Doubs L'électricien de Seloncourt refuse de croire à la tentative de suicide de sa fille

le 03/10/2012 à 18:03 José Gonzalvez
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Photo José Gonzalvez

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Pourquoi Orlane, une Montbéliardaise de 14 ans, est-elle tombée du 3 e étage d’un immeuble à Antony (Hauts-de-Seine) dans la nuit du 13 au 14 août dernier ? Tentative de suicide, comme le prétend la police ? Ses parents ne croient pas à cette thèse qu’ils veulent mettre en pièces.

Bernard, le papa d’Orlane, est visiblement très remonté contre les fonctionnaires du commissariat de police d’Antony, dans la région parisienne : « Ils ne font pas leur boulot correctement », assène sèchement cet artisan électricien domicilié à Seloncourt. Il vit séparé de la maman d’Orlane, Joëlle, qui réside dans la Zup de la Petite-Hollande, à Montbéliard.

Orlane, que ses parents décrivent comme « une excellente élève, qui devait faire sa rentrée en classe de 3 e au collège Brossolette, une jeune fille joviale, gaie, pleine de vie », vit avec sa mère et son frère Thomas, 19 ans. Le samedi 10 août, avec l’accord de sa maman, elle est partie rejoindre son frère aîné, Mathieu, âgé de 21 ans, également domicilié à Montbéliard, mais dans son propre logement, où sa petite sœur devait passer le week-end. Joëlle est restée en contact téléphonique avec Orlane, qui l’a appelée le dimanche à midi, ainsi que le lendemain.

Une rencontre sur un réseau social

« Seulement, elle ne m’a pas dit qu’elle se trouvait à… Paris ! », soupire Joëlle. Effectivement, l’adolescente n’est pas restée chez son frère Mathieu. Très rapidement, elle a été rejointe à Montbéliard par celui qui, depuis un an, faisait battre son cœur sur la toile d’un réseau social. « Je savais qu’elle était amoureuse d’un garçon qu’elle avait connu sur Facebook. Je croyais que c’était récent, mais en fait, cela durait depuis un an, nous a-t-elle avoué », rapporte sa mère.

Toujours est-il que ce garçon, âgé de 20 ans, demeure en région parisienne, à Bobigny. En compagnie d’un copain de son âge, il est venu en voiture à Montbéliard chercher Orlane pour la ramener à Paris, où ils avaient décidé de passer quelques jours. En secret ? Pas tout à fait, puisque Mathieu a accepté de laisser partir sa jeune sœur, à l’insu de ses parents.

« Il voulait faire plaisir à Orlane. Il le regrette cruellement aujourd’hui », confesse Joëlle, qui n’en veut pas à son fils, mais lui a quand même fait le reproche de n’avoir pas sollicité l’autorisation de la maman. « D’autant plus, mais cela, Mathieu ne pouvait pas le savoir, que les deux Parisiens n’ont même pas le permis de conduire ! », s’irrite Bernard. Il sait gré toutefois à Mathieu d’avoir quand même pris le soin de faire un cliché des cartes d’identité des deux Parisiens avec son téléphone portable. Le séjour dans la capitale a viré au drame très rapidement, dans la nuit du lundi 13 au mardi 14 août. Vers 3 h du matin, Orlane est tombée du troisième étage d’un immeuble du centre-ville d’Antony (Hauts-de-Seine), où elle passait la soirée en compagnie de son petit copain et de deux ou trois autres garçons, dont le fils des propriétaires de l’appartement. Une chute dans le vide de plus de huit mètres de hauteur.

Comme le rapporte notre confrère Le Parisien dans son édition du mardi 21 août, « elle a été grièvement blessée et évacuée sur l’hôpital Georges-Pompidou, à Paris, puis transférée à la Pitié-Salpêtrière, où elle a subi deux opérations. Touchée à la moelle épinière, elle a les jambes paralysées ».

Seule avec trois ou quatre jeunes hommes

Orlane, dont deux vertèbres cervicales ont été fracturées, a été transférée ensuite au CHU Jean Minjoz, à Besançon. Actuellement, elle se trouve en rééducation à Héricourt. Vivante, mais avec une immense incertitude quant à son avenir et à ses chances de récupérer l’usage de ses membres.

« Pour l’instant, elle arrive juste à hausser un peu les épaules », raconte sa maman, très éprouvée. Mais la famille garde son attention polarisée par un autre objectif : connaître les circonstances dans lesquelles l’adolescente a pu ainsi chuter, car elle a révélé à ses deux parents qu’elle n’avait jamais eu l’intention de se suicider. D’où le courroux de son père, qui en veut aux policiers de s’en tenir uniquement à la thèse initiale du suicide.

« Ils n’ont même pas fait une enquête de voisinage », peste Bernard, qui passe son temps libre à faire la navette entre le pays de Montbéliard et la région parisienne. « Moi, je suis allé interroger les gens. Ils m’ont confirmé que la police n’est jamais venue les interroger ».

Pourtant, d’après Bernard, les enquêteurs auraient pu apprendre des choses intéressantes. Et Bernard produit le témoignage en bonne et due forme qu’il a recueilli auprès d’une voisine. Cette dame relate l’agitation qui régnait dans le quartier après l’accident, avec les ambulances, la police, les gyrophares. Mais surtout, elle affirme avoir entendu, peu de temps auparavant, la voix d’une jeune femme qui criait « Arrête X., arrête ! ». Le prénom qu’a prononcé cette voix correspond à celui du jeune homme chez qui se déroulait la soirée. Bernard en est convaincu : « C’était Orlane qui criait à l’adresse du jeune chez qui ils étaient. Si elle a sauté, ce n’était pas pour se suicider, mais pour fuir quelque chose. À moins que quelqu’un l’ait poussée dans le vide. Elle était la seule fille, avec trois ou quatre garçons ! ».

Les examens pratiqués sur la jeune fille auraient permis d’établir qu’elle avait consommé beaucoup d’alcool, d’une part, mais aussi et surtout, d’autre part, qu’elle n’avait subi aucune atteinte sexuelle.

Un mur de silence

Bernard retourne et retourne des hypothèses dans sa tête mais il se heurte au mur de silence de l’administration : « J’ai eu bien du mal de convaincre le commissariat d’Anthony de recueillir la plainte. Et je n’ai pas été reçu par le procureur en charge du dossier ».

De son côté, la commissaire Yasmine Prudente, adjointe au commissaire principal d’Anthony, nous affirme « ne pas avoir le droit de communiquer » sur cette affaire. Elle nous renvoie auprès de la vice-procureure de Nanterre, Caroline Chassain, dont on attend vainement le commentaire.

« Le greffe du parquet de Nanterre m’assure que la plainte n’a pas encore été transmise par le commissariat d’Anthony », se désole Bernard, qui a passé le dernier week-end à Paris. Alors que leur fille se remet péniblement de cette terrible mésaventure et recouvre peu à peu la mémoire de cette dramatique soirée, ses parents ne baissent pas la garde : « On veut savoir la vérité. On fera tout ce qu’il faut pour cela », soutient Bernard, plus déterminé que jamais.

le 03/10/2012 à 18:03 José Gonzalvez

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