Rencontres et Racines De chaudes voix féminines à la conquête d’un public exigeant
Carmen Maria Vega n’a pas sa langue dans sa poche. Photos Simon Daval
Journée de la femme hier, à Audincourt, à Rencontres et Racines. Emel Mathlouthi, la Tunisienne, a ouvert le bal en faisant souffler le vent du Printemps arabe sur le festival. Carmen Maria Vega a pris le relais en chahutant avec malice le public.
Message à ceux « qui nous polluent avec leurs peurs » et « cela s’adresse à toutes les religions ». Ceux qui ont peur de Dieu ont en réalité peur des autres. Le ton est donné. La voix chaude d’Emel Mathlouthi est en fait l’écho d’un cri alors que le silence se fait petit à petit sur les révolutions arabes. Elle chante avec ses tripes. Dès 2008, elle met des mots sur ses peurs et sur ses espoirs. La chanson devient l’hymne de la révolution tunisienne.
Sa colère n’a pas de frontières. Elle s’insurge contre les attaques dans la bande de Gaza. Elle dit avoir peiné à trouver les mots et la mélodie. Et pourtant, la chanson est poignante.
« Ma parole est libre », scande la jeune femme qui vit en France depuis 2008. Elle chante en tunisien, en anglais, en français, en arabe littéraire…
Irrévérence
Le public de Rencontres et Racines, qui aime les contrastes, a été servi avec Carmen Maria Vega et ses musiciens à la limite du metal hurlant. Il faut dire que Carmen Maria Vega a des origines latinos, entre Guinée et Venezuela, qui peuvent expliquer en partie qu’elle a le sang chaud. Ce petit bout de bonne femme occupe toute la scène avec d’autant plus d’aisance qu’elle a suivi des cours d’art dramatique et tourné dans un long-métrage de la réalisatrice Béatrice Pollet, Le jour de la grenouille.
Carmen Maria Vega fait sa révolution à elle, libertaire. On s’en fout, son tube, pourrait le laisser entendre mais cela démarre mal. Le son est pourri. Elle arrête tout et recommence. Elle ne s’en fout pas tant que cela même si elle chahute son petit public qu’elle qualifie de « petit lapin bourré ».
Ce qui frappe chez cette artiste, c’est son goût de l’irrévérence, de l’ironie bien sentie. Elle rend hommage à Carla Bruni, 43 ans, pour qui cela ne doit pas être facile et embrasse l’ex-première dame. À bon entendeur… Carmen revient à la charge avec ce titre « Qu’est-ce qu’ils sont cons/ils disent OK/qu’est-ce qu’ils sont cons ces pauvres/Vos emplois sont en jeu/on vous invite à acheter/OK, qu’est-ce qu’ils sont cons ».
Dernier tour de passe-passe. Carmen Maria Vega invite tous ceux qui le veulent à se mettre « à poil », ajoutant : « Ici, tout est permis ». Les spectateurs en sont restés « sur le cul ».
En fin de journée, le festival est resté fidèle à la tradition en ouvrant la scène à un grand nom du reggae. Stephen Marley, le fils du grand Bob, était très attendu.
Bémol
Petit bémol à cette 23 e édition : une fréquentation en baisse. En début de soirée, le festival avait recensé 25 000 spectateurs contre 32 000 l’an passé. Certains amateurs de grandes têtes d’affiche auront sans doute fait la fine bouche.
Mais il n’est pas dans l’esprit de Rencontres et Racines qui, depuis sa création il y a 23 ans, est d’abord un rassemblement qui a pour vocation d’accueillir les grands noms des musiques du monde de demain.
Cette édition de Rencontres et Racines a été sur le plan découvertes particulièrement riche. Des groupes présents cette année devraient voir s’ouvrir une grande carrière dans les années à venir. On entendra reparler de Boulevard des Airs, d’Imany, de Carmen Maria Vega et de Flavia Coehlo. Et sans oublier l’énergie de Hawa qui a décroché cette année le prix de la découverte.
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