Assises du Doubs Ahuri et acquitté
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Expulsé par sa compagne quatre jours plus tôt, il avait forcé sa porte en état d’ivresse et abusé d’elle. Il écope de cinq ans de prison alors que son pâle comparse, accusé de n’être pas intervenu, est acquitté.
« Ne vous trompez pas de coupable. L’accusé veut faire passer ma cliente pour une moins que rien mais le violeur c’est lui. » Au terme de la deuxième journée de débats devant les assises du Doubs, Me Valérie Tronchet, partie civile, s’est attachée à remettre les pendules à l’heure. Depuis lundi, Jérôme S. n’a eu de cesse de rejeter la cause de son comportement sur son ex-compagne et victime. Certes, ce Bisontin de 24 ans admet avoir rusé pour entrer dans l’immeuble de son ex-compagne, puis la brutaliser, avant d’exiger une fellation. Mais parce qu’il était ivre et surtout désespéré à la suite d’une rupture aussi brutale qu’incompréhensible. « Elle en a toujours une peur bleue et si ses cauchemars se sont estompés, elle souffre aujourd’hui de problèmes de tachycardie », précise l’avocate. Une terreur déjà bien réelle en ce début décembre 2010. « Elle avait demandé que l’on change la serrure de son appartement », relève l’avocat général, Arnaud Grécourt. Si l’accusé concède un début de fellation, il nie mordicus avoir tenté de violer son ex dans la chambre où il l’avait entraînée. Outre le fait qu’il a d’abord tout contesté avant d’admettre une partie des faits, que la victime a toujours maintenu la même version, le magistrat met en lumière les incohérences et contradictions de Jérôme. Un jeune homme « psychotique, condamné à 13 reprises, notamment pour exhibition sexuelle, et qui n’admet pas la frustration ». N’a-t-il pas assuré devant témoin qu’il avait ce jour-là envie de « faire l’amour une dernière fois avec elle » ? Pour soutenir devant la cour qu’il n’a « pas essayé de le faire ». Tout comme il reconnaît l’avoir « partiellement dénudée », sans pouvoir expliquer dans quel but. L’avocat général lui n’en doute pas et requiert une peine de six ans de prison. « Il est sorti depuis 16 mois, s’est stabilisé professionnellement et a une relation suivie », plaide Me Yacine Hakkar pour éviter un retour de son client en détention. S’il a franchi la ligne rouge ce jour-là, c’est bien sûr lié à son impulsivité mais aussi et surtout « au contexte » de cette liaison et de la rupture. Depuis quatre jours, Jérôme vivait dans un garage, en errance « comme un animal. Durant ce laps de temps elle lui a téléphoné à une quarantaine de reprises. » L’espoir de renouer et le désespoir d’une compagne qui souffle le chaud et le froid, dit-elle. Quand à sa prétendue violence l’avocat relativise notant que le certificat médical de la victime ne relève aucune lésion traumatique.
Au milieu de cette liaison paroxystique, Franck 47 ans. Une pièce rapportée qui semble toujours se demander ce qu’il fait dans le box. Pendant que la victime s’affrontait avec son ex, hurlait et demandait d’appeler la police, lui restait coi. Rien, pas un geste ou même un mot, pas une tentative de communiquer avec des témoins qui tambourinaient à la porte pour porter secours. Une ombre. C’est ce que lui reproche l’avocat général. « Les experts ont estimé que son discernement était simplement altéré, il est donc responsable de n’avoir rien fait. » Et de réclamer 18 mois de prison avec sursis. Me Sandrine Arnaud plaide la relaxe en décrivant un homme sans histoires, certes intégré qui travaille à la ville et participe à la vie associative mais totalement « décalé, ahuri par ce qu’il est en train de vivre dans cet appartement ». Franck n’a pas d’aventures amoureuses, il n’y connaît rien ne comprend rien, pensait que les « affaires de son copain allaient s’arranger ». Il a suivi Jérôme qu’il craignait et se retrouve comme paralysé dans cette tourmente. Il n’a pas de téléphone, ne sait pas où sont les clés, s’enferme dans sa coquille « Il se fige, inexistant et pense… pourvu que ça s’arrête » S’est-il volontairement abstenu d’intervenir comme on le lui reproche ? Me Arnaud ne le croit pas un instant, « la lâcheté n’est pas une infraction en soi ». Un vibrant plaidoyer qui fait mouche. Les jurés s’accordent sur l’acquittement et une peine de cinq ans de prison plus deux années de suivi sociojudiciaire pour l’auteur principal des faits.








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