkozy retirait sa réforme, son quinquennat exploserait en vol. Les dix-huit mois qu’il lui resterait à passer à l’Élysée seraient une longue litanie de sanctions européennes pour déficit excessif, de baisse de la note souveraine de la France par les agences de notation, peut-être de crise majeure de l’euro. Et, forcément, de difficultés sociales accrues…
Les manifestations d’hier mettent le président en inconfortable posture, mais s’il cédait, son horizon serait plus noir encore. Il est condamné à poursuivre le bras de fer. Il y aura d’autres journées comme celle d’hier, et sans doute très rapidement.
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