Entreprise Fabrication de cercueils : cette boîte ne connaît pas la crise

le 31/10/2012 à 04:00 Sébastien Michaux
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Quatre cents cercueils sont fabriqués chaque jour à Jussey.dr

Quatre cents cercueils sont fabriqués chaque jour à Jussey.dr

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Le leader européen en matière de fabrication de cercueils, basé en Haute-Saône, fournit l’essentiel des produits destinés au marché français.

Ici, comme pour conjurer l’issue fatale qui nous attend tous, on préfère ne pas appeler les choses par leur nom. Alors, plutôt que cercueils, on parle de « boîtes ». Il s’en assemble quatre cents quotidiennement. Environ 80 000 par an, soit l’essentiel de la production française annuelle du groupe OGF estimée à 145 000.

Nous sommes à Jussey (Haute-Saône) chez le leader européen en la matière. Une scierie-menuiserie comme les autres si ce n’est la nature du produit que 140 salariés s’échinent, jour après jour, à élaborer. Un produit qui ne prend forme qu’en bout de chaîne, en fait. En amont, il y a les grumes, du chêne pour l’essentiel (60 %) et du pin (près de 40 %), les planches qui en sont débitées. Leur séchage selon un cycle de deux mois, histoire d’en faire tomber l’humidité de 80 à 10 %. Leur nouvelle découpe selon une sélection qualité effectuée visuellement par un opérateur. Puis le collage à 160° C de ces morceaux de taille certes distincte, mais d’aspect semblable.

Ici, rien ne se perd, tout se recycle. À chaque étape de transformation, sciure et chutes sont broyées afin d’alimenter la chaufferie, un récent investissement de 6 millions d’euros, le surplus étant vendu, notamment pour entrer dans la confection de panneaux de particules. Une scierie, certes vaste (16 000 m ² de bâtiments installés sur 10 hectares de superficie), mais comme les autres vous dit-on. L’assemblage s’avère semi-manuel, un poste étant dévolu aux couvercles, d’autres aux boîtes dont l’intérieur répond à des standards : 1,90 m de longueur, 33 cm de profondeur. Le sur-mesure s’effectuant à la demande dans les 48 heures, maximum 72 heures livrées chez les clients. Le capitonnage, quant à lui, désormais sous-traité depuis 2007, s’opère en agence, de même que l’installation de ce que l’on appelle les accessoires (poignées, croix…)

« Vous savez, pour nous, on fait des meubles », confie un employé. À la différence que le marché de ce meuble-ci ne connaît pas la crise. Même si une « tension sur les prix » est observée, 90 % des ventes concernent des produits sous la barre des 2000 €, la baisse du chiffre d’affaires se compense par les services supplémentaires entrant dans l’offre globale obsèques. Ainsi, logiquement, la ligne cercueil pèse-t-elle moins lourd dans la facture finale. « Il y a de plus en plus de services et de moins en moins de produits », relève le directeur relation client d’OGF, Jean Ruellan, pour lequel « ceci traduit qu’un agent des pompes funèbres n’est plus un marchand de cercueils ».

Reste que le cercueil demeure incontournable. Et ce n’est pas la crémation pour laquelle optent plus de 30 % des Français aujourd’hui qui auraient tendance à enrayer la mécanique de fabrication. « Les gens auront plutôt tendance à faire des efforts financiers dans l’achat de l’urne, mais le cercueil relève du symbole. On a conscience de son côté éphémère. Pour autant, il accueille le défunt et on n’est pas prêt à tout. » Comme d’opter pour la version carton. « En Suisse, l’offre existe depuis une douzaine d’années et ça ne s’est jamais développé », constate Jean Ruellan. « L’écho médiatique d’il y a quelques années n’y a rien changé ». La loi de l’offre et la demande apportant la réponse à la marginalité de ce choix. Retour à Jussey. Et plus particulièrement en bout de chaîne où les contrôles succèdent aux contrôles. « Il est impensable de laisser transpirer un défaut, c’est un produit tellement émotionnel que nos critères qualité sont particulièrement exigeants », insiste le patron des lieux, Jean-Marc Louis. Dans la pièce d’à côté s’entassent des milliers de cercueils empaquetés et prêts à partir. Leur nombre est évalué à sept mille pièces environ, soit plus d’un mois de stock. De quoi faire face à une éventuelle flambée des demandes. Car le marché de la mort est aussi saisonnier : 20 % d’activité séparent janvier, le mois le plus fatal, et l’été, le plus léger. Ici, le rapport à la mort dont l’étranger ne peut se soustraire, disparaît face à la logique industrielle. Car, ici, « on fait des meubles ». Dont le prix peut grimper jusqu’à 7000€.

le 31/10/2012 à 04:00 Sébastien Michaux

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