Télécoms Dans la tourmente, Alcatel va supprimer 5000 postes dans le monde
Le logo de l'équipementier en télécommunications Alcatel-Lucent ©AFP/Archives / Eric Piermont
L'équipementier télécoms Alcatel-Lucent, qui a subi une lourde perte au deuxième trimestre et a abandonné son objectif de rentabilité pour 2012, a annoncé jeudi la suppression de 5.000 postes dans le monde pour remonter la pente et retrouver la confiance des marchés.
Même si le groupe, qui emploie 76.000 personnes, ne dévoile pas quels sites seront touchés, cette annonce vient allonger la liste des potentielles coupes sociales en France, après les dossiers PSA, Air France ou encore Sanofi.
Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, s'est d'ailleurs déclaré «très préoccupé» par ce projet.
Les difficultés d'Alcatel-Lucent étaient annoncées. L'équipementier avait, en effet, prévenu dès le 17 juillet qu'il avait essuyé une perte au deuxième trimestre et qu'il abandonnait son objectif de rentabilité pour l'année. Il est entré dans le détail jeudi, publiant une perte nette de 254 millions d'euros pour le deuxième trimestre, contre un bénéfice de 43 millions d'euros au même trimestre de 2011.
Le chiffre d'affaires trimestriel a lui chuté de 7,1%, par rapport au deuxième trimestre 2011, tombant ainsi à 3,545 milliards d'euros. Il est cependant en hausse de 10,6% par rapport au premier trimestre 2012, a souligné le groupe.
«Au regard du contexte macro-économique qui se détériore et de la concurrence qui règne sur les prix dans de nombreuses régions du monde, et qui pèse sur notre rentabilité, nous devons amorcer une transformation plus ambitieuse» que celle déjà réalisée, a déclaré le directeur général d'Alcatel-Lucent, Ben Verwaayen.
Le groupe a donc décidé de réaliser 750 millions d'euros supplémentaires d'économies, d'ici à fin 2013, avec son Programme Performance, «pour accélérer cette transformation et réduire (ses) coûts de 1,25 milliard d'euros d'ici la fin de l'année prochaine», selon M. Verwaayen.
Le directeur général a assuré à l'AFP qu'il «s'attendait à ce que que la seconde moitié de l'année 2012 se présente mieux que la première».
Les investisseurs ont toutefois sanctionné la perte enregistrée au deuxième trimestre, à la Bourse de Paris, l'action Alcatel-Lucent chutant de 8,57% vers 11H50 jeudi, atteignant ainsi son plus bas historique à 80 centimes, dans un marché en légère baisse de 0,27%.
«Les opérateurs s'attendaient à une mauvaise nouvelle, mais la perte est encore plus forte que prévu. Alcatel est affecté par le ralentissement des investissements de l'ensemble des opérateurs téléphoniques», a commenté Yves Marçais chez Global Equities.
CCE fin août ou début septembre
«Nous ne croyons plus tellement à ces plans qui se sont succédés ces dernières années. On ne voit pas comment l'entreprise peut s'en sortir alors que le ralentissement économique mondial s'accentue», relève l'analyste.
La direction n'a pas souhaité donner plus de détails sur l'impact social pour le groupe de droit français, que l'on devrait connaître d'ici cinq à six semaines, mais a souligné que ces suppressions d'emplois n'affecteraient pas les capacités de recherche et développement (R&D) du groupe.
Le directeur général a toutefois déclaré que si le secteur des télécoms est un marché mondial, l'entreprise «doit tout de même tenir compte de l'endroit où elle est basée», c'est-à-dire la France.
Le centre de R&D de Villarceaux (à Nozay, dans l'Essonne) «est un gros investissement tant pour Alcatel-Lucent que pour le gouvernement français qui a permis à ce genre d'activité de se développer à cet endroit. Même si nous allons diminuer nos activités dans d'autres zones, la R&D restera une aire de croissance», a-t-il affirmé.
Pour leur part, les syndicats français d'Alcatel-Lucent ont indiqué à l'AFP avoir découvert jeudi ces suppressions de poste et n'avoir «aucune visibilité» à ce stade. Ils s'attendent à ne pas avoir plus d'éléments avant un comité central d'entreprise (CCE) qui pourrait, selon eux, avoir lieu fin août, début septembre.
Pour Stéphane Dubled (CGT), l'impact de ces annonces est difficile à prévoir en France, où le groupe emploie quelque 9.000 salariés, parce que la direction n'a pas «donné de répartition mondiale».
Mais, a-t-il dit, «si on se fie aux fois précédentes, ils sont généreux en termes de suppressions d'emplois sur l'Europe».
Selon Hervé Lassalle (CFDT), «on est sûrs que la zone Europe va être touchée». «C'est là que commercialement, on est moins bien», a-t-il expliqué.
Depuis la fusion du groupe français Alcatel avec l'américain Lucent en 2006, quelque 20.000 postes ont été supprimés, selon ce syndicaliste. Il y a eu notamment 12.500 suppressions dans le monde en 2007, 4.000 en 2008, 1.000 en 2009 et de nouvelles suppressions en 2009-2010, a rappelé M. Lassalle, relevant que les effectifs totaux avaient peu diminué malgré cela, en raison de rachats d'activités.








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