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Beutal Le défi titanesque d’un bâtisseur qui restaure depuis 18 ans un château du XV e

le 29/12/2011 à 05:00 Françoise Jeanparis
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Claus Jaumann a fait relever les pignons du toit à quatre pans. Des murs de verre courent désormais au dernier et troisième niveau de la maison carrée. Photos Françoise Jeanparis

Claus Jaumann a fait relever les pignons du toit à quatre pans. Des murs de verre courent désormais au dernier et troisième niveau de la maison carrée. Photos Françoise Jeanparis

Ici à Beutal, on l’appelle « Le château ». Davantage une maison forte dont la construction carrée et atypique domine le village depuis plus de 500 ans. Le tailleur de pierre Claus Jaumann en a fait sa résidence. Depuis 18 ans, il restaure cette bâtisse seigneuriale. Une entreprise colossale. Visite.

« Si Claus n’avait pas eu un coup de cœur pour cette maison qui est restée cinq ans à vendre sans trouver d’acquéreur potentiel, ce serait aujourd’hui une ruine ». Devant un café bien serré préparé par Erika, la maîtresse de maison, le maire de Beutal Roland Thierry s’enflamme quand il évoque les années d’un labeur forcené qui a permis « de sauver ce patrimoine local. Du même coup, la restauration entreprise par Claus a impulsé une dynamique au village. Le château a retrouvé ses lettres de noblesse ». À sa façon, Claus Jaumann est un seigneur.

Tout et n’importe quoi

Un seigneur de la pierre. Ce citoyen d’outre-Rhin à la nonchalance tranquille qui parle couramment le français cherchait une maison à « retaper pendant les vacances etpas trop éloignée de l’Allemagne ». Par l’intermédiaire d’un ami installé à Baume-les-Dames, il apprend qu’un vieux château est à vendre à Beutal. « Nous sommes venus le visiter. À l’époque, cette maison forte dont on ne connaît pas exactement la date de construction était composée de deux logements et de greniers plus une grangerie ajoutée en 1936 ». Claus Jaumann devient le nouveau chatelain en 1993. Se doutait-il en signant l’acte d’achat qu’il en prenait pour une poignée de décennies à tremper le maillot au nom de la restauration et du bel ouvrage ? « Au fil des années, des occupants et des transformations successives à l’emporte pièce, le château avait perdu son identité. On y avait fait tout et n’importe quoi », remarque Thierry Roland. Claus Jaumann le lui a redonnée. À l’intérieur, il a tout abattu pour ne conserver que les quatre murs et les solides poutres en chêne. Il a chassé le béton pour refaire les fenêtres en pierre de taille, traqué la moindre parcelle de plâtre à l’intérieur pour redonner toute sa noblesse à la pierre. Exit les petites pièces d’hier.

18 mètres plus haut

Le château se décline désormais sur trois niveaux habitables (50 m² au sol) qui communiquent par un escalier en fer. Au centre de chaque pièce, il suffit de lever les yeux pour voir, 18 mètres plus haut, la charpente chevillée réalisée cette année par Eric Tuetey. Grandiose. Claus Jaumann a fait relever les deux pignons du toit quatre pans (en pointe de diamant) autour duquel chemine une coursive-verrière avec vue imprenable sur son voisin, un temple luthérien du XV e siècle. Cette verrière abreuve de lumière chaque étage dont le sol est couvert d’un plancher brut. Le bâtisseur a su marier avec élégance le métal, la pierre et le bois. Un tissage métallique court à la verticale sur un mur pour cacher les tuyaux de la cheminée. Du fer encore dans les rambardes le long des coursives, pour la conception d’une bibliothèque qui s’ouvre ou se ferme comme un paravent. « Mon père a beaucoup travaillé le métal. J’ai appris avec lui », confie Claus Jaumann. Ces matériaux nobles associés à une déco sobre, dépouillée -canapé blanc à un niveau, vieux piano dans un coin- confèrent à ce château où ont vécu il y a si longtemps des seigneurs un côté art déco. La froideur en moins. Avec ses murs d’1,35 m d’épaisseur (excusez du peu), la bâtisse se suffit d’un poêle à bois canadien pour se chauffer. En guise de porte d’entrée à la demeure, Claus Jaumann vient de réaliser une tour carrée et en pierre de taille à l’extérieur, ronde à l’intérieur avec escalier en colimaçon façonné dans la masse. Prochain chantier avec la toiture de la grangerie et la création d’une terrasse. Depuis 18 ans, bientôt 19, les Jaumann restaurent. Jour après jour. En verront-ils un jour le bout ? « Terminer ? Ça n’est pas le but ! Et après, on fait quoi ? » assène en riant Claus. Au départ, le couple comptait passer ses vacances à restaurer le château. À l’arrivée, il a posé ses bagages à demeure dans ce petit village de 265 habitants. « La maison est désormais habitable mais nous avons aussi cohabité avec la poussière, notre lit posé à côté des cailloux », avoue Erika. L’histoire raconte que les chevaliers du Temple (plus tard de Malte) possédaient des rentes et des biens considérables à Beutal. Les bâtisseurs du troisième millénaire ont-ils découvert des trésors ? Croisé des fantômes ? Rien de tout cela. On sait seulement que sous le château de Beutal doit se trouver un souterrain qui rejoint la tour du Châtelot à Blussangeaux.

le 29/12/2011 à 05:00 Françoise Jeanparis

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