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La prison vit une révolution inquiétante, basée sur la "dangerosité", avertit le contrôleur Jean-Marie Delarue

le 22/02/2012 à 14:03 par Annie THOMAS/ AFP

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©AFP/Archives / Bertrand Langlois - Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, à son arrivée le 2 mai 2011 à l'Elysée à Paris

©AFP/Archives / Bertrand Langlois - Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, à son arrivée le 2 mai 2011 à l'Elysée à Paris

La prison vit une révolution inquiétante qui, basée sur la "dangerosité" supposée des détenus, l'amène à les traiter non plus en fonction de ce qu'ils ont fait, mais de ce qu'ils pourraient faire, met en garde le contrôleur des prisons Jean-Marie Delarue.

"Est-on capable de savoir qu'un individu va commettre un crime demain? Je ne crois pas. On aura beau perfectionner les instruments, on n'y arrivera pas", déclare M. Delarue à l'AFP, à l'occasion de la publication mercredi de son rapport annuel.

C'est pourtant avec ce genre de postulat que les sont en train de "changer de nature" et que l'"on joue aux dés l'avenir des gens", déplore-t-il.

"Jusqu'en 1945, la prison n'avait d'autre objet que de punir, avec une peine proportionnée à la gravité de l'infraction commise", explique le "contrôleur général des lieux de privation de liberté".

Après guerre, "un nouveau but a été assigné à la prison: la réinsertion".

"Et depuis quelques années, je crois qu'on ouvre la 3e étape", estime Jean-Marie Delarue.

Elle a "un nom apparent: la dangerosité, qui revient à identifier chez une personne la menace qu'elle fait courir à la société". Le concept "se cherche depuis les années 90", mais il a pris un "caractère officiel" en 2005, avec la loi sur la prévention de la récidive.

"Cela nous ramène à des théories anciennes, au positivisme italien de la fin du XIXe siècle", qui trouve dans chaque crime des causes "endogènes", enfouies dans une "part barbare de l'individu".

Dès lors, le "châtiment, donc la prison, s'organise non plus en fonction du crime, mais de l'étendue de ces causes". Et les évolutions en cours du système pénitentiaire s'expliquent:

- "On multiplie les instruments d'évaluation" de la dangerosité (tels que le "diagnostic à visée criminologique") et "on demande aux psychiatres de faire des pronostics".

- "On instaure des régimes différenciés" de détention, en fonction de la dangerosité supposée des détenus. "Mais quelle dangerosité? Celle du dedans ou celle du dehors?", s'interroge Jean-Marie Delarue, sachant par exemple que "les auteurs de crimes sexuels graves sont pour la plupart des détenus +modèles+".

- "On invente la rétention de sûreté" (qui s'applique lorsque la peine prononcée a été purgée), "le suivi socio-judiciaire, le placement sous surveillance électronique..."

- "Et si la réinsertion devient moins importante, on peut +massifier+ la détention", construire des prisons de 600 places et non plus d'une centaine, et les installer loin des centres urbains, regrette le contrôleur.

"On est en train de courir dans une direction les yeux fermés!", s'indigne Jean-Marie Delarue, qui souligne "les statistiques extrêmement faibles et les échelles de mesure contestables".

Non seulement le résultat de cette nouvelle orientation de la prison est "loin d'être garanti", mais on risque en plus de "lui enlever ce qu'elle avait de bien" dans sa mission de réinsertion.

"Tout cela est complètement illusoire", tempête le contrôleur.

"Je préfère qu'on en reste à mon bon vieux postulat: si on traite bien quelqu'un en détention, il a plus de chances de s'amender que si on le traite mal", dit-il. "Quand on traite les gens comme des bêtes fauves, ils se comportent en bêtes fauves. C'est un déterminisme un peu plat, je n'en disconviens pas, mais qui vaut beaucoup mieux à mon avis que des échelles de mesure de la dangerosité".

le 22/02/2012 à 14:03 par Annie THOMAS/ AFP

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