Audincourt « Les bases du tatouage ne s’apprennent pas en trois mois »
le 11/02/2012 à 05:00 par Sarah Rebouh
Cyril Frossard propose des tatouages à partir de 90 euros. Photo Sarah Rebouh
Les fermetures temporaires de salons de tatouage pour non-respect des règles d’hygiène sont rares. Le préfet vient pourtant de suspendre temporairement l’un d’eux dans la Cité des Princes. Dans le pays de Montbéliard, certains tatoueurs, à l’image de Cyril Frossard, œuvrent pour la reconnaissance de leur métier.
Les vilains petits canards du milieu médical gagnent du terrain. Le tatouage n’est plus considéré comme il l’était par le passé : « Avant, les mecs tatoués, c’étaient les militaires, ou même des fois ceux qui avaient fait de la prison » déclare Cyril Frossard, tatoueur originaire de Mandeure. Les réticences du public étaient alimentées par les pratiques et le statut totalement hasardeux de certains « tatoueurs ».
Des normes en vigueur
Aujourd’hui encore, n’importe qui peut se définir tatoueur. Pour ouvrir son salon, aucun diplôme n’est requis, aucun savoir-faire n’est contrôlé. Le matériel nécessaire peut être commandé sur internet, sans aucune restriction pour un montant allant de 50 € à 300 €, en moyenne, selon les sites.
Avec autant de facilités, inutile de préciser que le « tatouage clandestin » ou le tatouage à domicile existent, en dépit de leur illégalité formelle.
« Les gens qui font ça à la sauvette nuisent à notre métier. Ils donnent une mauvaise réputation alors que c’est une profession qui pourrait être noble », témoigne Cyril, tatoueur du salon Art Corps Tattoo, situé à Audincourt.
Pourtant, depuis 2009, il existe des règles strictes à respecter, notamment en matière d’hygiène. Cyril Frossard, lui, est tatoueur depuis dix ans et a d’abord appris seul puis a effectué de nombreux stages aux États-Unis.
Au fil des années, il a vu les normes évoluer. « Actuellement, avant de faire un tatouage, il faut monter l’appareil devant le client, il faut ouvrir les sachets devant lui, c’est le minimum. Et certains ne le font toujours pas. »
Il est utile de connaître les règles strictes qu’une personne « mettant en œuvre des techniques de tatouage par effraction cutanée » doit respecter.
Cette personne doit suivre obligatoirement vingt et une heures de formation à l’hygiène, le « b.a.-ba » selon Cyril. Elle doit se déclarer en préfecture.
Elle doit absolument utiliser du matériel à usage unique et stérile. Dans le salon, une pièce doit être réservée au tatouage, à l’accueil, à la stérilisation, et une pièce doit servir à stocker les déchets. Le tatoueur est aussi obligé d’informer le client avant toute réalisation.
Le problème reste que les contrôles, assurés par l’administration, sont très aléatoires : « Je pourrais dire comment ça se passe si j’avais déjà été contrôlé… » avoue Cyril.
Comparer les prestations
Certains tatoueurs font partie du Syndicat national des tatoueurs, comme Cyril Frossard : « Le Snat, c’est ce qui a aidé à développer les normes. » Le tatoueur d’Audincourt précise : « Il y a des choses simples à vérifier. Si un tatoueur vous dit "ok revenez dans deux jours", il faut se méfier. Pareil pour le prix s’il est trop faible. Les gens ne se rendent pas compte que dans le domaine médical tout a un coût. »
Inexorablement, le nombre de personnes tatouées augmente. En France, une personne sur dix est tatouée, soit 10 % de la population (selon un sondage Ipsos). Pour 37 % des sondés, leur tatouage se situe sur le bras. Le haut du dos et les épaules représentent 35 % des réponses. Le bas du dos se classe troisième avec 13 %. Au niveau national, il y aurait entre 3000 et 4000 tatoueurs. Seulement 714 font partie du Syndicat national des artistes tatoueurs.
Cyril Frossard, tatoueur professionnel à Audincourt, précise que sur environ 300 ouvertures de salon sur le territoire français, 400 fermeraient chaque année. Il indique qu’il a vu son activité se développer considérablement depuis quatre ans.
En Franche-Comté, on dénombre une quarantaine de tatoueurs inscrits dans l’annuaire des professionnels. Dans le pays de Montbéliard, ils étaient six. Ils ne sont plus que quatre en raison de la fermeture du salon Tof Tatto de Pont-de-Roide, pour des raisons économiques, et depuis la fermeture temporaire de Fredi Tattoo à Montbéliard décidée par le préfet à la suite du rapport d’inspection de l’agence régionale de santé ( Le Pays d’hier).
le 11/02/2012 à 05:00 par Sarah Rebouh
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