Enfants de la guerre, ils sont nés en 1943 et étaient en classe ensemble en 1959 dans un collège de Babelsberg, près de Potsdam. Ils avaient 18 ans en 1961, l’année de la construction du Mur. Et 46 ans en 1989 quand il est tombé. Vingt ans plus tard, ils viennent de se retrouver dans un restaurant de Babelsberg pour fêter 50 ans de souvenirs communs. Ces jeunes retraités nous ont raconté leurs histoires allemandes.
• Klaus Vogler (2 e à partir de la gauche) s’est enfui à Berlin Ouest en automne 1962 au péril de sa vie en traversant à la nage de nuit le lac de Glienicke situé en zone frontalière près de Potsdam. Ingénieur du son en Allemagne du nord, il avait retrouvé ses camarades pour la première fois en 2006 lors la première rencontre de classe.
• Heidi Vetter (1 re à droite), une enseignante en rupture avec le régime communiste. Elle n’est pas rentrée à Potsdam après avoir obtenu, en 1988, un visa touristique d’une semaine pour rendre visite à son oncle à Caen. Ancien soldat de la Wehrmacht fait prisonnier par les Américains, ce dernier s’était installé en 1945 en Normandie. H eidi avait laissé ses deux fils et son mari à Potsdam. « Si j’avais su que le Mur allait s’écrouler une année plus tard, je serais revenue ». Lutz, son fils cadet, l’a rejointe à Mayence l’été 1989 en fuyant par la Hongrie. Son fils aîné, Thilo, a fêté ses 20 ans à Berlin-Est le 9 novembre 1989. Elle est allée lui rendre visite le 17 novembre par avion. « Quand j’ai vu le Mur du ciel, j’ai compris pourquoi il y avait une pénurie de ciment en RDA ».
• Eva Riedel (1 re à gauche) avait perdu son emploi d’infirmière car elle avait déposé une demande d’émigration en 1985. Elle a obtenu l’autorisation le 2 décembre 1989, près d’un mois après la chute du Mur… Elle est partie s’installer à Bielefeld, en Westphalie, où elle a été infirmière jusqu’à la retraite en 2006. « J’ai la nostalgie de Potsdam, mais pas de la RDA. »
• Brigitte Stöcker (4 e à partir de la gauche) avait déposé une demande d’émigration dès 1978. « On me surveillait continuellement au travail, j’étais une suspecte ». Photographe dans un institut de recherches géologiques à Potsdam, elle a été embauchée après la réunification par l’institut ouest-allemand qui a repris cette activité. « J’ai eu de la chance, je n’ai jamais été au chômage contrairement à mon mari. »
• Bärbel Lemmermann était en stage le 9 novembre 1989 à l’école du parti à Potsdam. Elle suivait une formation en marxisme-lénimisme destinée aux employés municipaux. Elle a été reprise par la nouvelle administration. Son fils était officier de l’armée populaire (NVA) en 1989. Il s’est reconverti à l’informatique et travaille aujourdhui à Stuttgart. Sa fille venait d’achever une formation de kinésithérapeute et a ouvert un cabinet privé en 1990. « L’ambiance au travail était meilleure avant, mais la vie est plus agréable aujourd’hui. »
• Gerd-Otto Lüdke (à l’arrière-plan à droite, avec des lunettes) avait le rang de directeur aux assurances publiques de la RDA et était membre du parti communiste (SED). « Je n’ai fait du tort à personne, j’ai fait mon travail, rien de plus. » Il a été embauché comme manager pour la RDA par Allianz, le groupe d’assurance ouest-allemand. Il s’est construit une maison à Potsdam et ses trois fils sont « bien casés ». En 1989, il roulait en Wartburg, aujourd’hui il possède une Mercedes, symbole de réussite sociale. C’est sa 13 e voiture en 20 ans.
• Detlef Johl (à gauche à l’arrière-plan) était chef de service dans une entreprise publique (VEB) de microélectronique de 4500 salariés, liquidée en 1991. Il s’est recyclé comme responsable du service des cartes grises à la mairie de Potsdam. Il aurait voulu être enseignant ou marin, mais il n’a pas eu le droit de faire des études, car sa sœur s’était enfuie à l’ouest en 1958. « On gagne nettement plus qu’avant. Les gens ont oublié que la vie n’était pas drôle à l’époque. »
• Sylvia Schönenfelder (à l’arrière-plan au centre), vivait à Gross-Glienicke, une enclave est-allemande au sud-ouest de Berlin où le Mur a été construit au milieu de la rue principale, la Wannseestrasse. « Ce fut une tragédie familiale. Du jour au lendemain, la maison de mes parents se trouvait à l’est et celle de mon oncle à l’ouest. » La famille divisée communiquait par-dessus le Mur en criant par la fenêtre du grenier. En 1963, son père a été autorisé à aller aux obsèques de sa sœur. Pour se rendre de l’autre côté de la rue et du Mur, il fallait faire un détour de 3 heures. Sylvia est passée de la Reichsbahn, les chemins de fer de la RDA, à la Deutsche Bahn où elle a été enseignante au centre de formation.