Descendre le canal du Midi sur la péniche solaire « Soleil d’Oc », embarquer à bord du mythique train Transsibérien ou traverser les Cévennes avec un âne, comme Stevenson… Voici quelques exemples d’une forme de tourisme en vogue : le voyage qui prend son temps.
De plus en plus de voyagistes proposent, en effet, à leurs clients d’opter pour des modes de transport qui sont non seulement respectueux de l’environnement, mais constituent une attraction en soi. Ces professionnels du tourisme sont parfois militants, comme certains adhérents de l’Ates (Association pour le tourisme équitable et solidaire) et de l’ATR (Agir pour un tourisme responsable), ou du moins conscients des problèmes que pose le tourisme de masse. À commencer par ses conséquences sur l’environnement, puisque le secteur est responsable de 4 à 6 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, selon l’Organisation mondiale du tourisme.
Au banc des accusés, les transports. La voiture constitue le mode de déplacement largement majoritaire pour les vacances en France ; le trafic aérien international explose, porté notamment par les compagnies à bas coût.
Redécouvrir son environnement
Mais le « slow tourism » (littéralement : tourisme lent) démontre que l’on peut voyager autrement. L’agence Vision du monde propose, par exemple, à ses clients de prendre le ferry pour aller au Maroc. Sur le site www.voyagespourlaplanète.com, on peut même trouver dans la catégorie « Voyage sans CO2 », une excursion pour aller observer des castors en Suède sur un radeau construit par ses propres soins !
« La notion de "Slow tourism" plaît car elle donne un côté positif à la perspective de réduire l’impact du tourisme sur le changement climatique », analyse Ghislain Dubois, expert chez TEC (Tourisme Transports Territoires Environnement Conseil). « Et avec la crise, on observe une prise de conscience : le concept de décroissance n’a-t-il pas un sens ? », s’interroge-t-il.
« Le slow tourism, ce n’est pas l’abstinence touristique, juste la modération », écrivent les spécialistes du tourisme durable Isabel Babou et Philippe Callot (« Slow tourism, slow révolution ? » in Cahiers Espace, mars 2009). « Ou, à l’inverse, le luxe de partir un long temps pour profiter de ce que nous allons chercher, là-bas… » Un ailleurs qui n’est pas forcément aux antipodes, car le « slow » défend avant toute chose la redécouverte de son propre environnement.
Cette tendance ne correspond toutefois à aucun mouvement structuré, contrairement à Slow Food, dont elle reprend l’appellation (voir ci-dessous). Mais l’expression s’est étendue à bien d’autres domaines (musique, santé, éducation, sexe, architecture, etc.), ainsi que l’avait montré en 2006 le best-seller du journaliste canadien Carl Honoré ( Éloge de la lenteur, éditions Marabout).
Le parallèle avec le tourisme est aisé, selon Ghislain Dubois : « Slow Food propose de protéger l’environnement, notamment les espèces animales ou végétales en voie de disparition, la culture gastronomique et le goût. On peut faire la même chose avec le tourisme : sauver la nature, le patrimoine et retrouver le plaisir de voyager. » Quelle est l’ampleur de cette tendance ? « Il n’existe aucune étude » poursuit Ghislain Dubois, « mais certains indices démontrent sa réalité : la randonnée s’est transformée, passant du trekking aventure aux Chemins de Saint-Jacques de Compostelle (125 141 pèlerins ont reçu l’an dernier la Compostela, le certificat de pèlerinage, contre 2900 en 1987, Ndlr) ; et le tourisme fluvial se développe rapidement. » En 2007, derniers chiffres disponibles, le nombre de passagers des péniches-hôtels avait augmenté de 14 %, selon Voies navigables de France.
Rencontres humaines
Autre indicateur parlant, selon l’expert, le succès d’émissions comme J’irais dormir chez vous ou Voyage en terre inconnue, qui font davantage la promotion des rencontres humaines que de l’exotisme à tout prix. Le premier scénario touristique souhaité par le tiers d’un panel interrogé dans une enquête d’Isabel Babou et Philippe Callot correspond, en tout cas, aux valeurs du Slow tourism. Preuve, selon ces experts, qu’un marché potentiel existe et que la relaxation procurée serait même bénéfique pour la Sécu. À condition de (re) prendre son temps.
De notre bureau parisien, textes de Simon Barthélémy