Assises de Haute-Saône « Ce n’est pas moi qui ai tué votre fille ! »
Accusé du meurtre de Laura Juif, 19 ans, à Luxeuil-les-Bains, son ex-petit ami clame son innocence et implore qu’on arrête de « s’acharner » contre lui.
Même s’il n’y a pas de preuves formelles pour incriminer Mohamed Moussati, beaucoup d’éléments réunis par les enquêteurs semblent l’accabler. Laura, qu’il fréquentait depuis quelque temps, n’avait-elle pas annoncé à plusieurs proches sa décision de rupture une semaine plus tôt ? Un mobile de premier choix pour un jeune homme que l’on dit irascible et violent avec ses conquêtes. Non seulement Mohamed n’était pas le moins du monde attentionné à son égard mais au contraire, il la « frappait et la menaçait » comme elle a pu le confier à plusieurs reprises.
Au matin du 24 mai 2009, lorsque les pompiers appelés pour un début d’incendie entrent dans son appartement de la rue Lafayette, ils découvrent le corps sans vie de cette jeune femme au milieu de vêtements incendiés. Elle a été frappée de plusieurs coups de couteau à la gorge, causes d’une hémorragie foudroyante. Les premiers témoignages de voisins évoquent un bruit sourd et une violente dispute vers 5h30 du matin. « Lâche-moi, tu me fais mal », aurait crié Laura. « Non j’arrêterai pas », répond une voix d’homme au fort accent maghrébin.
Une voisine identifie cette voix comme étant celle du compagnon de Laura mais elle ne s’inquiète pas outre mesure. Les disputes et éclats de voix entre eux sont fréquents. Une autre a aperçu une silhouette ressemblant à celle de Mohamed partir à bord d’une 205 claire, quelques minutes avant que l’alerte ne soit donnée aux pompiers. « C’est pas vrai j’étais chez moi », assure l’accusé qui maintient mordicus être rentré chez ses parents vers 4 h cette nuit-là, après avoir passé la soirée entre bars et discothèques avec des copains. « Petit » problème, lorsqu’il est entendu par les enquêteurs, il oublie d’évoquer son passage vers 3 h avec un de ses amis à l’appartement de Laura dont il possède les clés. Une amnésie qui intrigue le président Ardiet. « C’est parce que j’étais sous le choc de l’annonce de sa mort. Je suis seulement allé voir si elle était là… avec quelqu’un ; je suis un peu jaloux. Elle n’était pas chez elle Je me suis lavé les cheveux, on a pris quelques bonbons et on est parti », explique-t-il.
A l’entendre, il n’y avait pas de problèmes particuliers entre lui et la victime. Des disputes « comme tous les couples ». Pas de rupture annoncée en tout cas même s’il admet que la semaine précédant le drame a été « difficile ».
Si tous ces éléments font de Moussati un « suspect idéal », ça ne suffit pas a en faire un coupable pour le duo d’avocats de la défense. Mes Uzan et Schwerdorffer demandent d’emblée que soit diffusé l’enregistrement de l’audition en garde à vue de l’accusé pour souligner « la partialité de certains enquêteurs, persuadés de la culpabilité de Moussati ». Plus précisément, ils s’engouffrent dans le cœur de l’instruction, pointent ses lacunes et ses zones d’ombre. Capital pour soutenir l’innocence et l’acquittement. C’est le directeur d’enquête qui essuie les plâtres et le feu roulant de questions. Ainsi, entre autres détails, Me Uzan lui fait confirmer que le trousseau de clé de Laura a bien disparu, qu’il n’a jamais été retrouvé. Quel intérêt pour Moussati de voler ce trousseau de clé une fois son crime commis, alors qu’il avait le sien, découvert dans sa voiture ? « Ça ne vous interpelle pas ? » Mystère. L’officier de gendarmerie le concède. Rien d’étonnant par ailleurs à ce que l’on retrouve des traces ADN de Moussati dans l’appartement qu’il fréquentait régulièrement. Pourtant sur l’arme du crime, un couteau de cuisine, la seule trace relevée, un ADN masculin, ne lui appartient pas comme le fait relever le bâtonnier dolois. Vous avez dit bizarre… « Quelqu’un a voulu me faire porter le chapeau », maintient l’accusé.
Ses défenseurs ne manquent pas de souligner que Laura était à cette époque en contact avec d’autres hommes. Des relations parfois intimes à qui elle aurait très bien pu ouvrir sa porte cette nuit-là selon eux. « Je voudrais présenter mes condoléances à la famille de Laura dont je partage la douleur mais ce n’est pas moi qui ai tué votre fille », avait dit d’entrée l’accusé. Reste quatre jours d’audience au cours desquels une trentaine de témoins seront entendus, pour en convaincre les jurés.








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