Alsace Ces femmes qui s’effeuillent pour vaincre leurs complexes et (se) plaire
le 14/02/2012 à 05:00 par Textes : Valérie Bapt
Ambiance rétro, cabaret, talons hauts et serre-taille : dévoilé en France par le film « Tournée » de Mathieu Amalric, l’effeuillage burlesque commence à faire des adeptes en Alsace.
« Apportez deux soutiens-gorge pour la première séance » : c’est le conseil que prodigue Claire Olry, alias Luna Moka, à ses futures élèves, si celles-ci ne possèdent pas l’attirail de l’effeuilleuse, ni surtout les nippies, ces petits pompons qui cachent le bout de seins…
En cas de timidité, ça aide au début. Encore que l’atmosphère décontractée des cours lève rapidement les premières réticences. « On est là pour s’amuser et se sentir belle », déclare Caroline, 31 ans, divorcée depuis peu et qui cherche à se changer les idées.
« On ne se prend pas la tête », confirme Aurélie, 29 ans, qui travaille à l’Université de Strasbourg. « On se moque des critères physiques et il n’y a pas de concurrence entre nous », poursuit la jeune femme qui a commencé l’effeuillage par « curiosité », après avoir vu un reportage à la télé, et continue pour se faire plaisir.
« Au début, je voulais reprendre confiance en moi, réapprendre à aimer mon corps », confie Sabine, elle aussi membre du groupe. « Il y a l’aspect de séduction. Et, autour du burlesque, une dérision, voire une autodérision, réussir à s’affirmer, à exprimer quelque chose, se jouer des a priori et des non-dits. On n’est jamais dans le vulgaire, ni l’exhibition », se défend-elle.
Le dimanche après-midi, à Strasbourg, les stagiaires s’échauffent, s’initient à la danse et aux techniques d’effeuillage. Comment se tenir, se déplacer, enlever un gant ou un bas sur My heart belongs to daddy de Marylin Monroe : les chorégraphies, basiques, n’exigent ni condition physique particulière, ni l’aisance d’une véritable danseuse, et sont donc accessibles à toutes.
« Il n’y a pas de profil type, les participantes ont entre 20 et 50 ans. Souvent, un peu timides au début, elles sont vite mises en confiance », souligne Luna Moka qui propose des cours, en lien avec l’École des filles de joie de Juliette Dragon à Paris. Chaque semaine, les « pros » se relaient à Strasbourg et abordent l’effeuillage selon leur spécialité : le théâtre, la danse ou les expressions du visage.
« Pour l’instant, nous nous retrouvons dans une petite salle dans un salon de beauté, mais je suis à la recherche d’un local. Car à 20, la salle devient trop petite ! », précise Luna Moka qui organise également des stages à Colmar.
Originaire de Saint-Dié-des-Vosges, Claire Olry a appris l’art de l’effeuillage à Londres où elle a vécu six ans. « J’ai pris des cours. Et puis, avec deux Anglaises et une Espagnole, nous sommes montées sur scène dans divers cabarets. » De retour en Alsace, la jolie brune aux yeux clairs a finalement lâché son job dans l’hôtellerie-restauration pour se consacrer à son « école ».
Fan du cirque des années 30 – elle a déjà monté un spectacle avec des femmes à barbe ! –, de la chanteuse américaine Brenda Lee et des comédies musicales, Luna Moka se produit régulièrement à Strasbourg. Après un an et demi, elle a réussi à convaincre ses « élèves » de se lancer un défi : oser monter sur scène. Et la plupart ont dit « oui » !
le 14/02/2012 à 05:00 par Textes : Valérie Bapt
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