Alliance Connectic avait promis l’achèvement des travaux pour l’été 2009. Ils ne le sont pas. Le seront-ils un jour ?
Malgré les négociations tendues entre le SMAU et AC, les travaux ne se sont jamais arrêtés. Aujourd’hui, on nous dit que 68 % des fourreaux devant être équipés en fibres optiques sont déjà posés. L’addition des fourreaux mis à disposition par les collectivités, soit 134 km, les tronçons contractualisés avec APRR ou Numéricable (42 km) et les 90 km réalisés à ce jour par AC, situe le taux de réalisation du génie civil, sous réserve d’un état des lieux contradictoire précis, à 86 % sur un total de 310 km de fourreaux. J’y vois là un effet positif de la mise en demeure adressée voilà quelques mois au délégataire. Il reste pourtant beaucoup à faire. Or, le temps joue contre AC : plus elle retarde la commercialisation du réseau, plus elle perd de l’argent sur les 20 ans de la délégation. Elle n’a donc pas d’autres alternatives que de mettre les bouchées doubles pour terminer et activer le réseau dans les meilleurs délais. J’ajoute que les différends actuels avec le délégataire n’entament en rien la détermination des élus du SMAU de mener à bien ce projet utile et nécessaire pour les habitants et les entreprises de l’Aire urbaine.
En juillet, le SMAU a mis en demeure le délégataire de respecter ses engagements. Celui-ci souhaite-t-il toujours disposer d’une subvention supplémentaire de 2 M€ en sus des 8 M€ apportés par la collectivité sur un projet de 18 M€?
Ce ne sont plus 2 M€ mais 2,5 M€ qui sont réclamés par AC. Ce n’est pas acceptable. Les élus ont nettement refusé en juillet d’accorder 2 M€ supplémentaires sans contreparties, c’est-à-dire sans extension des travaux vers le FTTH (fibre optique jusque chez l’habitant). Ils n’ont évidemment pas changé d’avis entretemps. Tout nouvel avenant devra être expurgé de ces prétentions financières. Une délégation du SMAU, dont je prendrai la tête, ira répéter cette exigence au p.-d.g. d’Eiffage, actionnaire majoritaire d’AC, et le mettra devant ses responsabilités. Nous n’hésiterons pas à mettre en balance la réputation et l’image fortes de l’entreprise dans le Grand Est. Je remarque que la souplesse affichée par M. Roverato lors de ma première rencontre avec lui début juillet contraste singulièrement avec la rigidité de ses cadres, à qui nous avons affaire. Je veux croire qu’Eiffage, pour des raisons que je ne comprends pas, n’a pas abdiqué sa culture de dialogue avec les élus locaux et son souci de responsabilité envers le développement des territoires où elle intervient.
Il y avait réunion de bureau au SMAU le jeudi 8 octobre. Un avenant a été soumis au délégataire. Quelle est sa réponse et quelle marche a décidé de suivre le SMAU ?
Je le dis avec toute la sérénité qui s’impose : nous envisageons désormais très sérieusement la perspective d’une rupture de contrat, vu la posture que je qualifierais de provocatrice adoptée par les cadres d’AC en charge de notre dossier. Le SMAU ne cédera pas au chantage, ni à la surenchère. Imaginez que la somme augmente de 500 000 euros tous les quatre mois, indigne d’une grande entreprise comme Eiffage ! Nous demandons simplement qu’AC assume la part de risque économique qui va avec la signature d’une délégation de service public. La collectivité n’a pas à supporter les erreurs d’appréciation d’AC dans cette affaire.
Une rupture de contrat fera perdre encore beaucoup de temps à ce projet ?
C’est vrai. Je ne le cache pas. Nous trouverons des solutions alternatives, mais j’en appelle par avance à la patience et à la compréhension de nos administrés : malgré l’urgence, il n’est pas admissible qu’une entreprise délégataire, liée à la collectivité par un contrat de DSP, dicte ses exigences à l’Aire urbaine sans tenir pour autant ses engagements.
Le dossier haut débit deviendrait-il l’épine dans le pied du SMAU ?
Il est évident que la Boucle locale haut débit est le dossier phare porté par le SMAU. Il serait pourtant dommage de freiner l’élan de l’Aire urbaine sous prétexte qu’une entreprise avait mal évalué au départ les difficultés et la réactivité de ses concurrents. Je souhaite qu’elle soit solidaire et responsable. Je serai sans faiblesse dans ce dossier. Je n’accepterai pas que nos concitoyens soient lésés au nom d’intérêts privés. Nous devons trouver une solution : ce sera pour moi un combat majeur.
Recueillis par F.J.