Alimentation Le mouvement Slow Food, ou l’art de réfléchir avant de manger
Action de sensibilisation du Schnackala au marché de Mulhouse : « Nous défendons une nouvelle forme de gastronomie, au service des plaisirs des sens, du respect de la terre et de l’existence digne des paysans. » Archives Jean-François Frey
« Manger bon, propre et juste » : c’est la philosophie du mouvement Slow Food depuis 24 ans. Et c’est sa réponse à l’affaire des lasagnes surgelées au cheval.
« Les lasagnes, on peut les faire soi-même sans peine. Pour le plaisir de cuisiner de bons produits, de déguster de bonnes choses » , dit Nicolas Senn, président du Schnackala, groupe mulhousien de Slow Food. Ce mouvement international a été créé en 1989 par Carlo Petrini, gastronome et sociologue italien, en réaction au fast-food (nourriture rapide). Pour inviter à prendre le temps de réfléchir, lentement ( slow ), avant de se nourrir, et à se poser des questions sur notre alimentation.
Préparer soi-même ses lasagnes revient moins cher que d’acheter des plats surgelés
« Comprendre d’où vient ce qui atterrit dans mon assiette, c’est important. Manger est un acte agricole et gastronomique : c’est grâce aux paysans que nous mangeons. Encore faut-il les rémunérer équitablement et ne pas abîmer la terre nourricière avec les pesticides, les médicaments administrés aux animaux. L’agriculture industrielle ne respecte ni l’homme ni la terre, et c’est grave », estime Nicolas Senn.
Est-il possible d’échapper à l’alimentation industrielle ? « Par six gestes simples » , assurent les militants de Slow Food. « Consommer local et équitable ; acheter de saison et bio ; diversifier ses repas ; ajuster ses apports en protéines animales ; gaspiller moins ; décrypter les étiquettes. »
N’est-ce pas un luxe réservé aux plus aisés ? « Préparer soi-même ses lasagnes et tous ces plats traditionnels revient moins cher que d’acheter des plats surgelés » , répond Nicolas Senn qui a mille trucs pour composer un bon menu à prix abordable. Réduire sa consommation de viande, éplucher des légumes plutôt que d’acheter des salades déjà préparées, faire à l’avance ses menus et listes de courses pour ne pas stocker des produits qui finiront à la poubelle, congeler les restes… Regarder moins la télé et ses émissions de cuisine mais cuisiner soi-même, avec les enfants. Choisir de payer sa nourriture au juste prix plutôt que de dépenser son argent pour des gadgets…
Et puis, Slow Food veut encourager le plaisir de cultiver soi-même, de semer et de récolter dans son jardin, sur son balcon, sur sa terrasse, pour que les humains retrouvent le lien à la terre et à la nature.
Il n’y a pas assez de jardins familiaux dans les villes
« Il n’y a pas assez de jardins familiaux dans les villes. On pourrait investir les espaces verts par des cultures potagères, comme le propose le mouvement des Incroyables comestibles. »
Implanté dans 150 pays, le mouvement Slow Food agit localement et pense globalement. Il soutient quelque 300 projets de sauvegarde de plantes comestibles et d’animaux d’élevage menacés de disparition par l’agricul-ture industrielle aux quatre coins du monde : des projets d’agroécologie permettant à des populations rurales de vivre de la terre, destinés à protéger la biodiversité alimentaire.
En Alsace, l’escargot est devenu le symbole des groupes Slow Food : le Schnaeckele à Strasbourg et le Schnackala à Mulhouse, qui comptent chacun quelque 60 membres. Ils se retrouvent lors d’ateliers de cuisine, autour de grands chefs parfois, dans des actions de quartiers souvent, autour d’une Krummasuppa (soupe aux « légumes tordus »), appelée aussi « disco soupe », ou d’un « troc food » où s’échangent les traditions culinaires de tous les pays, en toute convivialité.
Mulhousiens et Strasbourgeois se retrouvent une fois l’an pour un pique-nique annuel avec les Slow Food de Bâle, Lörrach et Fribourg, très impliqués eux aussi dans la défense de la Terra Madre , la terre mère nourricière.
SURFER http://schnackala68.free.fr/http://schnaeckele.blogspot.fr/
LIRE Vachement bon ? , par Henri Combret, 176 pages, 15 €. Site internet : www. combret-gastronomie-vins.com








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