L’Alsace voisine s’en souvient encore : le 3 octobre 2001, dans un village du Sundgau, un jeune garçon de 12 ans, pas suicidaire, ni violent, était retrouvé une corde autour du cou par ses sœurs dans le hangar de la ferme familiale. Ce sont ses copains de classe qui avaient lâché la triste vérité aux parents, persuadés qu’il ne s’était pas donné la mort : il avait voulu jouer au jeu du foulard.
La maman avait alors rejoint l’Association des parents d’enfants accidentés par strangulation (Apeas) qui, les 3 et 4 décembre derniers, a organisé le premier colloque international consacré aux pratiques d’évanouissement, notamment par le biais du jeu du foulard, qui n’a de jeu que le mot. Une pratique universelle, pour laquelle les jeunes sont, la plupart du temps, inconscients des risques encourus. Quant aux parents, ils ignorent totalement, ont oublié ou bien ne se sentent pas concernés par l’existence de ces activités.
L’Apeas estime qu’il s’agit d’un véritable problème de santé publique, qui intéresse de nombreux professionnels, médecins urgentistes, pédopsychiatres, sociologues, juristes, professionnels de l’éducation et de la sécurité publique.
Le jeu du foulard, que les enfants peuvent aussi appeler « rêve bleu », « jeu de la tomate » ou « rêve indien », consiste à empêcher l’oxygénation du cerveau, qui provoque des hallucinations. La définition exacte proposée par l’Apeas est « de jouer à prendre de grandes inspirations, puis à se serrer très fort au niveau de la poitrine, ou à se serrer très fort le cou, jusqu’à perdre connaissance ». Ce jeu, généralement pratiqué à plusieurs, est encore plus dangereux lorsque l’enfant décide de le reproduire seul.
Être attentif à l’école et à la maison
La première enquête réalisée par l’association, et la plus récente, auprès d’un public âgé de plus de 15 ans, date d’avril 2007 et montre que 91 % des jeunes connaissent l’existence de ce jeu.
La prévention, si elle doit être faite à l’école -le ministère de l’Éducation nationale le préconise à ses personnels-, doit aussi être réalisée auprès des parents, car ceux-ci n’imaginent pas que ce jeu concerne les 4-20 ans, donc dès la maternelle ! 40 % d’entre eux imaginent que les jeux dangereux ne sont pratiqués qu’en primaire. À l’école justement, les personnels de l’Éducation nationale sont invités à repérer les regroupements ou les cercles fermés par les élèves. À eux, ensuite, d’apprécier les sanctions. Mais le jeu est d’autant plus dramatique quand il se pratique seul, à la maison, ou dans un lieu isolé. D’où l’intérêt de repérer les signaux d’alerte (lire l’encadré). Pour prévenir l’irréparable.
Karine Frelin Un enfant souffrant de maux de tête, une vision qui devient floue, voire des hémorragies rétiniennes, une grande fatigue, une baisse du rendement scolaire peuvent être des signes.
Une brochure de l’Éducation nationale est téléchargeable sur http://media.eduscol.education.fr/file/Action_sanitaire_et_sociale/52/0/jeux_dangereux_114520.pdf
Deux associations, en France, sont reconnues sur la question : l’Apeas, dont on peut retrouver tous les actes sur www.jeudufoulard.com et SOS Benjamin, observatoire national d’étude des conduites à risques, à découvrir sur www.sosbenjamin.org
Une conférence-débat ainsi qu’un film documentaire seront proposés le vendredi 14 mai à 19 h salle de la Malcombe à Besançon, en présence de Françoise Cochet, présidente nationale de l’Apeas, un rendez-vous réservé à un public adulte, à l’initiative de la Croix Rouge site de Besançon et l’Institut régional de formation sanitaire et sociale de Franche-Comté. Participation : 2 €. Il y sera également question du jeu de catch, considéré comme dangereux.