Mulhouse Il agressait ses victimes dans leur lit : trois ans de prison

le 29/09/2012 à 10:00 François Fuchs
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Un Mulhousien a été condamné hier pour agressions sexuelles et violation de domicile. Il avait notamment débarqué, au petit matin, dans la chambre d’une Brunstattoise qui vivait en rez-de-jardin.

Cuisinier de métier, âgé de 27 ans, un homme était jugé hier au tribunal correctionnel de Mulhouse – en son absence – pour une violation de domicile et deux agressions sexuelles.

L’enquête démarre le 16 septembre 2010 lorsqu’une habitante de Brunstatt, qui vit dans un logement en rez-de-jardin, dépose plainte au commissariat de Mulhouse et relate ce qu’elle vient de vivre. Au petit matin, vers 5 h, elle a été réveillée en entendant le volet de sa chambre se lever puis la porte-fenêtre s’ouvrir. Un individu « grand et imposant » débarque dans la pièce et dirige la lumière de son téléphone portable vers elle. L’homme lui raconte que son chien (à lui) serait rentré dans le jardin et aurait agressé son chat (à elle). Mais le chat noir est paisiblement installé sur le lit de sa maîtresse et celle-ci « comprend tout de suite qu’il s’agit d’un subterfuge », relate Claire Fermaut, la présidente d’audience.

Après être restée « pétrifiée » de peur dans un premier temps, la jeune femme rentre dans le jeu de son interlocuteur, lui dit de ne pas s’inquiéter pour le chat et lui demande de partir. « Elle est éducatrice, elle est habituée aux situations difficiles. Elle a gardé son sang-froid le plus possible », salue Mme Fermaut.

L’intrus n’obtempère pas, demande à la victime si « par hasard elle ne serait pas nue » sous sa couette, sous laquelle il introduit une main pour caresser une cuisse, une hanche et une fesse de la malheureuse. La Brunstattoise finira heureusement par obtenir le départ de son agresseur, en lui demandant d’aller éteindre la lumière pour l’éloigner de son lit, en conversant avec lui, en acceptant de prendre son numéro de téléphone, en lui faisant entrevoir une possible « revoyure » ou encore en lui disant que son ami allait rentrer et les voisins partir au travail. Vers midi le même jour, elle recevra ce texto du prévenu : « Bjr, je voulais vous dire que je suis dsl (désolé, traduit la présidente) pour cette nuit. J’espère que votre chat va bien […]».

Les policiers ont rapidement retrouvé le jeune homme. Et l’entourage de ce dernier va révéler une autre agression sexuelle commise quelques mois plus tôt, lors d’une soirée entre amis « très arrosée » dans un village du secteur de Sierentz. La victime, alors âgée de 21 ans, est la compagne du jeune homme chez qui se déroulait cette fête. Ne se sentant pas bien, elle était allée prendre une douche. Le prévenu, torse nu et en caleçon, l’a rejointe à la salle de bain, l’a saisie par les bras et l’a conduite dans son lit. « Il s’est allongé à mon côté […], m’a dit que je ne devais rien dire à mon ami, m’a embrassée sur la bouche et a mis sa main entre mes jambes. J’ai remarqué qu’il se masturbait », a raconté la victime aux enquêteurs.

Lors de ses auditions, le Mulhousien a nié ou grandement minimisé les faits qu’on lui reproche. Il a soutenu qu’il était entré chez la Brunstattoise « pour grignoter ». Quant à l’autre agression, il a affirmé qu’il « ne s’était rien passé » et a évoqué l’état alcoolisé de la victime. « Autrement dit, pour lui, ça n’avait pas d’importance… », interprète la présidente.

Le prévenu, dont le casier judiciaire portait jusqu’ici trois condamnations (vols, outrage et rébellion…), a eu une enfance « extrêmement perturbée, expose encore Mme Fermaut. Il est dépeint par son entourage comme manipulateur, s’adonnant régulièrement à la boisson, toujours en demande de faveurs sexuelles. » Après quatre mois de détention provisoire, il a retrouvé un travail de cuisinier fin 2011, à Mulhouse.

Avocate de la victime de Brunstatt, M e Corinne Vuillemin craint que, sans le sang-froid de sa cliente, « les choses seraient allées beaucoup plus loin ». Elle fustige l’absence du « gentleman » – un terme qu’elle utilise, on l’aura compris, avec une grosse pointe d’ironie – à l’audience, y voyant « un mépris total pour les victimes ». Et avant de réclamer « un coup d’arrêt », l’avocate souligne les conséquences de l’agression pour sa cliente : « Elle a eu une année très difficile. À chaque bruit, elle sursautait. Elle a déménagé et a perdu de l’argent en vendant son appartement, mais pour elle, cette fuite était nécessaire. C’est toute une vie qui a été bouleversée. »

Représentant du parquet, Daniel Leimbacher considère le prévenu comme « un prédateur sexuel » et balaie ses explications : « Quand vous avez un petit creux à 5 h du matin, vous ne rentrez pas comme ça chez des gens pour aller au frigidaire. Et lui, il n’est pas allé au frigidaire, il est allé au lit… Quant au chat noir, c’est lui ! ». Et de requérir deux ans de prison ferme, avec un mandat d’arrêt.

Le tribunal est allé plus loin : il a condamné Jonathan Ludwig à trois ans de prison : deux ans ferme, avec un mandat d’arrêt, et un an assorti d’un sursis mise à l’épreuve qui obligera le Mulhousien à justifier d’un travail et de soins pendant deux ans après sa sortie de prison. Le prévenu devra verser 3000 € de dommages et intérêts à la victime de Brunstatt et son nom sera inscrit au fichier des délinquants sexuels.

le 29/09/2012 à 10:00 François Fuchs

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