Cinéma Frank Darabont l’illustre inconnu de la Cité de Princes
le 30/12/2011 à 05:00 par Michel Schuler
Frank Darabont, l’homme de cinéma aux multiples casquettes, est né dans une maternité montbéliardaise il y a bientôt 53 ans. DR
Dans l‘univers cinématographie, Franck Darabont est un homme connu et reconnu. Mais saviez-vous que le père des Évadés ou de la Ligne verte est né à Montbéliard pendant une parenthèse historique, la révolte hongroise qui provoqua l’arrivée dans le pays de Montbéliard de centaines de Hongrois. Dont les parents du cinéaste américain.
Frank Darabont fait partie des monstres du cinéma américain. La Ligne verte, les Évadés, Mist, c’est lui. Tous les amateurs de cinéma connaissent son œuvre mais peut-être pas sa vie. Ou plutôt ses origines. Car Frank ne se prénomme pas ainsi. Ces parents l’ont appelé François, un prénom bien français, pour une simple et bonne raison : François Arpad Csaba Darabont est né à Montbéliard, un 28 janvier 1959 à 11h40. Si, sur la plupart des sites internet, il est dit que c’est dans un camp de réfugié hongrois qu’il a vu le jour, l’état civil de Montbéliard et son extrait d’acte de naissance apportent une précision importante : François Darabont est né au pied du château. Au 9 de la rue Henri-Mouhot là où se trouvait une des maternités de la ville, transformée aujourd’hui en appartements. Et ses parents, François père et Suzanne, résidaient au Fort Lachaux, dans des baraquements destinés aux ouvriers de Peugeot. C’est François Billerey, alors adjoint au maire, qui authentifia l’acte de naissance.
À cette époque, ses parents réfugiés politiques avaient fui la révolution de 1956 et après un court passage à Montbéliard, ils se sont installés aux États-Unis, près de Los Angeles. Et c’est à Hollywood que Frank Darabont fera ses études avant d ('embrasser une carrière dans le cinéma (Lire encadré ci-contre).
305 Hongrois à Pajol
Si Frank Darabonl poussa ses premiers cris à Montbéliard, force est de constater que sa ville natale n’en conserve pas un souvenir ému. Rien sur lui aux archives municipales, un simple extrait d’acte de naissance sur les grands livres de l’état civil, pas de salle ou de festival à son nom, ni de rue… Mais son nom reste lié à cette page de l’histoire qui vit affluer des centaines de Hongrois dans le pays de Montbéliard. Les archives de la Ville ont conservé quelques traces de cette époque. C’est en novembre 1956 qu’un premier groupe de réfugiés, 18 hommes de 15 à 28 ans, fut accueilli à l’institut national protestant de Glay. Peu de temps après le journal La République titrait : Une soixantaine de réfugiés hongrois sont à Glay, les hôtes du pays de Montbéliard. Ils seront réconfortés dans le calme et la tranquillité et dans la bonne ambiance familiale qui se créera à Glay ». Ils entonneront même l’hymne hongrois devant un repas servi dans un pays du monde libre. La capacité d’accueil du centre de Glay n’étant pas suffisante, c’est au quartier Pajol que voit le jour un camp de réfugiés. À cette époque, Mme Caillods pour le comité d’accueil et M. Fagon pour le Secours catholique signalent au préfet qu’une vingtaine de Hongrois souhaitent s’installer avec leur famille dans le pays de Montbéliard : « Ils sont parmi les plus dignes d’intérêt pour leurs valeurs professionnelles et morales ». En juillet 57, ils sont 305 Hongrois à avoir trouvé refuge à Pajol. Sur un vieux papier jauni, on peut lire cette missive : « Dans le dernier convoi venu de Yougoslavie, des Hongrois démunis de tout, sous alimentés et à peine habillés ».
Le 31 octobre 1957, le camp de Pajol sera fermé définitivement. Bon nombre de Hongrois ont trouvé du travail sur place, sont partis tenter leur chance aux États-Unis, au Canada, en Allemagne, dans les pays nordiques. D’autres familles sans logements sont envoyées à la maison familiale de Blamont en attendant mieux. Une page se tourne pour ces réfugiés. Et, qui sait, un jour peut-être Frank Darabont se saisira de ce scénario et rendra hommage à la ville qui l’a vu naître et à ce pays de Montbéliard qui a apporté une aide si précieuse sur le chemin de la liberté à ses parents et à bon nombre de ses compatriotes.
* * *
Acteur, réalisateur, scénariste
Assistant de production, puis décorateur de plateau, la carrière
de réalisateur de Frank Darabont débuta par la mise en scène
d’une oeuvre de Stephen King, The Woman in the room. Il signa
ensuite plusieurs films d’horreur les Griffes du cauchemar, le
Blob, La Mouche 2 avant de connaître la consécration avec les
Évades (7 Oscars dont celui du meilleur film). Nouvelle
consécration en 1999 avec La Ligne verte. On le retrouve
également aux côtés de Spielberg (aide scénariste sur Il faut
sauver le soldat Ryan et Minority report) avant d’adapter The
Mist de son ami Stephen King, et la bande dessinée The
walking dead pour la télé (2010). Également acteur (dans
Shining et Vampires), le CV de Frank Darabont en dit long sur
sa stature d’homme de cinéma.
le 30/12/2011 à 05:00 par Michel Schuler
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