Santé Faut-il avoir peur des échographies en trois dimensions ?
Le professeur strasbourgeois Israël Nisand : « En routine, la 3D n’a aucun intérêt médical ». En revanche, elle devient utile dans des cas de malformations. Photo Dominique Gutekunst
L’échographie 3D est-elle dangereuse pour l’enfant ? Non, rassure le professeur Israël Nisand. Tout en déplorant son exploitation commerciale.
Ça amuse, mais ça intrigue, et ça peut même inquiéter. L’échographie prénatale est passée à la troisième dimension. Quels sont les risques ? Des voix se sont alarmées. Mais le professeur alsacien Israël Nisand, pionnier de l’échographie, responsable du pôle universitaire de gynécologie obstétrique de Strasbourg et membre du comité national technique d’échographie obstétricale, dédramatise.
Une échographie en 3D est- elle plus dangereuse pour le fœtus qu’en 2D ?
Non. Ce n’est rien d’autre qu’une échographie 2D représentée en 3D. Il n’y a pas plus d’ultrasons, pas plus d’intensité, c’est juste une question de présentation. Et le 2D est moins toxique du point de vue sonore que la voix d’un mari à côté de sa femme… Si on dit que les ultrasons sont nuisibles, alors il faut se taire à côté des femmes enceintes ! La quantité d’énergie délivrée aux tissus est infinitésimale.
Et qu’en est-il des échographies dites commerciales, lorsque l’examen est rallongé pour réaliser des images à visées personnelles ?
Même si, pour l’un de ces « foetomatons », on passait des heures à faire une échographie, il n’y aurait pas d’effet négatif. Mais je suis très opposé à l’utilisation des moyens médicaux à des fins commerciales. On ne va pas voir son bébé comme au cinéma, après avoir fait ses courses… L’échographie est un outil diagnostic. Ceux qui font ça ne sont plus des médecins. S’il y a des malformations, ils ne les voient pas. En Alsace, personne ne s’est permis ça.
L’échographie 3D à visée médicale est-elle bien répandue ?
En 1990, quand la 3D est née, on a acheté un des premiers appareils à Strasbourg : on mettait quarante-cinq minutes de temps de calcul pour obtenir une image ! Il fallait être sûr d’avoir bien réglé son appareil… Aujourd’hui, on a deux images à la seconde, et c’est de plus en plus répandu. Depuis que je suis là, je demande à tous les gynécologues qui se forment d’apprendre l’échographie. Et à Strasbourg, ils ont tous la 3D.
À quoi sert-elle ?
En routine, la 3D n’a aucun intérêt médical. Mais les cas de malformations concernent 2,3 % des enfants… Et quand on est confronté à une suspicion de fente palatine, par exemple, on ne peut pas le vérifier avec la 2D. L’avantage diagnostic de la 3D porte sur peu de choses : le voile du palais, le cerveau, le cœur aussi, mais c’est très compliqué… Mais plus le diagnostic prénatal est précis, plus il nous permet de faire un pronostic. Imaginez que vous ayez un enfant dont on vous dit qu’il a une anomalie du cerveau, vous voudrez absolument que l’on vous dise si c’est grave ou pas ! Et pour ça, la 3D nous aide un peu.








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