Doubs Des ORNI, Objets roulants non identifiés, à Montandon
Fabien et Mathieu, les fous du volant des Fins et leur bolide baptisé « Foufoune ». Allez savoir pourquoi ! Photos Françoise Jeanparis
Le petit village de Montandon était en vigilance orange hier dimanche. Des ORNI ont été signalés sur les routes. Des quoi ? Des objets roulants non identifiés engagés dans une course qui décoiffe. Et dépote. Ambiance.
Dans un nuage de poussière, le vieux C15 bleu profond revisité Air Force avec des ailerons et des hélices, déboule sur la ligne d’arrivée. Le pilote est arc-bouté sur le frein à main pour que le bolide qui s’est emballé dans la descente accepte de se cabrer. « Eh les gars, vous n’êtes pas au championnat du monde », balance un commissaire de course. Juju et Lucas, pilote et copilote, jubilent. « Dingue comme il roule bien. Cette course, c’est le top. On a vraiment pris du plaisir dans la descente ».
Gare, ils débarquent
Une descente sur 1,8 km de bitume qui serpente entre forêts et prairies jusqu’à l’entrée du village de 400 âmes. Pour le coup, la route communale est interdite à la circulation. Sauf aux 38 ORNI engagés dans la course « seconde du nom. L’idée a tellement séduit que nous avons doublé cette année le nombre de concurrents », confie le maire Henri Tirole.
L’idée, elle revient à Pascal Champenois, chef d’entreprise dans la commune « mais d’abord papa, dit-il. Un papa qui avait envie de fédérer la famille autour d’un projet sympa. On regarde la télé. On pianote sur le net et, un beau matin, on se rend compte avec stupeur qu’on ne fait plus rien avec les enfants. Cette course fédère la famille en ce sens que les parents construisent les véhicules avec leurs gamins ».
Du cousu main
Le cas pour les Etevenard de Montandon. Victor, 11 ans, le fils est au volant d’une fusée fabriquée avec son père et une équipe de potes dont Nicolas Peker : « Du cousu main avec un châssis tubulaire, le train roulant, les fourches et les roues de deux mobs, des 103 Peugeot ». De la récup comme la base C15 du véhicule Air Force : « Il dormait chez mon grand-père. Il hurlait (le papy pas la bagnole) quand on l’a embarqué et voilà le résultat après avoir disqué les ailes et apporté toutes les modifs… Une petite bombe ». Et ça dépote à quelle vitesse ces objets roulants non identifiés ? « 30, 40, voire 50 km/h. Et sans moteur… mais avec de bonnes sensations », résume Paul Marotte, 19 ans, de Deluz (près de Besançon) au volant d’une Formule 1. Plus vite encore quand on s’appelle Christophe Billotte, fend la bise originaire des Combes aux commandes d’un Bibi-Bob. Quèsaco ? « La version été du bob à manche utilisé sur la neige ». Christophe Billotte est l’inventeur du prototype auquel il a ajouté des roulettes de skateboard, modifié le châssis. « C’est devenu un sport. Nous sommes affiliés à la fédération française de rollers. Dernièrement sur une piste de bobsleigh à La Plagne, j’ai été chronométré à 72 km/h, 94 km/h à Morteau. Vraiment du sport extrême à ras le bitume et hyper protégé avec une combinaison de moto ».
Fous volants ingénieux
« La vitesse est le dernier critère pris en compte pour cette course d’ORNI, précise Henri Tirole. Nous focalisons davantage sur l’originalité du véhicule, l’ingéniosité technique et la sécurité. Ce challenge doit rester avant tout un instant de plaisir partagé ». Sous un soleil de plomb, un millier de visiteurs sont venus partager la fougue loufoque des ingénieux fous du volant. Essais le matin. Trois manches l’après-midi dominées dans un village où le temps semble suspendu. Au clocher, la pendule est bloquée sur midi ou minuit vingt. C’est selon.
Il y a 79 ans à Daytona
Une commune ou tous les villageois -ou presque- s’impliquent dans l’organisation de l’événement. À l’image de Fabien Bercot qui règne sur la buvette. « Les bénéfices de la journée ne tombent pas dans la caisse d’une association, explique-t-il. Ils sont destinés à la collectivité. Nous avons plusieurs petites idées comme rénover le terrain de tennis, éclairer le stade de foot ou équiper les écoles de poteaux de basket. C’est pour le village que nous nous impliquons, son animation et ses loisirs à venir ». La première course de véhicules à savons a eu lieu le 19 août 1933 devant 40 000 personnes à Daytona aux USA. 79 ans plus tard, pile poil, Montandon fait un clin d’œil aux cousins d’Amérique !








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