Portrait Éric Besançon, le peintre guerrier qui part au combat la fleur au pinceau
Samedi 30 juin, Eric Besançon a réalisé sa première exposition en son nom… dans son jardin ! Une preuve parmi d’autres que le peintre est à ranger dans la catégorie des « allumés » ! Photo Alexis Beuscart
Artiste à fleur de peau au langage fleuri, le Belfortain Éric Besançon a présenté le samedi 30 juin sa première exposition… dans son jardin. Portrait d’un « poète soldat » qui ne peut pas laisser indifférent.
Si vous venez pour le vernissage de ses œuvres, ne vous attendez pas à avoir à boire ou à manger. Et si vous vous attendez à être reçu en grande pompe, ça serait plutôt pour recevoir un bon coup de pied dans le postérieur. Non pas que l’homme ne soit pas dû genre accueillant, bien au contraire, simplement ses expériences ont tanné son instinct et il se fait fort de séparer le bon grain de l’ivraie parmi ses connaissances. Comme le disait son voisin Édouard Flure : « Éric, c’est quelqu’un de gentil qu’on a trop fait chier ».
Œuvrant dans son appartement du 4, rue de Bussang à Belfort, sans autre moyen que la lettre sous la porte pour prendre contact avec lui, Éric Besançon n’en est pas moins ouvert sur le monde et son actualité. La vraie vision d’artiste en somme – avec la frugalité comme art de vivre – qui prend du recul pour mieux foncer vers la dénonciation de la réalité.
« La peinture, c’est ma voix, ma profession de foi. J’ai choisi ce mode d’expression. Les armes, je ne veux pas en entendre parler. » En même temps, il cultive un culte pour les militaires, ces grands hommes qui ont défendu le maître mot de sa pensée : liberté.
« Ce mot liberté a dû être défendu par les armes et par quelque chose de plus incisif : les mots. »
C’est donc par la logorrhée et son pinceau qu’Éric Besançon endosse ses habits de « poète soldat », tel un Dante ou un Malraux. Car, question faconde, l’homme n’a de leçon à prendre de personne. Passer un moment avec lui, c’est recevoir de la mitraille de colère, de revendication mais aussi de bon sens. On appréciera, ou pas.
« Quand on est à l’avant-garde des sociétés en tant qu’artiste, c’est difficile de se faire comprendre des communs des mortels. C’est un travail exaltant ! »
Fou le bonhomme ? Il assume tout, même son côté exacerbé. « Je fais partie de la catégorie des artistes bien allumés. Ça compense pour ceux qui sont éteints. » Vlan, une autre baffe dans la gueule. Il peut se le permettre, lui, le grand enfant qui n’a pas abandonné ses rêves d’antan. « Ils ont tous été réalisés. Et ce n’est pas question d’être employé ou d’être riche. » Libre dans tous les sens du terme, comme tournent dans le ciel les engins de cet amoureux fou d’aviation. « Quand j’étais petit, je voyais passer des flèches dans le ciel. Des Mirage III, des Mystère IV, des F-104 Starfighter… Et puis j’ai lu Vol de nuit et Le Petit Prince de Saint-Exupéry, ainsi que La Guerre du feu. Le mal était fait… »
La piste d’envol était dressée pour d’autres passions : la bande dessinée, et notamment celle de guerre, le maquettisme, tout cela pour aboutir à la peinture. Toutes ces forces se retrouveront condensées lors d’une commande d’un tableau fin 1996, « un Hawker Hurricane MkI du Squadron 615 piloté par Henry Lafont ».
Au contact de ce grand résistant, personnage des carnets du commandant René Mouchotte, Éric Besançon décide lui aussi d’entrer en résistance. Larguées les amarres du salariat, il sera artiste peintre.
Son bagage culturel –duquel il peut vous ressortir des citations de Confucius, Lao Tseu, Bouddha comme de Kamini, 2Pac ou de Malcom McLaren, le chanteur des Sex Pistols– est devenu son viatique. Ses peintures, ses meilleurs moyens d’expression.
« L’artiste introduit des choses qui n’existent pas dans la société. On peut ouvrir des pistes de réflexion. Et en même temps que je pense le monde, je trouve des solutions à la société. » Une société de laquelle il élaguerait volontiers les peurs, la politique, l’ignorance, les abus, la surconsommation et les « prend l’argent ». Et aussi les religions, tout du moins leurs outrances, lui, le lecteur du Coran qui ne voue un culte qu’à un seul saint : le syncrétisme.
Pour beaucoup de béotiens, une cure de Besançon devrait être ordonnée. Dans son jardin, son havre de paix et de liberté, l’artiste a autant de chose à raconter que de toiles à présenter. Attention toutefois car le remède est à prendre à dose homéopathique. Un arrêté de 2010 stipulait en effet qu’il portait « atteinte à l’ordre public ».
Un bel hommage, finalement, pour un artiste qui prône en son genre la désobéissance civile.








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