Cinq musiciens de l'orchestre de Besançon, et autant d'instruments, ont investi la maison d'arrêt de Lure (Haute-Saône) avec un objectif: «apporter un moment de rêve et de bonheur» aux détenus.
Déjà condamnés ou dans l'attente de leur procès, ils sont seize détenus, sur une quarantaine, âgés de 20 à 50 ans, à avoir quitté leur cellule pour assister au concert de l'Orchestre symphonique de Besançon, jeudi, dans les locaux de cette prison.
L'événement «nous permet de nous évader, c'est de la belle musique et ça change de la cellule», confie Martial, jeune condamné de 20 ans, cheveux blonds coupés courts.
Dans une petite salle immaculée de l'établissement, une ancienne chapelle improvisée en salle de concert de chambre, seuls les barreaux aux fenêtres et les barbelés aperçus à l'extérieur rappellent qu'il s'agit d'une prison.
Du célèbre «Canon» de Pachelbel, à une valse de Chostakovitch, en passant par des airs de Mozart et de Jacques Ibert, les détenus se sont laissés porter par la musique, pendant près d'une heure.
Pendant l'entracte, les questions ont fusé: «Qu'est-ce que c'est, cet instrument, un clavecin ou une épinette ?», «Ca coûte combien une contrebasse?», «C'est quoi comme bois ?», «Qui fait le rôle du chef d'orchestre de vous cinq ?».
A la fin du concert, la moitié du public est resté pour discuter avec les musiciens, ravis et disponibles.
«Avant, j'allais souvent à des concerts de jazz. Maintenant, dans ma cellule, je m'endors avec de la musique dans mon walkman, ça me coupe du bruit», raconte Frédéric, âgé une quarantaine d'années et marqué par le temps, qui est allé à la rencontre des musiciens en connaisseur.
«Ce genre de concerts, c'est très bien et ça change de l'ambiance rap de la prison. Il faut recommencer», ajoute-t-il.
«Le côté pédagogique de l'orchestre a permis aux détenus de découvrir des instruments qu'ils ne connaissaient pas», constate avec joie Marcel Friederich, directeur du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) de Haute-Saône et du Territoire de Belfort.
Depuis quelques années, l'orchestre de Besançon a pris l'habitude de se produire en milieu pénitentiaire. Cette année, c'est dans le cadre du festival «Orchestres en fête» que les cinq musiciens de la formation jouent dans les centres de détentions de Lure, Besançon et Belfort.
Depuis vendredi dernier, et jusqu'au 28 novembre, la deuxième édition de cette manifestation nationale, parrainée par l'acteur Michel Blanc, rassemble plus de 200 initiatives dans toute la France, dont près d'une centaine de concerts.
«Le but, c'est d'essayer d'apporter un moment de rêve et de bonheur au public, quel qu'il soit. La musique est là pour tous et aujourd'hui, on voyait que les détenus étaient là parce qu'ils étaient intéressés», témoigne Baptiste Masson, contrebassiste.
Objectif atteint : lors des échanges entre musiciens et détenus, les visages fermés du début se sont détendus dans des éclats de rire.