Cinéma Pascal Clergerie, cuistot sur les plateaux de tournage

le 23/08/2012 à 05:00 Françoise Jeanparis
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D’un film à une série, Pascal Clergerie et son camion-cuisine vont là où les équipes de tournage les appellent.  Photo Françoise Jeanparis

D’un film à une série, Pascal Clergerie et son camion-cuisine vont là où les équipes de tournage les appellent. Photo Françoise Jeanparis

Il promène son camion cuisine au gré des tournages de films. Pascal Clergerie a fait la popote pour Arditi, Line Renaud, Murray Head, Julie Depardieu et pas mal d’autres. « Un bon cuistot doit deviner ce que les hôtes à sa table désirent avant qu’ils ne le demandent », lâche volontiers le Haut-Saônois. Rencontre.

Il est 21 h. La table est mise sous de grandes toiles à l’abri de la fraîcheur qui tombe. Acteurs, figurants, réalisateur, équipe de production, techniciens s’installent devant de grandes assiettes de crudités. Ce soir, c’est barbecue. L’équipe tourne depuis dix jours dans le pays de Montbéliard. Un court-métrage, Avant que de tout perdre, produit par Alexandre Gavras (le fils à Costa), soutenu par la Région Franche-Comté. L’histoire d’une mère de famille qui décide de fuir un mari cogneur, avec Léa Drucker dans le rôle de la femme battue.

Jacques le père a cuisiné pour Clint Eastwood et Belmondo

C’est le clap de fin. « Alors le dernier repas est un peu plus festif avec apéro copieux et champagne. Je fais avec le budget alloué par la production. Sur les longs métrages, c’est souvent foie gras pour le dernier repas », confie Pascal Clergerie. Le Haut-Saônois de Villars-le-Pautel, « près de Jussey », cantine depuis sept ans sur les tournages. Il a créé la société Ciné-popote. Un clin d’œil à son père, Jacques, qui, il y a bien longtemps, a travaillé dans la première cantine « instaurer pour sustenter les équipe cinématographiques ». Jacques Clergerie a cuisiné en 1962 sur les tournages du Jour le plus long, Un singe en hiver, Le chevalier de la maison rouge. Il a fait la popote pour Henri Fonda, Clint Eastwood, Bourvil, Belmondo ou Jean Gabin…

Pour nourrir 50 ou 700 personnes

Forcément, ça marque un gamin. Le fiston Pascal a pris la relève. Dans son immense camion aménagé en cuisine, il se colle aux fourneaux dès qu’une équipe de production fait appel à ses services. D’un téléfilm à un long-métrage ou des séries comme Plus belle la vie, du Jura à la Corse, du pays de Montbéliard à Marseille, le cuistot à l’immuable polo noir débarque dès qu’on l’appelle pour un mois ou une semaine sur les lieux de tournage. Il a bossé sur une quarantaine de films signés par de grands réalisateurs comme Brian de Palma ou Murray Head. « Sur un tournage, dit-il, la cuisine, c’est l’extension de la régie. Ça ne souffre pas d’improvisation. Tu dois être organisé, disposer de stocks dans les frigos pour nourrir 50 ou 700 personnes. Pendant un tournage, tu ne lèves pas le pied. Tu attends les gens à midi pour déjeuner. Ils peuvent débouler à 17 h. Tu commences à 5 ou 6 h du matin pour le petit-déjeuner et tu termines vers 1 h. Et c’est non-stop pendant toute la durée du tournage ».

La famille du cinéma

Les affamés ont-ils des désirs particuliers ? « Certains ont bien sûr des exigences. En règle générale, huit à dix crudités sont réclamées à chaque repas. Ils mangent beaucoup mais veulent de la qualité. Maintenant, je fais en fonction du budget imparti ».

Et ça, c’est passé comment pour le tournage dans le pays de Montbéliard. « Très bien. Une équipe super-sympa. Et des acteurs à l’image de Léa Drucker, simples, humbles… » Certains le sont moins ? « Évidemment, mais je ne donnerai pas de noms. Maintenant, à chaque fois, c’est une belle aventure avec des rencontres formidables. Je pense à Arditi, Line Renaud, Philippe Katerine, Julie Depardieu et plein d’autres. Le milieu du cinéma est plutôt fermé, mais c’est une famille. Parfois d’emmerdeurs, mais c’est la famille. J’ai retrouvé à Montbéliard des gens avec lesquels j’avais bossé sur un film dans le Sud. J’aime autant le cinéma que faire la cuisine. Mon job est contraignant, mais j’y prends du plaisir. Le jour où il n’y aura plus de plaisir, je raccrocherai mon tablier ».

La lune perce le ciel d’une rare pureté. Alexandre Gavras et le réalisateur Xavier Legrand causent plans séquences autour d’une table. Pascal Clergerie a deviné leur envie. Il dégaine une petite bouteille de derrière les fagots. Un bourgogne qui sort de sa cave perso.

le 23/08/2012 à 05:00 Françoise Jeanparis

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