Inscrite sous le nom de Progressisme du Jura le 18 février 1979, la première édition n’a pas eu lieu en raison d’un manque d’enneigement. Lors de la seconde en 1980, inscrite dans le calendrier de la FIS Worldloppet (course longue distance), l’organisation faillit être annulée au dernier moment en raison d’un thermomètre descendu à «-30 » dans la Combe du Lac. La réglementation n’autorisait pas une épreuve à se disputer sous -25°, mais en quelques secondes et par magie, le thermomètre local « remonta » à moins 25 et la course eut lieu avec le succès du Suédois Limby. C’était dans le sens Mouthe-Lamoura sur 77 km en passant par le Brassus en Suisse. Mais, pour les créateurs Jacky Mandrillon et Georges Berthet, le parcours était bien trop ardu pour attirer la masse et en faire une épreuve populaire. D’où l’idée d’inverser le parcours pour la façonner en y donnant l’identité d’une course de masse et de renommée avec un savant mélange de stars et d’anonymes qui fêtait sa 32e édition.
Avec 2969 partants sur le 76 km, l’épreuve, que se partagent les départements du Jura et du Doubs, a trouvé sa vocation. Et, une Transju’ne se raconte pas, elle se vit de l’intérieur, que l’on soit acteur ou simple badaud massé au bord du parcours. L’immensité blanche, la magie des paysages, le silence d’une forêt que rompt le frottement d’une spatule sur la neige glacée avec le souffle de l’athlète en plein effort sont de grands moments d’évasion, de sport, de la recherche de l’extrême.
Ça ne finira jamais
Au même titre que le Tour de France ou le Monte-Carlo, la Transjurassienne, inscrit au patrimoine franc-comtois, possède ses noms magiques évocateurs d’exploits, de drames : la forêt du Massacre, la montée de l’Opticien, le Risoux et son chalet des Ministres sont des lieux cultes pour les fondus de neige. C’est là que l’histoire s’est écrite à travers des exploits ou des galères, des joies ou des larmes, des performances ou des défaillances. Car, la Transju’reste un effort solitaire et pas question de se cacher derrière qui que ce soit pour masquer un début de moins bien, de fringale… Et, c’est là que l’on mesure toute la popularité de l’épreuve lorsque l’on voit des milliers de spectateurs, pardon de passionnés, postés le long du tracé qui communient avec l’athlète à travers les encouragements de la voix, mais aussi avec des instruments comme les clarines ou les crécelles. Cela donne le coup de fouet et les encouragements sont les mêmes qu’elle que soit la langue. Alors, au traditionnel « Allez un tel », on entend aussi le « Hop-Hop » helvétique, le « Forza » italien ou le « Yoé » scandinave. Et, à Mouthe, après ce périple, nous sommes tous dithyrambiques d’une épreuve qui a gagné ses lettres de noblesse. Christophe Périllat et Suzanne Nyström les vainqueurs du jour, ne pourront pas dire le contraire.
Pascal Ciret