« Une partie de la tête est encore là-bas, auprès de ceux qui ont tout perdu ou presque », confie le Belfortain Éric Mantion. Avec six autres bénévoles des antennes de la Protection civile de Montbéliard, Belfort et Vesoul, il retrouvait samedi soir la Franche-Comté après des jours et des nuits passées sur les sites des inondations catastrophiques qui ont frappé le sud de la France. Alors que le pays de Montbéliard panse ses plaies à la suite de la tempête de grêle, le Montbéliardais André Viratelle, responsable de la mission dans le Var, relativise.
Les habitations ont été dévastées, laminées, emportées « Les grêlons, c’était un moindre mal comparé au désastre qui a frappé les villages du sud. Imaginez une énorme vague d’eau boueuse gonflée par la rivière et les ruisseaux qui arrive de partout et inonde tout. Les habitations précaires ont été dévastées, laminées, emportées. Certaines maisons se sont retrouvées sous deux mètres de boue. Aux dégâts, s’ajoutent des situations humaines compliquées. Des familles ont tout perdu et n’étaient pas forcément assurées ».
L’équipe comtoise a rejoint les 150 bénévoles de la Protection civile dispatchés sur les sites « les plus touchés sauf à Draguignan car il y avait suffisamment de monde ». À Roquebrune, Le Muy, Les Arcs, Taradeau et Figanière pendant quatre jours, les Comtois ont déblayé les habitations submergées par les coulées de boue, pompé l’eau des habitations sinistrées, évacué des meubles, assuré du soutien psychologique. « Les situations les plus délicates, les pathologies les plus lourdes ont été recensées. Les gens ont ensuite été dirigés avec la cellule d’urgence médico psychologique ». Comment revient-on de pareille mission d’assistance ? « Fatiguées mais heureux d’avoir rendu service, l’essence même de notre engagement », résume Jean-Louis Mourey de Belfort. « On ne fait pas que nettoyer, déblayer. On croise des histoires humaines. Forcément, ça marque. Alors quand on revient, ça tourne dans la tête pendant quelque temps », ajoute Éric Mantion.
La première mission, ça cisaille Les missions, André Viratelle connaît. Il était en mars en Vendée après le passage de la tempête Xynthia. « Bénévoles et secouristes, nous ne sommes pas faits de bois. Ces drames nous affectent. Maintenant, nous n’intervenons pas pour pleurer avec les gens mais pour les aider à relever la tête ». Il admet que pour les novices qui déboulent pour la première fois sur le site d’une catastrophe (le cas pour deux coéquipiers francs-comtois da ns le Var), « c’est dur, choquant. La première mission, ça cisaille. On le sait et on s’y attend. Notre cœur est fait pour aider les autres, le moteur qui nous pousse à participer à des missions d’assistance humanitaire ». L’engagement des bénévoles de la Protection civile dans le Var a vivement ému la population sinistrée. Autant d’ailleurs que les Montbéliardais avaient salué l’intervention spontanée et immédiate des secouristes en bleu et orange après la tempête de grêle alors que la toiture de leur local de la rue du Mont-Bart fuyait de partout. « Les gens sont satisfaits. Voilà notre salaire ». Alors que les sept Comtois rentraient samedi, d’autres partaient pour prendre la relève dans le Var.
Françoise Jeanparis