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le 05/09/2009 à 05:50

Crise

Le Medef débat de la décroissance

Laurence Parisot avec l’ex-otage des Farc, Clara Rojas, invitée à l’université d’été du Medef.   Photo AFP

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Une table ronde réunissant notamment Yves Cochet et Pierre Rabhi était au menu de l’Université d’été du Medef, qui s’est clôturée hier.

Un site covoiturage pour accéder sur le site de l’événement — le campus HEC de Jouy-en-Josas. Du taboulé bio au menu du déjeuner. Des ostéopathes pour « réharmoniser son organisme ». Et des conférences comme « De la tulipe au gaz carbonique ». Ce n’est pas le programme du dernier pince-fesse écolo, mais de l’université d’été du Medef, qui s’est terminée hier. Soucieuse de repeindre en vert la façade du mouvement patronal, sa présidente Laurence Parisot, avait même offert une tribune aux partisans de la décroissance. C’est-à-dire ceux qui, contre l’épuisement des ressources de la planète, soutiennent la réduction de notre consommation. Donc de saper le fond de commerce des entreprises… Outre les « décroissants » les plus en vue, le député Vert Yves Cochet et l’écrivain et agriculteur Pierre Rabhi, figurait jeudi à la tribune Hugues Rialan. Directeur financier de la banque néerlandaise Robeco, il est à l’origine d’un nouveau concept : la « décroissance prospère ».

« La décroissance peut être prospère »

Bel oxymore (encore un, disent les critiques du développement durable), qui a donné son titre à la conférence. « Il y a quelques semaines, l’intitulé devait être « la décroissance peut-elle être rentable ? » rigole Yves Cochet, qui se réjouit d’être là. « Il y a un an, ce type de débat était impensable. Avec la crise, nous sommes déjà en récession, donc en décroissance, et le Medef a eu la bonne initiative d’inviter des gens qui savent en parler pour s’intéresser à des sorties de crise possibles ». Lesquelles ? « Si on ne l’organise pas, la décroissance nous sera imposée par le réchauffement climatique, la fin du pétrole, des guerres », explique Hugues Rialan. « Mais elle peut être prospère si nous partageons davantage entre moins de personnes ». Selon lui, des mesures malthusiennes doivent donc accompagner la baisse de la consommation. « La décroissance est un truc d’Européens, vous ne pouvez aller expliquer aux Burkinabais qu’ils doivent se serrer la ceinture. Mais la question de la croissance démographique est un tabou, on est tout de suite taxé d’eugénisme ou de nazisme. Or les pays bouddhistes d’Asie ont appliqué sans problème le contrôle des naissances, et le Dalaï Lama n’est pas Hitler ! Le roi du Maroc a créé un impôt à partir de la naissance du 3 e enfant, et cela a très bien marché.» Et en France, M. Rialan défend comme Yves Cochet la diminution des allocations familiales à partir du 3 e enfant. « On doit en parler autant que de la réduction de l’empreinte écologique (la surface nécessaire à la consommation d’une personne) – un Français vit comme 13 Burkinabais », indique l’ancien ministre de l’environnement de Lionel Jospin. La solution passe aussi par la « relocalisation » de l’économie, afin de limiter les transports inutiles (exemple donné à la tribune : la France exporte vers le Royaume-Uni 10 000 tonnes de lait, soit autant que la quantité de lait importée… du Royaume-Uni). Hugues Rialan reconnaît que la « décroissance » n’est guère populaire chez les patrons, « mais pas moins que dans le reste de la population ». La salle copieusement remplie a toutefois suivi les débats avec intérêt. Même si les chefs d’entreprise que nous avons rencontrés croient plutôt que les nouvelles technologies et les énergies renouvelables permettront de réduire notre impact sur l’environnement. En offrant des possibilités de… croissance.

De notre bureau parisien Simon Barthélémy

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