Montbéliard Stock-car avec les gendarmes sur l’A 36
Photo D.R.
Manifestement, l’homme inspire la peur. En pénétrant dans l’enceinte du tribunal de Montbéliard, hier, l’escorte fait illico part au président d’un risque d’évasion du prévenu. Par conséquent, ce dernier ne viendra pas à la barre et s’expliquera depuis un box sécurisé. Solide gaillard à l’élocution lente et hachée, le prénommé Almir, 33 ans, paraît inoffensif sinon amorphe. Seulement, il lui arrive parfois de dégoupiller et de semer un vent de panique dans son sillage. Comme ce 9 juin. La famille d’Almir appelle les gendarmes, à Bethoncourt, parce que le garçon fait du grabuge. Il est 3 h. Chemin faisant, les militaires croisent la Peugeot 205 du suspect qui a mis les voiles. Sirène, gyrophares, la petite berline fait mine d’obtempérer et de se stationner avant de repartir à toute berzingue.
C’est le début d’une course-poursuite échevelée de plus de 50 kilomètres qui commence par une manœuvre à contresens dans les rues de Sochaux avant d’enquiller une fuite en avant sur l’A36, « à 150 km/h » selon les gendarmes.
De Montbéliard, le chauffard met le cap sur le Territoire. Derrière, les représentants de l’ordre suivent le rythme mais ne parviennent pas à neutraliser le conducteur. Des renforts sont requis. Au péage de Fontaine, il fonce et dézingue la barrière. Direction l’Alsace. Débute alors une partie de stock-car. Les gendarmes profitent de l’aide d’un routier qui tente de bloquer la 205 folle. Les militaires se portent à la hauteur de la Peugeot. Bing, bang ! Coup de volant dans la Mégane bleue de la maréchaussée. Nouvelle tentative un peu plus loin. Nouveau choc. À 3 h 50, c’est le clap de fin contre la glissière de sécurité, à hauteur de Burnhaupt.
Almir rembobine le film de ce road movie : « Je m’étais disputé avec mon cousin. Ma famille a eu peur que je fasse je ne sais quoi. Moi, je voulais juste aller voir ma copine à Valentigney ». Pour le reste, il dit « n’avoir pas capté. Je n’ai que des bribes de souvenirs ». Et d’enchaîner : « J’ai une maladie neurologique. On m’avait donné des trucs lourds car je devais passer un scanner. Et quand j’ai vraiment trop mal à la tête, je bois de l’alcool ». Comme cette nuit d’enfer où il avait 1,57 g dans le sang. Qui plus est, il conduisait sans permis et était en état de récidive. « N’ayez pas la main trop lourde avec moi », lance le prévenu, au casier lourd de neuf condamnations, à l’adresse du président.
La thèse de l’état second avancée par le prévenu, le procureur Pascal veut bien y croire. Pour preuve, il cite la vidéo des gendarmes sur laquelle on voit le chauffard percuter la voiture des militaires sans émotion apparente. Comme un zombie. Pour autant, le représentant du ministère public requiert dix mois de prison dont quatre ferme. Maître Hilg, l’avocat de la défense, se demande si son client est accessible à une sanction pénale et sollicite une expertise psychiatrique. Le tribunal l’a refusée et a condamné le chauffard à huit mois de prison dont quatre ferme et l’interdiction de repasser le permis avant un an.
À noter que la gendarmerie, en dépit des dégâts matériels et des violences à l’encontre de quatre de ses représentants lors de l’interpellation, ne s’est pas constituée partie civile.








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