Crash de Solemont « Pourquoi le pilote volait-il à vue avec une météo aussi exécrable ? »
Claude Prévot, ancien pilote de chasse, 14 000 heures de vol, ne comprend pas le crash du Pilatus. Photo JB
Claude Prévot, ancien pilote de chasse, puis commandant de bord sur Boeing 727, a effectué pour notre journal, une analyse sur les circonstances de l’accident.
Claude Prévot, 14 000 heures de vol, est aujourd’hui moniteur dans un aéro-club. Fort de son expérience de 50 ans de pilotage, il livre son analyse du vol du Pilatus PC12, Anvers Saanen (aéroport de Gstaad dans l’Oberland Bernois). Le pilote de l’appareil accidenté, âgé de 57 ans, donc vraisemblablement expérimenté, a déposé un plan de vol VFR (c’est-à-dire de vol à vue), ce que ne comprend pas l’ancien pilote de chasse. « Car avec un tel aéronef, on dépose un plan IFR, c’est-à-dire pour voler aux instruments. Ce qui permet au pilote de voler à 3000 m d’altitude et de passer le Jura sans problème, même avec le temps exécrable de vendredi soir. » Le plan de vol VFR permet de faciliter les recherches en cas de crash. Dès que l’avion s’écrase, automatiquement une balise de détresse se déclenche, c’est ce qui a permis au secours d’arriver 40 minutes après le crash, vendredi soir. La balise de détresse alerte le centre de coordination de sauvetage de Drachenbronn.
Un mur de pluie
Pour quelle raison le pilote a-t-il décidé de passer dans cette zone montagneuse ? Question difficile, car aujourd’hui affirme Claude Prévot, les services météo sont très pointus en ce qui concerne l’aéronautique : on connaît exactement les zones de turbulences et d’orage. Le pilote belfortain explique : « Le pilote qui venait de voler en plaine, depuis Luxeuil, est arrivé à Montbéliard et s’est engouffré dans la vallée du Doubs à Pont-de-Roide. À Noirefontaine, alors que l’avion est à très basse altitude, le pilote voyant vraisemblablement devant lui un mur noir de pluie, décide de bifurquer à droite et de remonter la petite vallée de la Barbèche (affluent du Doubs), évitant les grandes lignes à haute tension qui traversent la vallée. En remontant la vallée, l’avion a heurté une barre rocheuse, en pleine forêt, juste avant d’arriver sur le plateau de Solemont. »
« Pourquoi le pilote n’a-t-il pas posé son avion à Montbéliard et a-t-il continué malgré le mauvais temps ? » s’interroge Claude Prévot. Cela, on ne le saura jamais, car ce type d’avion ne possède pas de boîte noire. Éventuellement on peut connaître son itinéraire exact si l’on retrouve les téléphones portables, car contrairement aux avions de lignes, il faut garder son téléphone branché dans les petits avions.
Conditions éprouvantes
Autre question : peut-on envisager une défaillance humaine dans ce cas ? « On peut imaginer une défaillance humaine, précise l’ancien commandant de bord, qui n’aurait pas permis de prendre la bonne décision. Les conditions de vol en VRF ont dû être éprouvantes. Cela faisait une heure trente que le Pilatus était en l’air depuis Anvers (nord de la Belgique). On peut aussi envisager la pression de passagers, qui voulaient absolument aller à Gstaad ce soir-là. »
Par ailleurs, la défaillance mécanique sur ce type d’avion très fiable, habitué à parcourir de longues distances est peu probable. L’enquête permettra peut-être le cas échéant, de la déterminer.
Malgré toute son expérience, Claude Prévot a du mal à comprendre le scénario d’un tel accident.








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