« En France, on n’a pas de pétrole… mais on a du vin. » C’est ce que se diront les optimistes. Malgré la chute importante des exportations de vins et spiritueux, ce secteur demeure sur la troisième marche du podium du commerce extérieur français, avec 7,7 milliards d’euros d’excédents commerciaux l’an passé.
À deux jours d’intervalle, la fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) et Ubi France, l’agence française pour le développement international des entreprises, ont révélé les chiffres de vente de ces produits à l’étranger. Le chiffre d’affaires des vins à l’exportation a baissé de 19 % en valeur, alors qu’en volumes, la chute est de 8,7 %. Pour les spiritueux, l’année a aussi senti la piquette, avec une plongée de 12 % en valeur.
Selon l’agence, ce secteur a « réalisé sa plus mauvaise année depuis très longtemps et retrouve des niveaux comparables à ceux d’il y a dix ans ». C’est dire l’ampleur de la dégringolade des exportations.
La Fédération des exportateurs explique cette situation par un cocktail de coups durs : ralentissement de l’économie mondiale, baisse de la demande mondiale, repli sur des achats d’entrée de gamme, baisse de la consommation hors domicile, destockage massif des distributeurs et taux de change défavorable de l’euro.
Le champagne a trinqué
Ce sont surtout les six premiers mois de l’année qui ont pesé sur les résultats du commerce international des vins et spiritueux. Comme dans d’autres secteurs économiques, la fin de l’année 2008 avait laissé augurer d’une telle dépression.
La crise a surtout affecté les grands marchés traditionnels du vin français. Les ventes aux États-Unis ont chuté de 22,7 %, au Royaume-Uni de 20,2 %. L’Allemagne, notre troisième client, a « seulement » ralenti ses achats français de 6,8 %. La clientèle italienne a visiblement préféré se retourner vers sa production nationale, faisant chuter les importations de vins français de 27,2 %. Les riches Russes ont carrément boudé nos champagnes, bordeaux et autres cognacs, en baisse de 38,9 %. Curieusement, la production française de vodka a, elle, bondi de 13,7 %, grâce aux ventes outre-Atlantique.
C’est le champagne qui a le plus lourdement trinqué, avec des ventes en baisse de 27,9 %. L’effet prix a eu des répercussions quand on constate que les « autres mousseux » ont baissé de 1 %.
Les vins tranquilles ont été fortement boudés, eux aussi, avec une chute de 18,8 % en valeur. Les grands vignobles de Bordeaux et de Bourgogne ont respectivement perdu 23,2 % et 22, 5 % sur les marchés étrangers.
Les mousquetaires ont senti passer le vent du boulet avec 26,4 % de ventes d’armagnac en moins. C’est le plus mauvais score des spiritueux.
Reprise « maigrelette »
Ce goût de bouchon a cependant tendance à s’effacer à la lecture des scores enregistrés en fin d’année. La FEVS a enregistré « des résultats positifs sur novembre et décembre ». Ubifrance préfère, elle, rester prudente : « Il est trop tôt pour parler de reprise. » Le président de la fédération des exportateurs, Claude de Jouvencel s’inscrit dans le même registre : « la reprise étant loin d’être acquise, nous resterons donc prudents. » Il faut s’attendre, selon lui, à une hausse « maigrelette », de l’ordre de 5 %.
La FEVS voit, dans les chiffres 2009, « l’émergence de l’Asie comme débouché incontournable pour nos exportations », même si le Japon, sixième importateur de vins français, a brutalement freiné ses achats (-19,7 %). Pour les vins français, le soleil ne se lève décidément pas toujours sur un vignoble radieux.
Dossier réalisé par Raymond Couraud et Denis Ritzenthaler
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