Montbéliard Les jetons volés ouvrent les portes de la prison
Archives illustration prison (Photo jérome Gil)
Deux jeunes du pays de Montbéliard écopent de peine de prison à la suite d’un casse dans une station de lavage.
« Youssef est passé en un instant de l’innocence de l’enfance à la dure réalité de la prison », résume, de manière un rien elliptique, Maître Valérie Chassard. Depuis le 5 juillet dernier, ce garçon de 20 ans demeurant à Arbouans, est sous mandat de dépôt pour son rôle présumé dans le double casse à la voiture bélier, le 13 mai, visant la Banque Populaire de la Petite-Hollande, à Montbéliard, et un distributeur du Crédit Agricole, accolé au Super U de Mandeure.
Jeudi après-midi, Youssef devait répondre devant le tribunal de Montbéliard d’un autre casse. Moins retentissant et au butin dérisoire. Le 7 juin à 3 h 40, les policiers sont avisés que d’étranges silhouettes furètent bizarrement autour de la station de lavage L’Éléphant Bleu, à proximité de l’hypermarché Cora. Un équipage file sur place et s’arrête, feux éteints, à une cinquantaine de mètres du lieu concerné. Ils observent « quatre individus ». Dans la pénombre, les policiers progressent. Jusqu’au moment où un guetteur donne l’alerte.
C’est l’envolée de moineaux. Deux parviennent à s’échapper, deux autres (sans doute ceux qui courent le moins vite) sont alpagués. Dont Youssef. Dans ses poches… deux jetons de lavage. Le second, Djemel, un Montbéliardais de 20 ans également, n’a rien pu collecter. Durant leur garde à vue, les deux garçons sont contraints de reconnaître les évidences.
Ils refusent néanmoins de balancer leurs complices. Jeudi, seul Youssef était à la barre, encadré par deux fonctionnaires de l’administration pénitentiaire. « Les deux autres, c’étaient des gars de Belfort. Je ne les connais pas », dit-il.
Quand le président Troilo lui demande ses motivations, le prévenu balbutie entre ses lèvres sans pouvoir donner d’explications. « Sais pas », lâche-t-il. Il n’en dira pas davantage.
Au ministère public, Tiffany Gamain élude d’emblée la question du préjudice. Elle s’appuie sur le mode opératoire et note que sans l’intervention de la police, les monnayeurs auraient été dépouillés. « Le but c’était l’argent. Ces faits s’inscrivent dans un parcours de délinquance. Voilà des gens qui n’ont pas compris que pour se procurer les biens nécessaires, il fallait travailler. Eux ont opté pour d’autres modes… » Elle s’appuie aussi sur les casiers des prévenus, déjà fournis en vols aggravés pour le présent, pour violences aggravées pour l’absent. En conséquence, elle fixe le barème à trois mois ferme.
Me Chassard tente de détricoter la cote de maille taillée par l’accusation. Pour elle, il n’y avait rien de planifié. « Simplement, ils avaient soif, ils voulaient acheter des sodas dans un distributeur et comme ils n’avaient pas de monnaie, ils ont pensé à la station de lavage. On est dans l’instantanéité ». L’avocate de la défense s’attache ensuite à dépeindre la personnalité de son client. Une espèce de branquignol. « Un garçon immature dont d’autres profitent… Il est loin d’être un chef de bande. C’est même tout le contraire. C’est celui que l’on met sur le devant de la scène pour se couvrir ». Et peut-être aussi le moins véloce pour détaler devant les policiers.
Toujours est-il que les deux jetons volés lui ouvrent directement les portes de la prison pour une durée de deux mois. Le second larron écope du même tarif.








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