Plan automobile Pas suffisant selon des syndicats
Toujours beaucoup de scepticisme dans le pays de Montbéliard. Archives Lionel Vadam
« Ecran de fumée », « belles paroles », « pas suffisant » : la galaxie des professionnels de l’automobile -garagistes, sous-traitants, ouvriers de PSA- ne cachait pas hier son scepticisme sur l’efficacité du plan gouvernemental de soutien à l’industrie automobile.
« C’est encore une fois de l’artificiel, beaucoup de belles paroles. C’est juste pour montrer aux gens que le gouvernement fait quelque chose, mais tout ça, ce n’est que du rafistolage », a déclaré René Bossuyt, 57 ans, concessionnaire et garagiste à Lille depuis quarante ans. « Ce plan, c’est comme mettre du Star Pilot (produit qui permet de déclencher artificiellement une combustion pour faire démarrer un moteur poussif) sur une voiture qui refuse de démarrer. Cela ne réglera pas la panne de fond de la filière automobile française », s’est enflammé ce garagiste. Employant quatre salariés, M. Bossuyt a vu ses ventes et les réparations qu’il effectue « fortement baisser » depuis cinq ans.
Pour lui, le système de bonus pour l’achat de voitures écologiques ne relancera la consommation qu’à la marge. « Les voitures écologiques, c’est pour ceux qui ont de l’argent. Mais, le petit jeune, ou l’ouvrier qui a du mal à boucler ses fins de mois, ce n’est pas en lui donnant un millier d’euros qu’on va l’inciter à acheter une voiture », a-t-il estimé. « Le vrai problème, c’est le fait que les gens n’ont plus assez d’argent pour se payer des voitures françaises, qui sont trop chères par rapport aux japonaises ou coréennes », a expliqué M. Bossuyt. Selon lui, l’arrivée des voitures électriques occasionnera des coûts supplémentaires pour les garagistes car, « pour réparer une voiture électrique […], il faut de nouveaux outils, former les gens »… «La chose à laquelle il faut s’attaquer, c’est le coût du travail en France. On n’est plus compétitif, c’est tout », a-t-il jugé.
Dans la région, berceau historique du constructeur automobile PSA, le son de cloche est le même.
Pour Eric Peultier, syndiqué FO du pays de Montbéliard, bassin d’emploi de près de 70 000 personnes dans la sous-traitance automobile, l’aide à l’achat de véhicules électriques et hybrides est « une bonne idée car tout véhicule acheté aidera la sous-traitance ». « Mais ce n’est pas suffisant pour la sauvegarde de l’industrie automobile française car cette aide bénéficiera aussi aux véhicules propres qui ne sont pas fabriqués en France », a-t-il souligné.
L’insuffisance du plan est également relevée à Etupes par Marie-Astrid Mladenovic, déléguée CGT de Trévest, un sous-traitant concerné par un plan social de 85 emplois, justifié par la direction par la non-attribution d’un marché par PSA. « L’aide financière n’empêchera pas les sous-traitants de licencier et de délocaliser. Le but final des entreprises est aujourd’hui de partir à l’étranger pour faire plus de profit », a expliqué cette salariée.
A l’usine PSA de La Janais, près de Rennes (Ille-et-Vilaine), menacée de 1.500 suppressions de postes, les annonces du gouvernement font l’effet d’un « écran de fumée », selon Fabrice, 39 ans, assembleur. « Ils annoncent des voitures électriques, mais ils n’ont pas prévu les recharges », a-t-il lâché, sarcastique, en sortant du travail. « C’est un écran de fumée, a-t-il jugé, désabusé. Ils disent qu’ils vont faire des véhicules électriques mais c’est des petites proportions. C’est comme les véhicules hybrides, ça reste des véhicules de niche. » « Nous, on veut vraiment un véhicule » à part entière, a-t-il dit, tout aussi sceptique à l’égard des pertes de PSA, mises en avant par le groupe pour justifier la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et ses 8.000 suppressions de postes. « On est obligé d’annoncer des choses qui vont mal pour faire partir les gens », a-t-il accusé.








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