Expositions Des vivants chez les morts : le photographe Simon Daval lève les tabous
« Tous nos actes sont voués aux vivants, à la vie ». Photos Simon Daval
La mort lui va bien… comme sujet de son exposition. Avec ses « Derniers hommages », le journaliste photographe Simon Daval nous guide dans la vie après la vie.
Angoissante, dérangeante, fascinante. La mort à l’état brut, Simon Daval nous la rend plus douce grâce à son regard à la fois sensible et aigu.
Pendant plusieurs semaines, le photographe journaliste, originaire de l’Aire urbaine, a côtoyé ce monde dit de l’au-delà, suivi les gestes des thanatopracteurs. « Il est difficile d’entrer dans ce milieu. Il y a beaucoup de réticences », explique Simon Daval, qui a gagné la confiance de ses interlocuteurs. Mais le plus difficile restait à venir. « Il fallait que j’arrive à suggérer la mort plutôt que de la montrer. Il a fallu mettre de la distance ». Sans voyeurisme, avec pudeur, le photographe nous révèle ce dur travail sur les corps sans vie et attrape au vol les confidences. « Quand ma grand-mère est décédée, je n’ai pas pu la toucher, alors qu’elle m’avait élevée. Je l’ai vue, j’ai été pétrifiée, je n’ai rien pu faire… Et maintenant, je fais les habillages des personnes avec les collègues, quand elles n’ont pas de soins… Je leur ferme les paupières, je les maquille, je les rase, je les bichonne, je leur mets un petit peu de parfum, je les coiffe », raconte l’un d’entre eux.
Lucie, conseiller funéraire, poursuit : « Ce n’est pas seulement recevoir les familles, c’est aussi intervenir au domicile, aller chercher les défunts, intervenir sur des accidents, des suicides, des meurtres… Il faut quand même pouvoir supporter la vue de certaines scènes, et certaines odeurs… Ce n’est pas à la portée de tout le monde ».
À l’autre bout de la chaîne, Paul, marbrier fossoyeur, se livre : « J’ai passé ma vie dans les cimetières. Je fais mon métier comme vous faites le vôtre, c’est normal. Ça fait partie de ma vie. On sait que tout le monde s’en va un jour ou l’autre. On ne peut pas pleurer sur chaque tombe, sinon on deviendrait fou ».
L’artisan, qui a commencé ce métier à 16 ans (il en a aujourd’hui 51), se souvient qu’à l’époque, on faisait tout à la main. Point de limite de temps. Aujourd’hui, les programmes bousculent les horaires. « Dans les cimetières, la cadence est infernale ». Et d’ajouter avec nostalgie : « Aujourd’hui, ce n’est plus le marbrier qui travaille, c’est la machine. Il n’y a personne : l’informaticien programme, le bloc entre d’un côté, le monument sort de l’autre. C’est une chaîne de production, c’est comme chez Peugeot !…. Avant, il nous fallait une semaine pour faire un monument, aujourd’hui il est fait en deux heures ».
De ce voyage de l’autre côté de la vie, Simon Daval est revenu encore plus vivant. « Je me suis toujours interrogé sur la mort. J’ai d’abord fait des photos de cimetières. Après, j’ai voulu aller plus loin ». Et comme le dit Marie : « On le fait pour les vivants, le corps du défunt, c’est un témoignage de mort mais avant tout un témoignage de vie. Ce n’est pas un travail dérangeant. Le milieu des Pompes funèbres est très joyeux. Le recul, on l’acquiert très vite : bien sûr, on voit les conséquences de la mort, mais on est vivants, et tous nos actes sont voués aux vivants, à la vie… »
Y ALLER Jusqu’au 15 décembre, bibliothèque universitaire de Belfort, 43, faubourg des Ancêtres (Tél. : 03.84.21.52.88.). Ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 19 h (sans interruption) et le samedi de 9 h à 12 h. Vernissage le mardi 13 novembre de 17 h à 19 h.








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